Balade sur l’arc-en-ciel - partie 1

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Galopin, vêtu de sa salopette verte, court à toute vitesse dans le champ. Le lutin aux boucles rousses porte dans les bras, quelques pommes et poires qu’il a dérobées au fermier. Le vieil homme, essoufflé, tente de le rattraper, mais n’y arrivant pas, renonce en pestant contre le voleur.
Le grelot doré ornant le haut du bonnet de Galopin, bouge dans tous les sens en tintinnabulant au rythme de ses pas.
Intrigué, le lutin finit par s’arrêter devant un épouvantail au large chapeau tressé. Ce dernier, les bras tendus à l’horizontale, semble fixer l’horizon. Des corbeaux noirs aux becs jaunes croassent en tournoyant autour de l’homme de paille.
Galopin agite les mains pour les chasser. Lorsque les oiseaux s’envolent, le lutin est surpris par une voix douce qui lui dit :
— Merci.
Galopin lève son regard sur l’épouvantail. L’étrange personnage aux yeux en forme de boutons, lui fait un clin d’œil.
— Euh, de rien.
Au loin, quelques coups de tonnerre résonnent. Le ciel jusqu’à présent bleu se teinte de gris et le vent fait son apparition. À son contact, les quelques marguerites des champs environnants s’inclinent.
Galopin croque dans une poire. Du jus coule sur son menton. Poli, il tend un fruit à l’épouvantail. Ce dernier se penche en avant tout en se débattant. Il rompt ainsi les fils le retenant au piquet de bois planté sur le vaste potager.
— Ah ! Ça fait du bien.
L’homme de paille pousse un soupir d’aise et mord dans la poire.
Méfiant, Galopin lui dit :
— J’ignorais que les épouvantails pouvaient quitter leur lieu d’attache et même parler.
— Oh si ! Cependant nous évitons de le faire, car les fermiers n’aiment pas ça. Ils nous dissuadent de passer à l’acte en transformant, ceux pris sur le fait, en ballots de foins et en les entassant dans un coin de la grange.
Le lutin remarque :
— Je comprends. Pourtant, tu n’as pas hésité à te défaire de tes liens.
— C’est parce que je sais que le fermier est à la ville voisine pour le marché. Il ne rentrera que tard ce soir.
Une pluie fine se met à tomber. Galopin sort alors d’une ses poches, un parapluie bleu, qu’il tend au-dessus de sa tête. Sous le regard curieux de l’épouvantail, le lutin explique :
— Ce sont des poches magiques. Je peux y ranger n’importe quoi.
Les deux personnages se blottissent sous le parapluie. Le tonnerre se rapproche et le ciel s’assombrit comme si la nuit voulait faire fuir le jour. Des éclairs zèbrent l’horizon, illuminant les champs et forêts avoisinants.
— J’espère que ça ne va pas durer, avoue l’épouvantail en tremblant. J’ai peur des orages.
— On ne risque rien, ne t’inquiète pas.
Voulant détourner de la pluie, l’attention de l’homme de paille, le lutin lui dit :
— On ne s’est même pas présenté. Je m’appelle Galopin.
— Moi, c’est Caspian.
Au bout de quelques minutes, l’orage semble s’éloigner. Il ne reste plus pour trace de son passage qu’un sol trempé et des gouttelettes d’eau sur les pétales de fleurs.
Galopin croise les doigts et murmure :
— J’espère qu’il va y avoir une arche aux sept couleurs. Il devrait y en naître une après ce déluge.
— C’est vrai que c’est joli, confirme Caspian.
— Oui. Et ça m’intéresse, car je suis un chasseur d’arc-en-ciel.
— Un quoi ?!
— Un chasseur d’arc-en-ciel, répète Galopin. Tout le monde sait qu’ils abritent un trésor.
— Ce n’est qu’une légende, l’interrompt Caspian.
— Beaucoup le croit et pourtant c’est bien réel. Nous sommes plusieurs à parcourir les royaumes à la recherche des richesses promises.
— Et tu en as déjà trouvé ?
Le visage du lutin se rembrunit :
— Non. L’arc-en-ciel disparaît toujours avant que j’en atteigne le bas.
— Oh ! Tout ça a l’air un peu magique. J’aimerais beaucoup t’accompagner à la recherche du trésor !
— Vraiment ? Mais et les champs que tu gardes ? Le fermier va être furieux contre toi !
Caspian arbore un grand sourire et sautille de joie, perdant ainsi un peu de paille.
– Je m’en moque ! Je ne reviendrai pas ! J’en ai assez de passer ma vie immobile, devant un paysage qui ne change pas, avec des corbeaux me picorant le corps. Je ne leur fais même pas peur ! J’ai envie d’autre chose, de découvrir le monde ! Et si tu veux bien, j’aimerais venir avec toi à la recherche de l’arc-en-ciel.
La joie de l’épouvantail est contagieuse. Galopin, enchanté, s’exclame :
— Quelle bonne idée !
Les deux compères quittent donc les champs, direction, droit devant eux. Au bout de seulement quelques secondes, ils distinguent au loin comme un pont en train de se révéler. Il y a du violet, de l’indigo, du bleu et tout un tas d’autres nuances.
— L’arc-en-ciel ! s’extasie Galopin qui se met à courir.
Caspian le suit.
Devant l’arche aux sept couleurs, une petite fée de la taille d’une rose se tient près d’un panneau en bois. Face à elle, des gens patientent. Les deux nouveaux amis s’installent au fond de la file.
— Que fait-on ? demande l’épouvantail.
— On attend. La fée vend des tickets permettant d’accéder à l’arc-en-ciel.
— Je pensais qu’on pouvait s’y rendre comme on voulait.
Galopin secoue la tête en signe de négation.
— Chaque arc aux sept couleurs est gardé par un être magique. Quand ce lieu féérique apparaît, une foule de personnages souhaite s’y promener. Il faut donc limiter le nombre de visiteurs afin d’éviter les dégradations. Vingt billets uniquement sont en vente.
— Mais il y a tant de monde devant nous ! s’affole Caspian.
— Pas de souci, le rassure son ami. La fée a un appareil étrange qui scanne les gens. Seuls ceux dont l’âme est pure peuvent aller sur l’arc-en-ciel. Et crois-moi il y a peu de personne sincèrement honnête. Nous avons donc toutes les chances d’avoir des billets.
Effectivement, beaucoup de visiteurs sont écartés lors du contrôle et le tour de Galopin et Caspian arrive bien vite.
La fée aux longs cheveux bleus élève devant le visage du lutin une sorte de branche au bout phosphorescent. D’abord blanc, il finit par scintiller d’une douce lumière verte.
La fée tend alors un ticket à Galopin.
— Vous pouvez y aller.
L’épouvantail subit le même sort et brandit victorieusement son coupon.
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Firmin Kouadio · il y a
Je ne m'arrêterai pas si je ne découvre pas le deuxième. J'y vais de ce pas.
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Ode Colin · il y a
ça me fais plaisir :-)
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Daniel Nallade · il y a
Très beau !
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Ode Colin · il y a
c'est gentil, merci :-)
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Joëlle Brethes · il y a
C'est tout à fait charmant ! 😊💖
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Ode Colin · il y a
Merci :-)
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Léa30 · il y a
c'est jolie
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Ode Colin · il y a
Merci :-)
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Felix Culpa · il y a
Je suis sous le charme ! Je me dépêche de lire les deux autres parties !
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Ode Colin · il y a
C'est trop gentil, merci ! :-)

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