Qu'importe l'absence d'un sein

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Minuit. J'allume la veilleuse. Les ronflements de ma compagne m'empêchent de dormir.
Ce n'est pas qu’ils soient forts. Non ! Bien au contraire, ils sont rassurants. Après tout ce que nous avons traversé. Surtout elle.
L'année a été difficile. A commencer par l'annonce de la maladie après analyse d'une vilaine boule, au creux de son sein. Nous redoutions le pire à sa découverte. Le diagnostic a été sans appel.
Un coup de tonnerre.
Depuis, j'ai le sommeil léger. J'ai pris l'habitude de veiller sur elle la nuit, de vérifier qu'elle ne pleure pas afin de la rassurer aussitôt, de la prendre dans mes bras et lui dire mon amour pour elle.
Tout d'abord, elle s'est effondrée. Puis sa force, sa volonté, son courage ont repris le dessus. Elle était décidée à se battre, et moi à l'accompagner jusqu'au bout. Jusqu'à la guérison, et bien après.
Cette annonce a marqué le départ d'un long calvaire. Les radios, la chimio, les visites aux médecins, à l'hôpital, un univers lourd et anxiogène nourri de crises d'angoisse, avant, pendant et après. Jusqu'à l'ablation de ce sein infecté.
Elle eût du mal à accepter, à imaginer son corps disgracié, à craindre mon regard sur celui-ci. A craindre que je ne puisse plus l'aimer. Il n'en était rien. Nous en parlions souvent, même trop parfois, et je me devais de la recadrer, gentiment. Je comprenais très bien son désarroi et lui assurais qu'il ne m'avait, à aucun moment, effleuré l'idée de l'abandonner.
- Mais si je n'ai plus qu'un sein, tu ne pourras plus me caresser de la même façon !
- Je me ferai couper une main, répondais-je. Ainsi, le problème sera réglé !
Cela la faisait rire et nous apportait quelques minutes de répit, de joie étouffée, dans cette longue traversée.
Aujourd'hui les résultats sont tombés.
Sa volonté, son courage et notre force a fait que le mal est vaincu.
Il est minuit, et je la regarde dormir, encore plus fier et heureux d'être son compagnon de route, de partager sa vie.
Qu'importe l'absence d'un sein, dans la mesure où le corps est sain.
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