LA VIE EST BELLE !!!

I. LE PRIX DU SANG.

I. Inséparables

Comme le sable est au rivage
Le poisson est à l'océan
Comme la pluie est à l'orage
L'étoile est au firmament

Comme la feuille est à l'arbre
La nature est à la Terre
Comme le calcaire est au marbre
La forêt est à l'atmosphère

Comme l'eau est au roseau
Le Colisée est à Rome
Comme la plume est à l'oiseau
La liberté est à l'homme.

II. Au bout.

Au bout de l'horizon
Les champs rougeoyent
Sous le soleil du monde
Au bout du champ
Les faux tournoient
Sur la terre féconde.

Au bout des faux
Les hommes dansent
Dans la lumière
Au bout des hommes
Leurs mains se balancent
Contre chaque ornière.

Au bout de leur mains
Leurs doigts pétrissent
Agressent, adorent
Au bout de leurs doigts
Leurs horizons s'évanouissent
Et leurs vies et tous leurs sorts.

III. Api.

D'abord, armé d'un couteau
Il l'a coupé en quatre
Puis il a oté son cœur
D'où se sont échappés les pépins.

Ensuite minutieusement
Il a épluché sa peau rouge
Qui forme un petit tas
Sur la table devant lui.

Enfin, il a croqué dans le fruit
Pendant cinq minutes
Il a oublié
Que le temps est assassin.

II. LA POÉSIE DÉGAGÉE.

I. Tout ce qui s'amoncelle...

Tout ce que nous serons
Tout ce que nous avons été
Et plus encore, dans les grandes largeurs
Bien au contraire, et avec d'excès
Quoi que et vice et versa...

Tout ce que nous ferons
Et tout ce que nous avons raté
Malgré tout, et quand bien même
Subséquemment,
En suivant les variations saisonnières...

Tout ce que nous dirons
Et tout ce que nous avons tu
En général et en particulier
In fine, à part, ultimatum
Et tutti quanti...

II. Et sa plus simple expression...

Chocolat
Centenaire
Opéra
Polaire

Vote
Cierge
Carotte
Vierge

Janvier
Paradis
Gravier

Perdrix
Koala
Alpaga.

III. Terminent au mépris !

Vous nous avez envoyé vos épreuves
Et nous vous en remercions
Avant tout, nous devons reconnaître que votre œuvre
Fait l'unanimité de notre comité.

Car votre écriture est si pauvre, si famélique
Vous lire, quel malaise
Vous manquez d'ampleur, de souffle épique
Vous rêvez de Victor, vous n'effleurez pas même Blaise.

Avec vos accords et vos rimes de foire
Vous ne vous élevez guère au-dessus du lot
Vous qui visez les étoiles et la gloire
Vous atteignez tout juste le fond du caniveau.

Nous vous en conjurons à l'avenir
S'il vous plaît, Monsieur
Pourriez-vous réserver votre lyre
À votre entrée au royaume des cieux.

III. LES PASSIONS HUMAINES.

I. Du rêve...

Et puis un jour
Tu m'apparaîtras
Et je saurai que tout
Ce que j'ai écrit
N'était que pour toi
Un présage d'avenir.

Et puis un autre jour
Nos mains se rencontreront
Et tu sauras que tout
Ce que tu as vécu
N'était que pour vivre
Ces instants-là.

Et puis une nuit
Nos corps s'accorderont
Et nous saurons que tout
Ce que nous avons rêvé
N'était rien à côté
Du feu ardent de notre amour.

II. Au réel...

À cet été sur la plage
Aux va et vient des vagues
À nos silhouettes invisibles

À la brume, à la pluie
Aux petits ronds dans l'eau
À nos pas qui se croisèrent

À cet orage qui éclata
À ce refuge improvisé
À nos instants de gêne

À mes yeux suspendus
Au coquelicot de tes lèvres
À ce ciel qui nous transporta

À ce dimanche d'imprudence
Aux allers sans retour
À tout ce que nous n'avons pu.

III. Les passions nous aiguillonnent !

Oublierai-je jamais - Ne serait-ce qu'
Un jour, tes cheveux voilant ton visage ?
Entre chien et loup - Nos
Silences parlaient pour nous !
Ta pudeur t'enveloppait d'
Un désir secret.

Oublierai-je jamais - Ne serait- ce qu'
Une nuit, tes yeux fixés sur moi ?
Entre toi et moi - Nos
Silences étaient de longs émois !
Ta nudité t'habillait d'
Une passion muette.

Oublierai-je jamais - Ne serait ce qu'
Une heure, tes lèvres entrouvertes ?
Entre nous - Nos
Silences étaient des aveux. J'entends encore
Ton souffle me réclamait :
Une photo ! Prends moi en photo !

IV. À NOUS DEUX.

I. Haïssons-nous !

Avant de mêler nos sangs
Nos corps, nos langues
Disputons-nous !

Des poêlons, des casseroles
Des noms d'oiseaux
Envoyons-nous !

Des signes de mauvais augure
Le typhus, le choléra, la dingue
Maudissons-nous !

Après cela, le pire sera derrière
Et nous pourrons enfin
Nous aimez pour toujours !

II. Amour à mort.

Ton ciel dévorant - Nerf de bœuf
Sur l'onde - Cartouche, obus, mort aux rats
Glisse - Moule à gaufre, louche
Autant de braise - Chandelier, mortaise.

Ton chandail - Cyanure, pistolet à grenaille
Entrouvert - Cendrier, corde, crémaillère
Laisse deviner un sein - Couteau à pain
Tu treizes - Vieux bout de bois, clefs anglaises.

Eldorado d'or - Acier à canon
Mon cher trésor - Fil à beurre, pelle à tarte
M'inonde de fleurs - Sabre, baïonnette
Nue, tu m'innocentes - Père Lachaise.

III. Envol.

Tu m'attendras au bord de la fenêtre
T'enrhumeras au vent frais d'automne
À guetter mes pas, mon grelot
Me salueras d'un revers de la main.

Tu m'ouvriras ton logis fait de bric et de broc
Me recevras en déshabillé bleu vaporeux
T'armeras de patience tandis qu'avec insouciance
Je salirai tes tapis de mes souliers boueux.

Tu m'emporteras aux sons du pipeau
Sous une lune incandescente et nue
Nous valserons avec entrain parmi les étoiles
Tanguerons d'un bord à l'autre.

Ton logis deviendra île, deviendra nous
Deviendra phare dans la tempête
L'éternité soupera à notre table
Nous sémerons mille soleils de feu.

V. L'INCENDIE

I. Notre

Au chevet de la grande brûlée
Étendue
Au bord de Seine

La masse des curieux se pressent
Pour photographier ton corps
Abimé

Tant de peine et d'ouvrage
Faits de main d'homme
Œuvre de Babel

Les Hommes se ruent
Vers toi sans toit
Espérant l'éternel

Ils mettent tant de foi
Dans la pierre
Négligeant le cœur.

II. Dame.

À l'église Saint-Sulpice
Depuis l'incendie de sa grande sœur
C'est la folie les heures d'offices
Les Hommes ont retrouvé leur cœur.

Sous l'œil amusé du prêtre
C'est la ruée des bénitiers
La foule des infidèles se prêtent
À toutes les religiosités.

Il sourit devant cette ferveur
Et voit ce nouveau jour venir
Comme son retour en bonne odeur
Et l'assurance de son avenir.

Maintenant, il prie et s'inquiète
Combien de temps pleuvront les dons ?
Ainsi psalmodiaient les prophètes :
À tout malheur est bon !

III. De Paris.

À bord du fleuve
Glissent des péniches
Sous l'arche du pont de Seine

Au loin, Juillet triomphe sur sa colonne
Où jadis sa prison enchaîna un roi
S'écoule l'eau verte, sombrent les lois

Pendant que la ville processionne
Un homme dort par terre au froid
Et personne ne le voit.

Ici, l'on vit et meurt
Sous les feux de l'Histoire
Ou dans l'ignorance d'un soir.

(*) L'incendie de Notre Dame de Paris le 15/04/2019.

VI. LES VOIX.

I. De l'Ange.

Écoute-moi
J'ai entendu tes cris
J'ai vu tes pleurs
Non, je ne t'ai pas abandonné !

Je suis là dans chacune de tes douleurs
Je suis là dans chacune de tes larmes
Mon cœur saigne au même sang
Oui, pleure soulage ton cœur !

Accepte qui tu es
Sache que je serai avec toi chaque jour
Ne recule pas devant la vie
Seul l'amour guérit !

II. Du fils.

Il faut que je vous prouve
Qui je suis encore et encore
Il faut que je me batte face à vous
Pour que vous deviniez enfin ?

Combien de temps
M'aurez-vous loin de vous ?
Et quel sera le prix de la liberté
Trente écus ?

C'est assez, vous jugez
Vous condamnez
Vous répétez indéfiniment vos actes
Aveugles que vous étes !

Ne soyez pas surpris
Lorsque vous verrez les signes de mon retour
Comme j'ai disparu, je reviendrais
Et vous serez cueillis comme des roses !

III. Du trône.

Je vous aimais tous l'un l'autre
Sans distinction comme vous étiez
Je vous avais tout donné
Vous n'aviez plus qu'à vivre votre présent
Tel que vous le souhaitiez.

Mais qu'avez-vous fait ?
Vous avez tué en mon nom.

Je vous aimais tous l'un l'autre
Vous étiez tous mes enfants
Vous n'aviez plus qu'à vous aimer
Vous aimer vous-même
Vous aimer l'un l'autre.

Mais qu'avez-vous fait ?
Vous avez fait la guerre en mon nom.

Je vous avais confié la terre en partage :
Prenez en soin
La nature est une, indivisible
Soyez bons avec tous
Comme étant membre de votre corps.

Et qu'avez-vous fait ?

VII. HÉRÉDITÉ

I. Le fils.

S'il vous plaît
Ne gardez rien de tout ces maux
Laissez-les s'envoler
S'évanouir
Librement !

S'il vous plaît
Pardonnez-moi
Laissez-moi franchir le seuil
Et disparaître...
À tout jamais !

S'il vous plaît
Ne priez pas pour moi
Laissez mon âme
Je retourne à la source
Oubliez-moi !

II. Le père.

Ils n'ont jamais su
La douleur
Ils ont toujours cru
Que ce n'étaient que des mots...

Ils ignorent tout de
La souffrance
Qui vous fait maudire
La terre, le ciel et tout ce qui s'y trouvent...

Qui conduit votre âme
Aux flammes
Au lieu où la douleur
Est éternelle...

III. Le Grand père

Bien sûr qu'il y a des cris, des révolutions, des guerres civiles
Que les montagnes s'écroulent sur des innocents
Que la folie, les tourments dévastent des villes
Tout compte fait, nous pesons si peu dans le flot du sang.

Bien sûr qu'il y a de la souffrance, du malheur sur la terre
Que notre temps ressemble à une marche infernale
Que l'Homme s'acharne à vouloir se satisfaire
Au mépris de toute dignité, civilité, morale.

Bien sûr que rien ici-bas ne s'obtient sans contre-partie, sans difficultés
Que chaque victoire, chaque réussite est le fruit de la persévérance
Quelle serait le sel de nos vies sans cette fatalité ?
Et que retiendrait-on au soir de tirer notre révérence ?

VIII. REQUIEM

I. Ainsi...

Quand l'encre de ma plume sera sèche
Et mon cœur vide
Quand ma flamme ne sera plus que mèche
Et mes mots arides.

Quand mon présent se conjuguera au passé
Sans plus d'heure
Sauras-tu encore me caresser
De tes yeux rieurs ?

Quand j'aurais oublié jusqu'à mon nom
Sans plus aucun souvenir
Sauras-tu encore donner à mon front
Un doux baiser d'avenir ?

II. Soit...

L'heure du premier souffle
L'heure du premier repas
L'heure du premier mot
L'heure du premier pas
L'heure du premier baiser
L'heure du premier amour
L'heure du dernier baiser
L'heure du dernier pas
L'heure du dernier mot
L'heure du dernier repas
L'heure du dernier souffle.

III. Il...!

Que tout le monde m'abandonne
Que je ne sois plus personne
Et qu'on médise de moi
Qu'on oublie jusqu'à mon nom
Que je n'aie plus que des "non"
Et la sécheresse de cœur froid.

Cent fois
C'est à toi
Que je reviendrais...

Que je baisse dans les sondages
Que je coule dans les suffrages
Et que mes choix soient contre moi
Que mon nom soit honni
Que ma côte soit bannie
Et que mon passé soit une croix.

Cent fois
C'est à toi
Que je reviendrais...

Que mes chairs se ramollisent
Que je sois bon pour l'hospice
Et que vienne l'heure de mon trépas
Que mes passions m'emprisonnent
Que mes larmes m'empoisonnent
Et que le ciel descende sur moi.

Une dernière fois
C'est à toi
Que je reviendrais
Toi qui garde ma liberté.

7 octobre 2021
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KE PHAS  Commentaire de l'auteur · il y a
À tous ceux qui un jour, ont croisé ma route...la route de mes signes...à ceux qui m'ont offert leur temps, et leur patience aussi. Nous vivons tous dans l'obscurité de nos cavernes. Au-delà la vie peut être belle.
Kephas.

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M. Iraje · il y a
Comme un cri du coeur qui va crescendo sous le signe du silence ...
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Flore Anna · il y a
Merci pour ces mots partagés que je retrouve volontiers. C'est beau. Bonne journée demain...sans ennui je souhaite.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Merci pour le partage de vos poèmes.
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Randolph B. · il y a
Je n'ai lu que les premiers, et trois autres au hasard. Le plaisir de la découverte, des "rendez-vous"....J'en lirai d'autres, plus tard, ou demain...
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Marcel Faure · il y a
Comme une évidence, les mots sont au poème.
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