L'Ami imaginaire

il y a
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Finaliste
Jury
« Alors, tout était calme quand le méchant dragon est descendu du ciel pour terroriser les villageois. Il en a croqué quelques-uns, craché du feu un peu partout. Ce n'était pas beau à voir, ça sentait le barbecue dans les granges. Il y a plein de fermes qui ont brûlé et des vaches qui se sont enfuies dans les montagnes. On dirait que j'étais resté au château pour protéger le roi et la reine, tandis que toi, tu serais parti l'affronter. Mais tes flèches n'ont pas servi à grand-chose contre ses écailles, tu te serais fait prendre dans ses serres. Le repas de ce soir. Non, Léo, je te dis que sa peau était trop forte. Cesse de rouspéter... Il t'a emmené sur son île pleine de volcans. Et donc... Et donc... On dirait que c'est à mon tour de te sauver maintenant. Tiens, mets-toi là, c'est l'endroit où tu es retenu prisonnier. »
« Théo, qu'est-ce que tu fabriques encore ? »
Le petit garçon s'interrompit. Sa maman était entrée dans son royaume et n'était pas comme d'habitude. Ses cheveux étaient furieux, électriques.
« Rien... Je joue. »
« Mais je t'ai entendu répondre à quelqu'un... avec qui tu discutes ? »
Son regard bondissait dans chaque coin de la pièce, guettant la moindre proie.
« Avec Léo. »
La réponse la fit pâlir. Elle posa sa main sur son bras et donnait l'impression de se gratter un bobo invisible.
« Avec qui ?! »
« Léo... Là, sur les coussins... Il attend que je vienne le délivrer. »
Il pointait du doigt un monticule d'oreillers en équilibre que sa mère fusilla du regard. Un simple clignement de paupières et ils auraient bien pu prendre feu instantanément.
« Tu vois bien qu'il n'y a personne ! »
« Mais si ! On aidait les paysans à reconstruire leur château quand le dragon est venu. Il n'était pas content, et il l'a emporté avec ses griffes. »
« Tout ça, c'est dans ta tête mon chéri. »
« Non euh ! C'est arrivé, je te jure ! »
« Théo, arrête de faire l'idiot... »
« Mais ce n'est pas moi, c'est le monstre qui a capturé Lé... »
« TAIS-TOI ! »
La sentence avait clôturé le débat. Théo ne parlait plus, toujours assis avec sa main posée sur son navire en plastique. Sa mère lui donnait l'impression d'être gigantesque et que les murs s'étaient rapprochés pour les enfermer dans une boîte. Elle avait le visage chiffonné, les orbites prêtes à tirer des lasers.
Mais il ne bougeait pas. Il se contentait de la dévisager avec ses immenses billes bleues immobiles. Aucun pleur, aucune réaction. Lui si vif il y a encore quelques instants ne remuait plus un cil. Sa mère tremblait, la sensation d'être à deux doigts de se fendre et de répandre ses frêles morceaux au milieu des jouets.
« Je suis... Je suis désolée mon trésor... Je n'aurais pas dû m'énerver sans raison... Tu n'as rien fait de mal... Continue... Continue de jouer avec... Avec Léo ».
Elle reculait sans le quitter des yeux, les traits figés dans une tentative d'apaisement. Tout en refermant lentement la porte de la chambre, elle maintint sa main sur la poignée, le souffle en suspens. Trois interminables secondes, et elle expira enfin avec son fils qui replongeait dans ses fantastiques mésaventures. Elle resta ainsi sur le seuil, bercée par le vaisseau merveilleux dont il rêvait, reprenant sa poursuite du dragon géant qui avait eu l'audace de kidnapper son meilleur ami.
Mais les directives de Théo la sortirent bien trop vite de cette brève accalmie, le cœur en émoi. Elle serra les poings, se pinça les lèvres, tentant d'ignorer le brasier qui lui dévorait les entrailles. Une seule larme s'échappa.
Idiote.
Elle coupa court à tout autre débordement, et s'éloigna sans un bruit. Elle ne voulait pas craquer, elle ne pouvait plus craquer. Sa famille avait besoin d'elle.
Alors elle se contenta de marcher droit devant elle, s'interdisant de poser le moindre regard sur la troisième chambre de cet appartement. Elle et son mari avaient presque terminé de retirer tous les meubles qui avaient hanté l'espace. Il ne restait plus qu'une relique, un berceau trônant au milieu de la pièce abandonnée avec une couverture brodée qui affichait trois petites lettres fragiles. Léo.
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françoise CLAUDE · il y a
**** d’office !
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Choubi Doux · il y a
Ouh qu'ça fait mal... Bonne chasse à votre dragon .
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François B. · il y a
Je me demandais ce que cette mère pouvait bien reprocher à son fils... et j'ai été saisi par la chute, poignante, douloureuse... Mon soutien
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F. Gouelan · il y a
Le lien n'est pas rompu, le vide est comblé par un jeu, un conte où le frère, l'ami imaginaire, sera sauvé pour, inconsciemment, se défaire de la réalité, s'en protéger.
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Jeanne · il y a
Et Théo en jouant avec un ami invisible mais bel et bien présent dans son esprit fait revivre Léo, son petit frère disparu, emporté dans les airs par un dragon imaginaire… Hélas ce jeu innocent remue le passé endormi, fait surgir des images, réveille des souvenirs douloureux chez sa Maman qui porte avec force et courage le deuil de son enfant qui lui manque cruellement. Un récit touchant, fort émouvant. Un bouquet de cœurs et tous mes vœux Thomas pour la suite des événements.
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Viviane Fournier · il y a
j'avais adoré .. alors re.... et bonne chance à vous !
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Françoise Desvigne · il y a
Bel écrit, bravo !
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Joëlle Brethes · il y a
Beau mais triste récit...
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Lady Délivrance · il y a
#Soupirs
C'est magnifique

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Denis Infante · il y a
Étrangement, il n’y a pas de substantif en français (et dans beaucoup d’autres langues) pour désigner des parents ayant perdu un enfant, comme si c’était du domaine de l’impensable. De ’l’innommable.
Un beau texte sensible et fragile.

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