Une histoire de burrata

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Tout le monde adore la feta.

C’est vrai. Il n’y a pas quelqu’un qui un jour a pu dire « non, moi je suis pas fan de la feta ». Au pire, ce qu’on a pu entendre, c’est quelque chose comme « la feta ? Je t’avoue, je ne me souviens plus du goût que ça a ».
La feta, c’est le choix rassurant. Elle est douce, maigre et blanche avec juste ce qu’il faut d’exotique : pas trop loin mais quand même la petite touche de soleil et de mer qui fait joli sur le CV. Elle est racée mais sans trop, elle s’adapte à tous les palais. Elle peut même être AOP pour les plus exigeants. Vraiment, la feta est de tous les plats : seule ou accompagnée d’ailleurs, elle saura régaler. Même avec un plat sucré elle saura se marier. Et si vraiment l’association promet d’étonner, elle aura la délicatesse de se faire discrète pour mettre en valeur son plat principal.

Alors évidemment la feta : « Jamais bruyante, toujours présente », c’est son crédo.

A choisir un fromage pour la vie, c’est la feta qui s’impose naturellement. Ou du moins, je l’ai longtemps pensé. Et pourtant, ces derniers temps, à la faveur de mes 30 ans, je me suis mis à questionner ma position.
La burrata c’est tout l’inverse, elle ne fait pas dans la dentelle. D’abord c’est du sacrifice : exigeante, grasse, presqu’indigeste, la burrata ne fait pas de cadeau. Si la feta se plie en quatre pour les autres, voire en huit ou même en 12, la burrata, elle, est entière. Ne crois pas que tu pourras venir accompagné, elle ne tolère aucun « + One » à ses soirées. Si d’aventure, tu t’y essayais, elle les éclipserait sans l’once d’un remord et t’en dégouterait.

- « Anna ? Tu prends comme moi ou pas ? »

Apparemment on attendait ma réponse. Je lève le nez et plante mon regard dans celui de Thomas, qui me fait comprendre que l’on attend après moi.

- « Euh...Vous faites de la burrata ? » je finis par demander.

- « Alors, en entrée oui mais pas en plat. Tous les plats salades sont décrits là », et le serveur me pointe du doigt la page que j’étudiais à l’instant.

- « Non mais prends la grecque je te dis, c’est très bien !» intervient Thomas, avec un petit rire, en direction du serveur.

A nouveau je fixe Thomas, comme si je cherchais une réponse dans ses grands yeux marron. Ils sont beaux ces yeux, faut bien le dire, des cils de chameaux. Là, n’était toutefois pas le sujet.

- « Non. Non Thomas, je ne veux plus de feta. Tout le monde n’adoooore pas la feta ! A la limite, tout le monde aime bien la feta mais ça s’arrête là. Tu adores la feta toi ? Voilà. Moi non plus. On se contente de la manger par habitude, par facilité. On fait même plus l’effort. Une fois, allez deux, on a goûté une super salade grecque et depuis on s’encroute avec du médiocre. Alors non, aujourd’hui, je dis stop, terminus tout le monde descend ! »

Je me retourne vers le serveur interloqué et dis presqu’essoufflée « On va prendre deux burratas s’il vous plaît ».
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