Une patiente peu ordinaire

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J'écris pour oublier, pour m'évader, pour fuir la réalité... Critiquez-moi ! Vos critiques, bonnes ou mauvaises seront les bienvenues. Qui s'essaie, s'affirme !


La pièce était petite et vétuste, avec pour simple décoration, trois affiches collées au mur et quelques revues de tous genres, entassées sur une table basse.
Tout comme elle, des patients attendaient leur tour. Ils ne se parlaient pas, ne se regardaient pas, ne bougeaient pas. L'air grave comme si la fin du monde approchait, comme des condamnés avant leur châtiment.
Le docteur Antomarchi vint la chercher et la libéra enfin de cette atmosphère sombre et lugubre. Ils pénétrèrent dans son bureau tout aussi macabre et s'installèrent.

« Bonjour Cassandra.
— Bonjour docteur.
— Aujourd'hui, j'aimerais que vous me parliez de votre entourage et de votre maison lorsque vous aviez huit ans. Je vous écoute Cassandra.
— Par quoi voulez-vous que je commence ?
— Parlez-moi des gens qui vous entouraient, de votre famille par exemple.
— Je me souviens du père Égée, un vieux voisin. C'est comme cela que je le nommais « le père Égée ». J'allais souvent le voir. Il ne parlait pas ou très peu et bougonnait sans cesse. Il était seul à cette époque, sans femme, sans enfants. Sa demeure ressemblait à un gigantesque bureau. Dans mon souvenir, il en ressortait beaucoup de vert. Du vert amande voire vert pastel au vert bouteille. Ses accessoires de bureau étaient verts. Chez lui, tout me semblait vert.
La famille Charret m'accueillait aussi régulièrement. Ces voisins-là avaient au moins cinq enfants mais tous beaucoup plus âgés que moi. Leur jardinet était trop décoré, trop chargé et trop coloré : nains de jardin, lampions, lutins... et j'en passe. Je devais le traverser avec précaution. Eh bien oui, vous comprenez, il ne fallait pas faire tomber toutes ces choses encombrantes. Je me souviens qu'arrivée dans le vestibule, si je tournais la tête à droite, je pouvais voir la cuisine et à gauche le salon où reposait un renard empaillé.
— Et alors, que faisiez-vous chez eux ?
— Rien... j'observais. Le docteur attendit la suite qui ne vint pas. Il se racla la gorge.
— Et votre famille dans tout ça ? Vos parents ? Vos frères et votre sœur ?
— Je suis navrée mais je ne me souviens de rien. Je n'ai absolument aucun souvenir.
En revanche, je me souviens du pommier. J'adorais m'allonger sous cet arbre fruitier et regarder les nuages dans le ciel. Je me rappelle également que mon père possédait une Simca 1301 grise à cette époque. Quant au reste...
— Et votre maison, vous pourriez me la représenter ?
— Euh... non, je ne l'ai pas du tout mémorisée. Je ne peux malheureusement vous la décrire.
— Vous ne disposez pas de photos de vous, de votre famille et de votre maison ?
— Euh... non, je n'en ai aucune.
— Mais vous détenez certainement des clichés de vous quand vous étiez enfant ? Vous avez bien dû en conserver quelques-uns, n'est-ce pas ?
— Je vous assure que non, c'est la vérité. De toute façon, on ne me voit jamais sur les photos.
— Comment ça ? Vous vous cachez ?
— Bien sûr que non !
— Eh bien alors ?
— C'est un fait bien réel. Vous devez me croire. Sur les photos de classe, on ne me voyait pas alors que je n'en ratais aucune.
— Ne dites-pas n'importe quoi, voyons ! C'est absurde !
— Vous ne me croyez pas, c'est ça ?
— Comment pourrais-je croire une chose pareille ? C'est invraisemblable ! Vous êtes cinglée !
— Eh bien, prenez-moi en photo avec votre smartphone !
— N'insistez-pas Cassandra ! Le docteur commençait à perdre son calme.
— Je vous en supplie, faites-le !
Il hésita puis s'exécuta. Il demeura figé quelques secondes devant l'écran et lui tendit le smartphone.
— Vous êtes très photogénique. Bon, la séance est terminée. Nous nous reverrons la semaine prochaine. Je vous raccompagne. Au revoir Cassandra. »
Elle ne broncha pas.

De retour dans son cabinet, le docteur Antomarchi regarda de nouveau la photo. Avec stupéfaction, il ne vit que le décor : sans forme humaine, sans Cassandra, elle avait disparu.
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Claude Cloutier · il y a
Une vraie pilule de bonheur! Super!!!
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M. Iraje · il y a
J'ai enfin retrouvé le pommier 🍎🍎🍎 !
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Daniel Nallade · il y a
Un texte fascinant !
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Gali Nette · il y a
Texte à la fin surprenante et qui nous interroge sur les êtres que l'on imprime pas ?
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Jean-Louis Blanguerin · il y a
Coucou Agnès, merci d'être venu lire Passions éphémères. Si vous disposez d'un peu de temps un jour, allez lire "le cloporte et la fourmi", vous y trouverez une résonance à ce texte que j'ai beaucoup aimé. Belle écriture...
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Jean Paul · il y a
Cassandra est elle Transparente?
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Guy Bellinger · il y a
Dans un contexte réaliste surgit le fantastique. Cette non apparition sur la photo symbolise-t-elle les gens qui n'impriment pas, qui ne laissent pas de trace de leur passage dans l'esprit des autres. Est-elle comme la Cassandre de l'Antiquité, jamais crue ? Fascinant en tout cas.
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Mickaël Gasnier · il y a
Une petite nouvelle comme je les aime...
Une petite séance chez le Psy et voilà qu'après l'avoir immortalisée il pourrait en devenir fou...
Mystère, la vérité est ailleurs agent Scully.

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Mireille d agostino · il y a
Mystère mystère... on attendrait presque une suite.
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
Je retombe sur ce texte et lui apporte mon soutien avec plaisir !