On s'est aimé comme on se quitte...

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Plus envie de lire et encore moins d'écrire... Merci à ceux qui passent encore sur ma page et pardon si je ne vous réponds pas. Prenez soin de vous ! J'apprends la cyberattaque, quelle  [+]

Il venait la chercher pour aller jouer, comme chaque jeudi après-midi.
Il était toujours d'accord pour jouer à ce qu'elle choisirait, le jeu n'était qu'un prétexte, lui ce qu'il voulait c'était simplement être avec elle.
Parfois ses copains se moquaient de lui parce qu'elle le déguisait et lui faisait faire ses quatre volontés. Elle pouvait, il l'aimait, le reste il s'en balançait.
Il avait douze ans et elle en avait à peine dix. Ils allaient grandir côte à côte, comme deux frères et soeurs, sans jamais se quitter.

Quand il faisait froid, il enlevait sa veste pour en recouvrir les épaules frissonnantes de Lysa. Ses gestes étaient toujours très doux. Il prenait soin de ne jamais lui faire deviner à quel point ses mains tremblaient en effleurant sa nuque de jeune fille aux cheveux bruns très courts.
Il avait entendu sa mère la disputer, lui reprochant de ressembler à un vrai garçon manqué. Lui, c'était comme ça qu'il l'aimait.

Ils avaient fait beaucoup de vélo ensemble, puis de grandes balades sur leurs mobylettes, roulant les cheveux aux vents, juste pour le plaisir de sentir la brise caresser leur visage offert au soleil.
Il avait alors 16 ans et ne vivait que pour les instants qu'il pouvait passer avec elle. Il était sûr que son coeur se serait arrêté de battre s'il avait dû passer plus d'une journée sans l'apercevoir.
Ils aimaient grimper aux arbres, s'allonger dans l'herbe et regarder les nuages. Elle parlait sans arrêt, et lui l'écoutait. Elle avait toujours une chanson aux lèvres, racontait des histoires invraisemblables mais qu'il faisait semblant de croire.
Il lui avait appris à pêcher, elle lui avait appris à rêver.

Ils avaient continué à jouer, comme deux enfants, et c'était ce qui lui plaisait tant. Elle devenait une magnifique jeune fille tout en restant très enfant. Elle avait des yeux "à faire péter une braguette", comme certains le disaient souvent, mais ne semblait en aucun cas consciente de son charme, restant toujours spontanée et naturelle.
Ses petits seins, sa taille marquée, son corps mince et allongé, son port de tête, tout était harmonieux chez elle. Elle n'était pas une femme fatale mais elle était fatalement belle. Il aurait pu mourir pour elle si elle le lui avait demandé...mais elle ne réclamait aucun sacrifice, elle ne pensait qu'à s'amuser, rire et chanter, comme une gamine.

Un jour, il avait remplacé le palet sur une case de leur marelle, tracée à même la terre devant chez elle, par un joli bouquet de fleurs des champs, au moment où elle se penchait pour le ramasser. Elle avait été surprise, avait relevé doucement la tête et son regard vert avait croisé les yeux bruns d'Emilio. Elle avait découvert à cet instant précis que son coeur pouvait battre si fort qu'elle avait presque senti son âme s'envoler. Ils s'étaient contentés de se serrer les mains avec une tendresse infinie, ne songeant même pas à échanger un baiser.

Quand ils jouaient à une partie de colin-maillard avec familles et amies dans le grand champ, près de chez eux, elle était toujours très troublée lorsqu'il lui caressait le visage pour essayer de savoir s'il avait réussi à l'attraper, comme quand elle lui caressait les cheveux pour dire dans un souffle "c'est Emilio !"
Tout le monde avait deviné cet amour naissant qu'ils se portaient, et le frère d'Emilio, quand il croisait Lysa, lui disait toujours "bonjour belle-soeur" avec un clin d'oeil amusé. Emilio chantait son prénom à tue-tête dans la rue en imitant Dave, proclamant à qui voulait l'entendre que son coeur était malade et que seule Lysa pouvait le guérir....et Lysa souriait, heureuse que tous sachent leur bonheur.

Elle ne l'oubliera jamais, il est parti un jour vivre en Suisse, parce que les usines de textile fermaient les unes après les autres et que son père y avait trouvé du travail. Ils se sont beaucoup écrits au début, puis de moins en moins, jusqu'à ce que ni l'un ni l'autre n'en n'éprouve plus de chagrin.


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