Chronique d’un village

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

Chaque village doit posséder ses propres histoires, ses propres légendes, fondées sur du vrai ou de simples "on-dit".
Le Village Cocorico n'est pas différents en ce point aux autres villages, et c'est l'une de ses histoires fondatrices et importantes qui vous est relatée ici.
Cela se passait il y a bien des siècles. Les habitants vivaient de leur pêche, culture et chasse. Ils se répartissaient les tâches et partageaient le fruit de leur labeur.
Tout le monde s'entraidait et le village fonctionnait ainsi en autonomie. Les contacts avec l'extérieur étaient extrêmement rares. Et de fait, tout ce qui ve- nait de l’extérieur ne faisait qu’éveiller la méfiance des villageois en ces temps un peu trouble où l’ombre de Ganon, un terrible et puissant sorcier, s’étendait de plus en plus sur leur monde de lumière !
C’est dans ce climat de suspicion qu’apparut la jeune Anju-Lina. Par un matin couvert, les habitants du village virent au loin se découper une silhouette qui émergeait petit à petit de la brume épaisse recouvrant la vallée.
Et elle ne venait pas seule ; derrière elle, un âne essoufflé traîné une char- rette remplie de cage à poules. En entendant le tintamarre des volatiles, le village entier se regroupa dans la rue principale, son chef en tête.
- Halte-là, cria ce dernier. Qui es-tu ? Que veux-tu et que cherches-tu par ici ?
- Je m’appelle Anju-Lina, petite fille d’Anjulie qui habitait parmi vous. Je suis venue d’abord pour me recueillir sur sa tombe. Ensuite, je compte m’installer parmi vous dans la maison qu’elle m’a laissée.
- Tu peux te recueillir ici tant que tu voudras mais pas question d’accepter une étrangère dans notre village, lança une voix venant de derrière le chef !
- Il a raison ! reprit un autre, il n’y a pas de place pour toi ici ni pour tes bes- tioles dégoûtantes !!
- Mais je ne vous demande rien ! Ma Grand-mère m’a laissé une maison et
mes poules ne vous causeront aucun problème.
Une volée de cailloux jaillit du groupe et vint s’écraser sur les cages des poules qui se mirent à caqueter dans tous les sens.
Le chef leva le bras pour stopper tout autre geste de violence et reprit la pa- role :
- Nous ne pouvons pas t’empêcher de t’installer dans ton bien, du reste ta maison est un peu à l’écart du village, mais c’est une ruine et tu ne devras at- tendre d’aide de personne. Tu devras te débrouiller seule pour reconstruire et même te nourrir ! Si tu comptais nous vendre des poules ou des œufs, sache qu’ici il n’est pas question de vente. Tout est basé sur l’entraide et l’échange. Et il m’étonnerait fort qu’aucun d’entre nous ne vienne t’échanger quoi que ce soit. Alors tu ferais mieux de repartir dès maintenant ou te préparer à une vie dure et solitaire !
Il regarda Anju-Lina qui ne baissa pas les yeux et n’esquissa pas un geste de recule.
- Bien, dit le chef, comme tu voudras. Puis s’adressant à ses citoyens. Le premier d’entre vous qui porte atteinte de quelque manière que ce soit à cette jeune fille sera jugé et condamné à une lourde peine ! Celui qui sera tenté de lui porter secours sera chassé du village ! Ignorez-là et tout ira pour le mieux. Puis il fendit la foule et rentra dans le village.
Anju-Lina se dirigea vers le cimetière et resta près d’une heure sur la tombe de sa grand-mère à désherber, nettoyer et... pleurer.
Pendant des mois, Anju-Lina s’attela à restaurer la maison de son aïeule, s’arrachant les ongles aux pierres dures, s’écorchant le dos, les mains et les jambes. Elle se nourrissait des œufs de ses poules et de végétaux qu’elle sé- lectionnait dans la nature.
Pas une seule fois les habitants du village ne l’entendirent se plaindre ; pas une seule journée elle ne s’accorda le repos ; pas une seule seconde elle ne leur octroya le plaisir de la voir pleurer, pour cela elle attendait d’être à la pé- nombre de ses murs.

Mais pas une seule fois non plus, quelqu’un ne lui donna de l’aide, comme l’avait annoncé le chef ; d’ailleurs elle ne l’aurait pas acceptée !
Et puis un jour, ce fut fini. Enfin ! Les murs et les cloisons étaient de nouveau dressé, le toit rebouché et étanche. Sur l’arrière de la maison un enclos lais- sé les poules se promener en liberté et devant la terre avait été retournée pour les graines que la jeune fille avait emmenées avec elle. Au bout de quelques mois encore elle put ainsi varier ça nourriture.
Mais toujours personne ne lui avait adressé la moindre parole.
Lorsque la solitude devenait trop pressente, elle attelait son âne et se rendait au marché d’Hyrule pour y vendre ses produits et surtout rencontrer du monde.
Un matin pourtant, l’ordinaire du village fut ébranlé par l’arrivée d’un inconnu. Depuis qu’Anju-Lina s’était présentée au village il y avait un an et demi de cela, aucun inconnu n’avait foulé le sol du village. Et comme à ces occasions, aucun habitant ne manquait à l’appel dans la foule qui se rassembla pour ac- cueillir le nouveau venu.
- Halte-là, cria le chef. Qui es-tu ? Que veux-tu et que cherches-tu par ici ? Anju-Lina compris alors que c’était par cette phrase rituelle que le chef arrê- tait les étrangers.
- Je suis Morlac, grand Shaman versé dans l’art de la magie. Nous sommes nombreux à nous être associés pour former une confrérie de défense de notre monde contre les forces grandissantes de Ganon. Nous parcourons les villages isolés pour leur offrir notre protection mystique.
- Et pourquoi faites-vous cela. Juste pour le plaisir de rendre service proba- blement, lança un habitant avant d’éclater de rire, bientôt suivi par l’assem- blée entière.
Le Shaman rougit un peu et se racla la gorge.
- Disons que contre un petit logement et le repas matin et soir, je resterai aussi longtemps qu’il faudra pour vous protéger.

- Ah, j’en été sûr, lança une autre voix. Trois fois rien, le logis et le couvert ! Et pendant qu’on te servira, tu te prélasseras dans ta maison en attendant qu’un éventuel malheur s’abatte sur nous. Je crois que je vais embrasser la carrière de Shaman moi aussi.
Nouvel éclat de rire de la foule que le chef stoppa en levant le bras.
- Ça suffit ! Ecoute Morlac, nous n’avons pas besoin de ta protection, nous vivons paisiblement ici, loin des conflits qui mortifient notre monde et nous continuerons ainsi aussi longtemps que cela plaira aux Dieux ! Va donc es- sayer d’abuser un autre village si cela te dit, mais il m’étonnerait fort que tes voyages s’arrêtent de si tôt.
Au moment où le chef s’apprêtait à partir Morlac lança un cri suivit d’une in- cantation incompréhensible pour le commun des mortels.
- Pauvres fous, vous refusez mon aide mais c’est à genoux que vous me supplierez bientôt de venir lever le sort que je viens de vous jeter. Et là je me ferai un plaisir de vous dépouiller de tout ce que vous possédez. Et il éclata d’un rire mauvais avant d’ajouter :
- J’espère que vous aimez les serpents. Et il repartit comme il était venu lais- sant derrière lui l’écho de son rire et une vague de frisson dans l’assemblée. Déjà on entendait les premiers cris retentir. Les villageois en rentrant chez eux, trouvaient leur maison, leur jardin, leur cave, infestés de serpent. Au cours des jours suivants, cela ne s’arrangea pas. Ils avaient beau les chas- ser, toujours les bêtes revenaient on ne sait comment. Une véritable psy- chose s’était installée dans le village. Personne n’avait encore était piqué mais au prix de quels efforts !
Les enfants ne sortaient plus jouer dehors, les maisons restaient barricadées du soir au matin. On calfeutrait les dessous de portes et les fenêtres à l’aide de linges, on bouchait les moindres interstices par lesquels les serpents au- raient pu se faufiler.
Il fallait se protéger les jambes de plusieurs épaisseurs en allant au jardin afin que les crocs acérés ne puissent atteindre la chaire en cas de morsure.

Le village d’ordinaire si gai ne vivait plus !!!
Et puis un jour, l’inévitable se produisit ! Une mère oublia de fermer la porte quelques secondes, un enfant frustré par quinze jours d’enfermement se pré- cipita à l’extérieur, attiré par les rayons chauds du soleil. Il ne fit pas trois pas dehors qu’il s’écroulait dans un cri de souffrance, mordu par un reptile ensor- celé.
Aussitôt on le porta au prêtre qui lui administra les premiers soins. La fièvre monta rapidement pourtant.
Trois jours durant on le veilla à tour de rôle humidifiant sont corps et son front de linges frais. Trois jours durant il délira et se tordit de douleur. Trois jours durant on crut le perdre d’un instant à l’autre.
Puis au matin du quatrième jour, la fièvre était toujours là mais moins forte et l’enfant avait cessé de s’agiter.
Le pire avait été évité mais pour combien de temps. Pourrait-on guérir le pro- chain imprudent ou le village disparaîtrait-il petit à petit dans d’atroces souf- frances ????
Une personne cependant était épargnait de l’invasion, mais pas un villageois ne s’en était ni préoccupé, ni même aperçut puisque personne ne lui parlait ! Anju-Lina était en effet protégée des serpents grâce à ses poules qui rôdaient autour de la maison. Elles détruisaient les œufs et dévoraient les nouveaux nés pas plus gros qu’un ver de terre. Les reptiles ne pouvaient ni s’installer ni se développer à proximité de chez elle !!
Anju-Lina, elle, s’en était aperçu. Elle n’était pas assez stupide pour penser que sa maison, légèrement à l’écart du village, avait pu être épargnée par la malédiction d’un petit sorcier de bas étages. Aussi quand elle apprit qu’un en- fant avait été blessé, elle s’en voulu tout d’abord de ne rien avoir fait, puis elle comprit que de toute façon, on ne l’aurait pas écouté.

Soulagée d’apprendre que l’enfant avait survécu, elle décida qu’elle n’atten- drait pas la prochaine victime et décida d’agir sans demander l’avis des villa- geois.
A la faveur de la nuit, elle dispersa ses volatiles dans tout le village et les laissa œuvrer. Toute la nuit les villageois apeurés entendirent sifflements et claquettements de rage. Pas un n’osa se risquer à l’aveugle de cette nuit cauchemardesque mais personne ne dormit cette nuit là.
Aux premières lueurs du soleil, harnachés contre les morsures, les habitants se retrouvèrent dans les allées du village. Le spectacle qui s’offrit à leurs yeux incrédules était hallucinant !
Quelques cadavres de poules boursouflés jonchés ça et là les alentours. Les autres étaient occupées à picorer des restes de reptiles déchiquetés et d’œufs éventrés.
Nulle part on ne vit se faufiler l’ombre sinueux d’une bestiole verte.
Les enfants commençaient à pointer le nez aux portes des maisons. Les rires et les cris d’enfants reprenaient petit à petit leur place dans les rues.
Bientôt les adultes se joignirent à eux. Les embrassades, les accolades, les poignées de mains fusèrent.
Les enfants couraient après les poules. Certains parvenaient même à en at- traper et à jouer avec. C’est là que les adultes prirent conscience de ce qui c’était passé et surtout, qui les avait délivré de la menace qui pesait sur eux depuis près de trois semaines.
Alors, sans qu’aucun mot ne fut échangé, comme un seul homme, tout le vil- lage s’ébranla vers la petite maison un peu en retrait du village, cette petite maison à laquelle personne ne faisait attention et qui, il n’y avait pas si long- temps encore, n’était qu’une ruine.
Le chef frappa à la porte et lorsqu’Anju-Lina vint ouvrir, il s’inclina devant elle. - Au nom de tout le village, en mon nom, à la mémoire de ta grand-mère qui était l’une des notre, je viens humblement t’implorer de nous pardonner l’af- front qui t’a été fait.

Les habitants purent pour la première fois voir couler les larmes de la jeune fille mais ce n’était plus des larmes de désespoir. C’était des larmes de joie. Et il faut croire que cela était contagieux car on put également voir les mêmes sur bon nombres de visages amassés devant la porte.
Nulle autre réponse ne fut nécessaire.
Un banquet fut bien vite dressé et depuis lors, chaque année, à la même date, une fête organisée.
La maison d’Anju-Lina fut démontée, pierre par pierre, puis remontée au sein du village.
Plus tard, elle se maria avec un jeune homme du village bien entendu.
C’est l’aînée de ses filles qui reprit la maison et la tradition ; comme le fit plus tard encore l’aînée de cette dernière.
Et il en fut ainsi au cours des siècles suivants.
C’est ainsi que se perpétua la descendance et la mémoire de celle qui un jour sauva le village Cocorico !
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Utilisateur désactivé · il y a
Quel joli conte et si bien raconté. bravo
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Randolph B. · il y a
Un talent de conteur, Emmanuel
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Emmanuel Grison · il y a
Merci Randolph 😊