Rue des pas perdus

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Mes mots en rouge à lèvres.

Loser du capital, sur un trottoir moqueur
Ma vie sociale se joue, en survie digitale
Vautré comme un campeur, je quémande un parleur
Dans le giron des cœurs, le chant d’une piécette
Un kopeck d’opérette, dans mon tronc de chômeur.

Le bitume fossoyeur, me réduit en squelette
La foule des voyeurs, mille pas cadencés
Passe et repasse, anonyme, pressée
Rejeté des vivants, invité des poubelles
J’évite comme un cloporte, de me faire écraser.

J’imagine vos faciès à vos chaussures cirées,
Une attitude commune, la révolte en absence
Surbooké de crédit, hypersurexploité
En grève de conscience, vous vous abandonnez
Dans une honte parfumée, puante, évaporée.

Du fond de la mémoire, l’inconscient interpelle
Au chaud dans votre sperme, ou vos seins emballés
Comme une alarme interne, bien enfouie, en sommeil
Vous zappez mon visage, comme le fruit de la peste
Vous fuyez ma misère, de peur de l’attraper.

Je hurle des caresses, en bravades extérieures
Et bave des confesses, dans mon blues intérieur
Je dégueule ma peine, dans le bleu de mes veines
Et pisse ma colère, comme un chien enragé
Sur les murs ministères, de cabinets branchés.

Laminé, effondré, j’ai mis dans ma détresse
Mon nom en garde à vue, mes racines à l’envers
Dans le feu de l’enfer, trempé de l’ivresse
Des degrés ravageurs, je paresse la mort
À l’abri des remords, en feignasse de cierge.

La nuit est un parcours de loups
Après avoir bouffé vos restes
Et le sourire de Louise, ma Vierge,
Je vais au bastringue de Malou
Là ou les sans rien se repeignent
L’hiver, en soleil rouge et noir
D’espoir, en mouchoir fraternel:
Je me libère
En vers de passes
Comme une vieille pute
Je démaquille ma tristesse
Dans ce rade de flottille
J’écluse l’anonymat de mes rides
Avec des rires de Bastille

Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira...
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Image de Phil Bottle
Phil Bottle · il y a
Il y a des hommes, et il y a des hommes
qui ne sont plus que des ombres.
Pas même leur ombre propre.
L'ombre des regards
Qui sur eux ne se posent.
C'est que d'autres ombres
Refusent de voir la misère,
De peur que la misère ne les voit.

Image de Joël Riou
Joël Riou · il y a
Une petite chronique de la rue dans un style qui me rappelle Blondin, Boudard et Audiard...