Rendez-vous

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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire. Toutes mes œuvres déposés en libre  [+]

Elle m'avait dit « rendez-vous dans dix ans, même heure, même jour, même port ».

J'y suis à Douarnenez et ça sent la marée. Il est midi passé et comme d'habitude elle est en retard.

Ah, ben non ! La voilà. J'aperçois son fauteuil qui dévale la rue du port. Pas prévenu j'aurais eu un choc. Dame ! Je l'ai connue entière et là, il en manque un peu. Sous la couvrante, pas beaucoup de bidoche et là-haut ça ne s'exprime qu'en morse « Ti, taah ». Heureusement que mon passé de patron de chalutier m'a familiarisé avec ce langage.

Je la reçoiscinq sur cinq, mais la relation des événements qui ont contribué à diviser son poids par deux va nous prendre des plombes et moi j'ai la dalle. Alors je lui propose de continuer cette conversation devant un plateau de fruits de mer.

Nous voilà donc partis clopin-clopant vers le « Keriolet ». Et ce n'est pas une mince affaire, vu le nombre d'obstacles qui peuvent nous rendre la vie difficile. Comme partout y a des cons et ici

y a des cons partout, qui ne se rangeraient pas pour nous laisser le trottoir et d'autres qui n'hésiteraient pas à nous rouler dessus.

Entre les langoustines et les bulots - Beurk ! J'ai horreur de ces machins caoutchouteux. En plus, il paraît qu'ils prolifèrent sur les cadavres des perdus en mer. Ça m'emmerderait de tomber sur une canine de mon copain Gustave, disparu en mer un jour de grand vent, quand soufflait le « Lambig » plus fort que le Noroît – elle me narra laborieusement ses tribulations depuis notre séparation ce mardi à midi sur le port, tout en décortiquant pour deux, ce qu'il y avait à décortiquer.

Unité de temps, d'action et de lieu sont les axiomes à respecter pour tout bon réalisateur. On était pile-poil dans le topo, avec dix ans de plus et on peut dire que la vie ne nous avait pas fait de cadeaux. On allait certes pas se jouer le remake d'Un homme et une femme. Douarnenez n'est pas Deauville avec sa plage à perte de vue et les fauteuils roulants ne sont pas l'idéal pour aller l'un vers l'autre sur le sable.

Alors nous avons tourné d'un même élan nos fauteuils vers la mer. Elle sans jambes, moi sans bras et nous nous sommes rappelé comme c'était bien, avant que son mari ne nous écrase contre le parapet, avec le tracteur de ramassage du goémon.

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