13
min

Dialogue entre elle et moi

Image de Marie Amina B

Marie Amina B

103 lectures

15

Elle : « Tu te souviens de la fois où tu es tombée gravement malade ? »
Moi : «  Quelle fois ? Tu sais, j’étais souvent malade, où à l’oasis ? »
Elle : « Non, à Maison Blanche, allias Casa »
Moi : « Tu as dit gravement ? Quand je ressemblais à une momie ? »
Elle : « Exactement ! Tu as fait une sacrée peur aux parents ! En plus, tu as vomi sur les draps propres en pleine nuit, et puis tu as sombré dans un profond sommeil, comme la belle au bois dormant ! »
Moi : «  Hey, mais tu as l’air de croire que je l’ai fait exprès pour les draps ! Et puis, ça s’appelle le coma ! Et, ce n’était pas une partie de plaisir, crois-moi ! »
Elle : «  Quoi, ne me dis pas que ça ne t’a pas plu de te faire gâter ? Les bons petits plats, les visites, les cadeaux et les surprises... »
Moi : « Ah pour une surprise, ça en était une, une belle-c’est ironique- une ponction lombaire à vif, bonjour la gâterie !!! »
Elle : « Mais, je ne parlais pas de ça, certes, tu as beaucoup souffert, je n’en doute pas. Mais, après, plus d’école pendant trois mois !!! La classe !!! »
Moi : « Mais, tu ne te rends pas compte de que ce cala signifiait ? Un trimestre d’absence, ça voulait dire, mettre les bouchées doubles à la reprise. J’étais à l’école primaire, en 3ème année là-bas l’équivalant ici du CE2 avec déjà deux langues, l’arabe et le français où fort heureusement, j’avais de l’avance sur le programme- il faut savoir, qu’avant de tomber malade, j’étais dans une école privée où on travaillait beaucoup plus que dans une école publique où je me suis retrouvée après ma convalescence à cause de la proximité de la maison. Oui, car le médecin de l’hôpital avait ordonné à mes parents de me mettre dans une école proche de la maison de manière à rentrer le midi pour surveiller ce que je mangeais, car j’étais très faible et maigre. Il n’empêche que j’avais manqué quand même 3 mois complets ; janvier, février et mars et pour tout rattraper, j’ai dû faire deux classes. Je m’explique ; comme les classes étaient pleines à craquer d’enfants, 40 par classe, il y avait le CE2 A et le CE2 B. La classe A avait cours d’arabe de 8 h à 10 h et, de français de 13 h à 14 h et la classe B, arabe de 10 h à 12 h et français de 15 h à 17 h le tout du lundi au vendredi.
Donc, tu imagines un peu les efforts d’adaptation à une nouvelle école, à deux classes, à deux nouvelles maîtresses avec ma timidité presque maladive, de me concentrer toute la journée, tous les jours, du haut de mes huit ans !!! Je ne me rappelle plus par contre si j’avais des devoirs le soir, je suppose que non. En tous cas, j’ai tellement travaillé et bien que j’ai été récompensée d’un prix d’honneur en français où j’étais classée, 7ème sur 40 élèves.
Elle : « Excuse-moi, je ne me suis pas rendu compte à quel point ça a été dur pour toi ! »
Moi : «  Bien sûr. Et tu imagines, après m’être sortie du coma à cause de la pneumonie associée à une méningite lymphocytaire que mon petit corps frêle était très vulnérable et que mes parents faisaient très, même trop attention à ma petite santé ; pas le droit de courir de crainte que je ne m’essouffle, manger copieusement des aliments hyper vitaminés et bourrés de sels minéraux comme les épinards, les lentilles, la viande rouge, le poisson etc... Faire attention aux refroidissements, aux courants d’air. On aurait dit une poupée de porcelaine !!!
Elle : «  Enfin, grâce à Dieu, tu t’en es tirée indemne, sans séquelles ! »
Moi : « Oui, comme tu dis, et à la grande surprise des médecins, d’ailleurs qui ne donnaient pas cher de ma peau. Il parait qu’après m’avoir admise aux urgences des maladies infectieuses, et après avoir fait la première ponction lombaire, le spécialiste a remis mes vêtements à ma mère en lui disant qu’ils avaient fait tout ce qu’ils pouvaient et qu’il ne restait qu’à prier pour que je me réveille vite.
Elle : « Et après ? »
Moi : «  Quoi, après ! »
Elle : « Tu te souviens de quelque chose en particulier ? Il parait que les gens dans le coma, voient tous un tunnel lumineux... »
Moi : « Ah, mais oui, je me souviens de pleins de détails à ce sujet. »
Elle : «  Et ???? Arrête de me faire languir !!! »
Moi, tout sourire : «  Oui, d’accord, j’arrête de te faire marcher.... » Silence malicieux.
Elle, excédée : « Comment ça, tu arrêtes de me faire marcher! Tu n’as rien vu ? Il ne s’est rien passé, c’est ça ? »
Moi : «  Si, si..... »
Elle, la tête, tel un fumigène : «  Allez, soit tu parles, soi je m’en vais, et je ne te parle plus. »
Moi, MDR-morte de rire, puisque je suis une fille, LOL : «  Bon ça va, ne te mets pas dans des états pareils, on peut rigoler un peu quand même, non  ! Bon, par ordre chronologique. Laisse-moi réfléchir, c’est tellement loin tout ça. La première scène quand ma mère m’a trouvée le matin comme une poupée de cire, c’est elle qui me l’a racontée. Moi, ce dont je me souviens, c’est de m’être vue chez le médecin lorsqu’il m’a fait le coup de la nuque raide.
Elle : « Quelle nuque raide ? »
Moi : « Et bien tu sais, le médecin, après avoir entendu tous les symptômes que j’avais, a testé ma nuque et en voyant qu’elle était raide, a dit à mes parents de filer tout droit à l’hôpital « El Quattar » sans perdre une minute, car il pensait que j’avais une méningite. J’avais beaucoup de fièvre, plus de 41 C° »
Elle, fébrile d’entendre la suite : « Et ??? »
Moi, en plein dedans, comme si je revivais ce moment, mais avec de vives émotions : «  Et bien, après, je me suis vue allongée sur la banquette arrière, comme si je dormais. J’ai vu ma mère qui se retournait presque toutes les minutes, pour me toucher en mettant sa main devant mon nez pour vérifier que je respirais encore. Et mon père qui conduisait vite et de manière brusque, tellement il était stressé, je suppose. »
Elle, un peu incrédule quand même devant mon récit : «  Mais, tu es sur de ce que tu me racontes ? C’est, pas plutôt ta mère qui te l’a raconté après coup ? »
Moi : «  Non, absolument pas. D’ailleurs, quelques temps après mon réveil, quand j’ai raconté ça à mes parents, ils sont tombés des nues, car ils n’en avaient jamais parlé à personne, et encore moins, à moi. »
Elle, stupéfaite : «  Et après, continue. Arrête avec ce suspens horrible. Tu te crois où, là, à la télé ou quoi ? »
Moi : «  Oh, mais c’est bon, pas besoin de t’énnerver  !!! Je te rappelle que c’est toi qui as voulu jouer à ce petit jeu des souvenirs lointains. En, plus, ça me remue, tu comprends ? Plein de souvenirs douloureux remontent à la surface !!! »
Elle : «  Oui, c’est vrai. Pardon. Tu veux bien continuer ? S’il te plait, tu ne vas pas t’arrêter maintenant ? »
Moi : « Non, non, t’inquiète. Et excuse-moi si je te fais marcher avec les attentes, ça allège mon récit et mes souffrances enfouies en moi depuis tant d’années... »
Elle, empathique : « Ce n’est pas grave, je comprends. Mais, finis ton récit pour l’amour du ciel ! »
Moi : « Oui, oui, alors où en étais-je ? »
Elle : « A quand tu étais dans la voiture en route vers l’hôpital. »
Moi : « Ah oui. Alors, après la scène de la voiture, trou noir jusqu’à la salle d’auscultation où je ne me rappelle que d’une jeune infirmière qui m’a caressé la tête et les cheveux en disant que j’étais vraiment trop jeune pour mourir. Puis, plus rien. »
Elle, intriguée : « Comment ça plus rien ! De là à ton réveil, plus rien ? »
Moi : «  Non, plus rien de semblable. Ah si, je me souviens que ma grand-mère paternelle est venue me voir et me parler à l’oreille. Puis, juste avant de revenir à moi, ou de me réveiller, j’ai eu l’impression d’être dans la chambre de mon oncle qui habitait chez mes grands-parents, et j’ai cru qu’ils avaient repeint sa chambre d’une drôle de couleur, et que le placard avait changé de place. Mais, je pense que ça, c’était plutôt un rêve ou un cauchemar, car en me réveillant, j’ai entendu ronfler à côté de moi, et j’ai eu tellement peur que je me suis fait pipi dessus et j’ai appelé de toutes mes forces : Mémé, Mémé.... »
Elle, estomaquée : « Mémé ? Mais, ça veut dire que.... »
Moi : « Attends la suite. Après avoir hurlé de tous mes poumons, l’infirmier est arrivé en courant dans la chambre et a crié de joie en levant les mains au ciel : « Dieu soit loué, elle s’est réveillée, elle s’est réveillée !!! Nous avons ameuté et réveillé tout l’étage-sauf, ma voisine qui dormait d’un sommeil profond- car il était tard, c’était vers 23 h-je m'en rappelle, car il y avait une horloge murale au dessus de la porte de la chambre-. Ensuite, il a tenté de me rassurer en m’expliquant où j’étais et ce qui m’était arrivé, car j’avais de tels yeux écarquillés d’incompréhension. Je lui ai demandé pourquoi la chambre de mon oncle avait changé, et pourquoi, c’était une vieille dame qui dormait en face de moi et qui ronflait. Il m’expliqua tout ça et à son tour me posa une question, à savoir qui était Mémé ? En lui disant que c’était ma grand-mère, il me demanda si c’était elle qui m’élevait, si je n’avais plus ma mère ! Très surprise par sa question, je lui dis que non, que je vivais avec mes parents, et que ma grand-mère vivait avec mon grand-père et mon oncle. Je me rappelle très bien de sa mine sceptique. Il continua de parler tout seul en disant : « C’est bizarre qu’un enfant appelle en premier sa grand-mère alors qu’il a encore sa mère !!! » Je compris bien plus tard, sa réaction. C’était la conséquence logique de l’acte de Mémé qui m’avait parlé à l’oreille pendant que j’étais dans le coma. J’ai su plus tard aussi, que c’était son rêve et son vœu de m’élever. Elle avait suggéré à ma mère de trouver un travail, comme ça elle s’occuperait de moi durant la semaine. Mais, pour mes parents, c’était hors de question.
Bref, après cet épisode du réveil en catastrophe, j’avouais un peu honteusement à l’infirmier que j’avais mouillé mon lit. Là, il s’exclama de nouveau en levant les mains vers le plafond et en disant : « Eh bien, ma petite, à peine tu reviens parmi nous que tu me donnes déjà du travail !!! Allez, ce n’est pas grave, on va changer ça. Est-ce que tu as envie de boire ou de manger quelque chose après ? » Il était adorable cet homme, toujours le sourire aux lèvres, et toujours en train d’essayer d’arranger les choses. D’ailleurs, il m’arrangea le coup avec ma voisine de chambre qui me faisait peur avec ses ronflements en allant dans la chambre voisine et demanda à la jeune fille qui dormait à côté d’un garçonnet de 5 ans, -et elle en avait 12- si elle voulait bien échanger sa place avec la mienne en lui expliquant ce qui m’était arrivé. Elle accepta sans aucune protestation, et, c’est comme ça que je me suis retrouvée avec le petit garçon.
Elle, époustouflée : «  Et bien dit donc, tu as une sacrée mémoire de te rappeler de tous ces détails après toutes ces décennies !!! »
Moi : « Oui, je sais, on me l’a souvent dit. En fait, je vis tellement pleinement presque tous les évènements de ma vie que je me rappelle de tous les détails ou presque. »
Elle, curieuse d’en savoir plus : « Et ensuite, que s’est-il passé à l’hôpital ? Combien de temps es-tu restée là-bas ? »
Moi : « Je suis restée une semaine après m’être réveillée. D’ailleurs, au cas où cela t’intéresserait, je suis restée 36 heures dans le coma, quand même !!! »
Elle, un peu surprise de ma remarque : « Euh oui, mais tu étais tellement lancée dans ton récit que je n’ai pas osé te couper. »
Moi : « Excuse-moi, tu vois, ces évènements me mettent la tête et le cœur à l’envers. »
Elle, pleine de compassion : «  Ne t’en fais pas, je comprends. Vas, continue si tu en as envie. »
Moi : « Oui, et bien, figure toi que tous les matins après le petit déjeuner, lorsque j’entendais le charriot approcher de ma chambre, je me mettais en position sur le côté, bas de pyjama et culotte baissés pour la piqûre, ce qui épatait les infirmiers, car ils me trouvaient courageuse. Ils devaient me faire une injection en intra musculaire sur la fesse. »
Elle : « Et, ça te faisait mal ? Tu ne pleurais pas ? »
Moi, amusée : « Oui, un peu. Ce n’est pas tant l’aiguille qui faisait mal- car ils avaient une technique super efficace où tu ne sentais pas l’aiguille. En fait, ils enlevaient l’aiguille de la seringue, et donnaient quelques coups sur la fesse, comme s’ils toquaient à une porte en enfonçant l’aiguille dans la chair, donc, si on était détendu, on ne le remarquait même pas- mais le produits opaque qu’ils m’injectaient, oui, surement des antibiotiques. Mais, non, je ne pleurais pas. Je respirais un bon coup et je fermais les yeux, et en 2 minutes, c’était terminé. Par contre, j’avais une belle collection de bleus de chaque côté, des bleus qui viraient de couleur chaque jours.
Je me souviens de la fois où ils ont dû venir à plusieurs soignants pour faire la piqûre hebdomadaire à mon voisin tellement il se débattait. Et, je me souviens avec un peu de fierté qu’ils m’avaient prise en exemple en lui disant que moi, je leur facilitais la tâche en me préparant, en me détendant et en 2 coups, c’était finis, alors que lui, était tendu comme un arc, et forcément que l’aiguille lui faisait plus mal que le produit. Je me souviens qu’il hurlait avant même qu’ils aient pu l’approcher. Et lui, c’était qu’une fois par semaine, alors que moi, c’était quotidien. »
Elle, désolée pour le petit garçon : « Oh, le pauvre ! Mais, il n’avait que 5 ans. C’est difficile de raisonner un enfant de cet âge, tu sais !!! Bon, et tu avais de la visite tous les jours ? »
Moi : « Oui, et parfois, plusieurs fois par jour ! J’avais ma mère qui passait à l’heure du déjeuner me porter du poisson frais, des légumes, des yaourts que je dévorais avec plaisir. Et j’avais aussi, ma grand-mère qui venait en bus. J’ai même eu le peintre de mes grands-parents qui m’avait apporté des bananes que j’avais partagées avec le garçon dont je ne me souviens plus du prénom. Le pauvre, lui pendant tout le temps que j’étais restée, il n’a pas eu une seule visite. Et il était là depuis un moment déjà d’après la jeune fille qui partageait sa chambre avant moi.Ses parents habitaient la campagne et n'avaient pas de voiture.
Je me souviens aussi, des plateaux repas qu’on nous donnait à l’hôpital, ça n’avait vraiment aucun goût. Moi, je pouvais me permettre de faire la fine bouche, car je savais que ma mère allait venir. Alors que lui, dévorait son plateau et tombait sur mes restes avec gourmandise.
Je me souviens aussi d’un après-midi où la jeune fille d’à côté est venue nous annoncer que sa voisine venait de décéder.... Quelle horreur !!! »
Elle, stupéfaite, puis taquine : «  Mon Dieu, et dire que tu aurais dû être dans la même chambre qu’elle !!! Et la fille n’ayant que 12 ans, c’est jeune quand même !!! Bon, et sinon, rien d’autre à déclarer ?»
Moi : « Si, un évènement douloureux, le premier dans la série - je m’en souviendrai toute ma vie de cette douleur qui te coupe la respiration -, mais grâce à laquelle, je pus sortir plus tôt que prévu. »
Elle, de nouveau sur le qui-vive de la curiosité légitime : «  Alors ? C’était quoi ? Laisse-moi deviner... »
Moi qui la coupai pour avoir l’exclusivité du scoop : «  Eh bien oui, la fameuse affreuse et douloureuse ponction lombaire à vif faite par surprise par le grand ponte d’infirmier en chef qui arriva un après-midi en me disant qu’il fallait qu’il ausculte mon dos pour vérifier que tout allait bien. Il me demanda d’ôter le haut de mon pyjama et m’asseoir bien droite sur le lit, le dos face à lui, de regarder le mur, et de respirer un grand coup et de faire ensuite comme quand on faisait une radio pulmonaire, de stopper la respiration et de ne plus bouger quand il me le dirait. Je trouvai toute cette mise en scène un bizarre, mais sans plus. J’avais une confiance totale en lui, car il était vraiment très gentil et charmant. Après avoir passé ses doigts le long de ma colonne vertébrale, il m’ordonna de plus bouger, et enfonça sa grosse aiguille dans mon dos. Là, je ne peux te décrire la douleur tellement elle était intense, mais il est clair que même si j’avais voulu respirer à ce moment là, ça aurait été impossible. Puis, une fois que l’aiguille fût arrivée à destination, il aspira du liquide de ma moelle épinière en me disant alors que j’hurlais de douleurs et que je pleurais toutes les larmes de mon corps, que c’était bientôt finis, que oui, il savait qu’il m’avait fait très mal, et qu’il en était désolé, qu’il était détesté par tout l’étage, mais que c’était pour mon bien et cette ponction allait déterminer si j’étais sur la voie de la guérison, et donc, quand je pourrais rentrer chez moi. »
Elle : «  Mon Dieu, j’imagine ce que tu as dû ressentir, hormis la douleur physique. Tu as dû te sentir trahie par lui à qui tu faisais confiance. »
Moi : « Oui, et comment. Mais, je me souviens surtout que j’avais longuement pleuré ensuite, allongée sur mon lit, et que le garçon, s’était caché sous ses draps, de peur qu’on lui fasse la même chose. »
Mais, il avait raison, car cette ponction a permis aux médecins de voir que le pire était passé, et de décider de me laisser sortir au bout de 10 jours d’hospitalisation en disant à ma mère que je serais mieux à la maison à condition de garder le lit pendant au moins un mois, puis de rester en convalescence pendant encore 2 mois. Il fallait que je mange plus et que je fasse le minimum d’efforts. Mes parents devaient faire très attention à la température de la chambre, que je ne prenne surtout pas froid, et tout rentrerait dans l’ordre à condition de suivre tous ces conseils à la lettre, et de prendre aussi scrupuleusement le traitement médicamenteux. »
Elle : « D’accord, et c’est ainsi que tu as manqué un trimestre d’école. Mais, tu avais de la visite à la maison ? »’
Moi : « Au début, non, car il fallait éviter au maximum les éventuels contagions des autres, car c’était la période de la grippe. Mais, au bout d’un mois, quand je commençais à pouvoir me lever pour aller voir un programme télé au salon. De temps en temps, une voisine venait me garder et me lire des histoires pendant que ma mère faisait des courses, ou des petits voisins m’apportaient des livres illustrés ou des cahiers de coloriage, et plus tard, les devoirs»
Elle : « Et ton père, tu n’en parles jamais. Il était présent pendant cette période de ta vie ? »
Moi : « Oui, mais à part le jour où il m’a emmenée à l’hôpital, je n’ai aucun souvenir. Il a surement dû travailler tous les jours aux heures de visite, tout comme mon grand-père d’ailleurs et mon oncle. Par contre, mes parents ont travaillé comme des dingues tout le w-end avant mon retour pour refaire ma chambre, en installant de nouveaux rideaux, en changeant les meubles de place, en refaisant la déco. Il faut savoir que ça ne faisait pas longtemps que nous habitions cet appartement, à peine quelques mois.  »
Elle, boulimique de détails croustillants : «  Mais, au fait, comment es-tu tombée malade ? On n’attrape pas une pneumonie du jour au lendemain, et encore moins, une méningite !!! »
Moi, songeuse, essayant de remonter encore plus dans le temps : « Non, tu as raison. Il y a eu des précédents. Alors, comme je te l’ai dit tout à l’heure, cela faisait quelques mois que nous avions emménagé dans cet appartement. En Septembre. Et figure-toi que mes parents étaient tellement impatients de partir de l’ancien petit 3 pièces où nous vivions avant, à cause de plein de raisons, mais surtout pour avoir l’exclusivité du choix de l’appartement, nous étions au dernier étage face à l’aéroport, donc, pas de vis, une vue dégagée sur des champs, très bien orienté. Il y avait quelques familles qui comme nous avaient sauté sur les appartements alors que les finissions n’étaient pas terminées. Des finissions non négligeables, comme la mise en place du gaz de ville et de l’électricité, si bien que nous avons vécu comme au camping pendant 3 mois, c’est-à-dire, avec le réchaud à mazout, les bougies et la lampe à pétrole. Et comme j’étais de nature fragile au niveau des bronches, je suis tombée plusieurs fois malade durant cet automne. En plus, à mon école qui se trouvait en bord de mer, une des vitres était cassée-donc il y avait des courants d’air-, et la maîtresse nous interdisait de garder le manteau en classe.
Il parait que le samedi qui a précédé mon coma, quand je suis partie avec mon père au marché, nous avions croisé un collègue de mon père qui m’avait trouvé une mine fatiguée. Puis, le dimanche, nous étions allés à la neige faire de la luge, et j’avais gardé le pantalon mouillé toute la journée, ce qui n’a pas arrangé les choses. De retour à la maison, je me souviens que j’avais trouvé l’eau du bain bouillante alors que la température était normale, soit 37 C°. Puis, j’ai pu à peine avaler un bol de soupe qui est ressorti quelques heures plus tard dans la nuit. La suite, tu la connais. »
Elle, bouche bée devant tant de détails précis : «  Et bien dit donc, je n’en reviens pas de la prouesse de ta mémoire !!!


Moi : " Tu ne savais pas que j'étais la championne au Mémory ? Je battais toujours tout le monde à ce jeu de mémoire, donc, tu vois, je me suis bien entraînnée !"


Elle :" Ah, ok, je comprends mieux maintenant ! Bon, remettons toute cette histoire dans la boite à souvenirs. »
Moi : « Oui, et la prochaine fois qu’on nous demandera de jouer à de petit jeu de remonter dans le temps, on pensera à un souvenir plus drôle, comme aux bêtises que j’ai faites, d’accord ? »
Elle, tout sourire aux lèvres, et le regard espiègle : « Ah oui, alors, très bonne idée. »
Et c’est ainsi que s’achève ce long dialogue entre Elle, ma mémoire, et moi....-Vous avez suivi ?- de la première séance chez l’hypnotiseur !!!

15

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Petit soleil
Petit soleil · il y a
histoire vécue...j'ai cru durant toute ma lecture que c'était un échange avec une amie....et je me suis trompée. C'est très joliment écrit...bravo
·
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Merci. Et en écrivant ce dialogue, je me suis aperçu de plein de choses sur moi-même. J'ai écrit plein de récits en dehors de short, car trop longs.
En attendant, je vous invite à voyager à travers la Grèce avec le périple dans le Dodécanèse, ou le poème d'ikaria, l'île aux milles visages.

·
Image de Alain Adam
Alain Adam · il y a
je vote pour cette oeuvre forte!
·
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Merci, mais je ne vois pas votre vote !!!
·
Image de Alain Adam
Alain Adam · il y a
Le voilà! simple étourderie de ma part, sorry!
·
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
merci, merci et bon w-end à vous
·
Image de Alain Adam
Alain Adam · il y a
A bientôt entre les lignes pour échange de textes...
·
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Ce texte très touchant ne pouvait être inventé ! La fin est très bien trouvée et allège le tout.
·
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Merci Patricia ☺
·
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Bonjour aux futurs lecteurs, c'était juste pour vous dire que tout est réel sauf la fin !!! J'ai été dans la coma dans ces circonstances à l'âge de 8 ans.
·