Rea

il y a
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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire. Mon blog : https://jvetault.wixsite.com/monsite-1 Consacré aux récits maritimes.  [+]

Wi-shiou – Clac – pop – Tut
Wi-shiou – Clac – pop – Tut
Wi-shiou – Clac – pop – Tut
Les machines du service de réa s’en donnent à cœur joie.

Branché par tous les trous, ne fonctionnant plus que par procuration, il fait peine à voir. C’est la troisième fois en quelques mois et ça pourrait bien être la fois de trop. Épuisé par les traitements, en bout de course, blanc et amaigri, on ne donnerait pas cher de sa peau.

Sa peau, il l’a bien défendue pourtant après son opération d’un cancer du poumon, à l’âge ou on pense plutôt à une retraite peinarde. Mais là, il démissionne, et rien, ni la femme qui en termine elle aussi à l’EHPAD, ni les enfants, grands maintenant, ne saurait le retenir de lâcher la rampe.

Ils m’ont dit de lui parler, ils assurent qu’il entend. Moi je veux bien, mais quand je le vois, pratiquement de l’autre côté, j’y crois guère. Qu’est-ce que je peux lui dire, on s’est si peu parlé dans notre vie qu’on a perdu le sens du dialogue. Alors là, devant son incapacité à me répondre, j’en suis d’autant plus incapable.
Encore si on s’était ignoré, non, on s’est heurtés de plein fouet. Des griefs en veux-tu en-voilà en raison de ses comportements exécrables de macho envers la mère, de sa préférence envers le petit dernier. Plus tard un gros conflit de génération et enfin l’indifférence devant les difficultés que rencontrent les jeunes qui démarrent dans la vie, la guerre qui les rattrapent.

J’ai pas fait le tour, mais devant ce pauvre corps qui d’un instant à l’autre peut nous quitter, tout ce que je peux lui reprocher s’envole et ne reste plus qu’un enfant veillant auprès de son père qui meure.

Et dans un sanglot, je ne peux bredouiller que ces quelques mots, « Je t’aime papa ! ».

Wi-shiou – Clac – pop - Tut
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Paul Thery · il y a
Là, fini de rire, je n'essaierai pas de faire un commentaire plus ou moins humoristique. J'ai vécu une situation analogue l'année dernière. Des flashes me reviennent régulièrement de ces derniers instants. Ce n'est pas un texte de plus, c'est le texte le plus dur à écrire...
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Long John Loodmer · il y a
C'est une part du deuil, même si celui-ci, pour moi est ancien
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Bruno Teyrac · il y a
Sincèrement ému à la lecture de ton TTC, Loodmer : tu fais passer une émotion très forte avec une économie de moyens, c'est justement ce qui est loin d'être facile... et c'est vraiment réussi. Bravo !
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Anne-Marie Menras · il y a
J'ai aimé ton style dans ce TTC. En quelques lignes très simples, l'essentiel est dit. Le cancer, la mort proche, un père et son fils n'ayant jamais su se parler, et ces 3 mots : je t'aime papa, signifiant bien que devant la mort d'un père ou d'une mère, quel que soit notre âge, nous redevenons des enfants.
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Francine Lambert · il y a
Trop difficile pour moi de commenter . . . des souvenirs trop récents . . .
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Long John Loodmer · il y a
Tu m'en vois désolé. Merci d'avoir malgré tout pris le temps de me lire.
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Francine Lambert · il y a
Oh c'est la vie . . .nous nous trouvons tous confrontés au décès d'un proche un jour ou l'autre, hélas et ton texte est très réaliste Loodmer . . .
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Hellogoodbye · il y a
j'ai oublié de dire que ce récit, ds sa sobriété, a une vraie qualité littéraire : avec son bruit de machine et ses phrases brèves, il exprime l'urgence jusqu'à la chute
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Long John Loodmer · il y a
Votre commentaire me va droit au coeur ; Que j'ai mis dans la rédaction de ce texte qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Un peu comme faire son deuil. Merci !
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Hellogoodbye · il y a
un récit d'un ton juste, et qui passe de l'article défini là où on attendrait "mon, ma...", ce qui ne m'a heurtée que l'espace d'un instant, car j'ai déjà entendu des enfants évoquer ainsi leurs parents "le père", "la mère", comme s'il y avait une nécessité de distance, ou de pudeur dans des cultures où on est plus rude ; là on est face à un deuil imminent, et dans une confusion de sentiments -haine/colère/amour/détresse- avec en plus la pression familiale face à une difficulté générale à dire et une responsabilité déléguée à un membre tout aussi en détresse que les autres. comment ne pas ressentir de la culpabilité face à l'inéluctable, et le sentiment qu'il est trop tard ? néanmoins, ce "je t'aime" aidera, j'en suis sûre, à accepter les affres de la vie, les rancoeurs, tout le non-résolu ; c'est juste humain, et on ne nous dit pas assez qu'il faut faire juste ce que l'on peut... c'est ce que vous avez fait, je crois, et merci d'avoir le courage de partager ces moments difficiles avec nous ! c'est une belle leçon d'humanité
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Nadine Gazonneau · il y a
Un service que j'ai eu l''occasion de connaître , une fois pour moi ( embolie pulmonaire ) et pour mon frère et ma mère . J'ai retrouvé dans votre texte "l'ambiance " de ce service dans lequel la mort rode . Le bruit émis par les machines et ce que le personnel demande ou propose "aux visiteurs " est tout à fait la réalité . Vous avez su rendre ce que le narrateur ressent et je l'ai ressenti comme un coup de poing . Les machines s'amusent et le fils ressent , c'est très fort , c'est intérieur et ça éclate . "je t'aime papa" . Ça c'est un grand cri qui vient du profond et qui a été tu pendant longtemps . Les sentiments ne sont pas toujours aisés à exprimer . Dans cette famille on ne parlait pas des ressentis ! Quand la vie est dure , je crois que c'est souvent comme ça . Mais ça nf veut pas dire que l'on ne s'aime pas .
Votre texte me parle vraiment . Sa brièveté en fait une réalité ressentie et forte . Enfin c'est ce que je ressens .

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Long John Loodmer · il y a
Merci pour votre commentaire qui me conforte dans le traitement que j'ai fait de ce moment que j'ai vécu personnellement.
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Fred Panassac · il y a
Merci Loodmer pour l'invitation, tu sais ce n'est pas la peine de prendre des précautions pour m'inviter, je viens toujours te lire avec plus ou moins de rapidité, là il se trouve que je viens de rentrer de voyage, ça tombe bien.
Alors impression un peu mitigée devant ce texte de deuil d'un père. Conflit, décès, réconciliation in extremis, comme on s'y attend dans ces cas-là, rien de surprenant, mais surtout ce qui m'a gênée, c'est la froideur du style dans le choix des mots, "la femme", "les enfants", "la mère", pour découvrir à la fin qu'il s'agit du père du narrateur et ENFIN lire la phrase qui était attendue depuis le début. Dans le choix de l'absence de personnification dans tout le texte puis l'irruption du "moi" à la fin, je vois un procédé un peu forcé qui n'a pas suscité mon émotion.
Encore une fois Loodmer, je te prie de m'excuser, tu demandes je pense, des commentaires sincères plus qu'une approbation unanime, sinon tu ne demanderais pas de lectures.
Je passe aux yeux de certains pour la méchante (je n'aime pas le laisser-aller orthographique délibéré, je dis ce que je pense d'un texte même quand il est en lice, et je dénonce la démagogie) Je viens encore de me prendre indirectement une volée de bois vert par des auteurs bien pensants, mais je continuerai à être sincère, c'est la seule manière d'être crédible et je me fiche totalement d'avoir en représailles de certains un mépris souverain et une absence de visites sur mes textes. Avec toi au moins, je sais à quoi m'en tenir, et peut-être que d'autres que moi comprendront que la sincérité est la seule manière d'agir, et que les votes suite à des compliments systématiques ne glorifient pas la personne qui les reçoit. Bien à toi.

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Long John Loodmer · il y a
On peut mettre "ni sa femme", mais pour le reste, c'est bien exprimé à la première personne ? Je peux aussi enlever la dernière phrase, mais la réalité veux que je m'en abstienne. Peut-être faudrait-t-il que tu le relises.
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Fred Panassac · il y a
Je l'ai lu deux fois avant de commenter et une troisième fois maintenant.

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