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Bonjour, chère lectrice ! Salut, cher lecteur ! Ici-bas tu échoues, curieux tu évolues Entre mes mots. Certes tes yeux, ô web-flâneur, Noteront que le nom "auteur" ne m'est pas dû. Vois-tu  [+]

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Thème

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« Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux. »
Pas moyen de savoir... Étrange.

— Étrange ? Carrément flippant, oui !

OK. Au moins j'entends. Aveugle, mais pas sourd. J'entends... mais je n'ai pas parlé ! C'est quoi cette voix ? Qui êtes-vous ?

— Wowowow. Doucement, mon gars. Je ne donne pas mon nom comme ça.

C'est quoi ce bordel ? Je suis où, là ? Vous êtes qui ? Pourquoi je ne vois rien ?

— Une question à la fois, mon gars. Et de préférence une à laquelle je peux répondre parce que là...

Quoi « là » ? QUOI « LÀ » ? Vous vous foutez de moi ? Pourquoi vous ne répondez pas ? Putain, pourquoi vous entendez et ne répondez pas ?

— Je te réponds puisque tu m’entends. Et je te réponds que je PEUX PAS te répondre.

J’entends une voix. Qui ne me sert à RIEN, alors que je ne vois RIEN, que je ne sens RIEN, que je ne... suis rien. Je ne suis rien. C’est quoi ce bordel ! Je ne suis rien ?

— Ah ! Tu tiens quelque chose, mon gars !

Alors vous savez ce qui se passe, puisque vous saviez que je ne... suis rien. Plus rien. Pourquoi vous ne m’avez pas dit que je n’étais rien ?

— Tu me l’as pas demandé, mon gars.

Je ne vous l’ai pas demandé. JE NE VOUS L’AI PAS DEMANDÉ ? C’EST UNE BLAGUE ?

— Non, mon gars. C’est vrai, tu me l’as pas demandé. Tu m’as demandé qui j’étais, où tu étais, pourquoi tu ne voyais rien... mais tu m’as pas demandé qui tu étais toi. Et je réponds pas aux questions qu’on me pose pas.

TA GUEULE ! A quoi tu me sers, saloperie de voix, si tu ne me réponds pas ! A QUOI TU ME SERS ? HEIN ? Et puis d’ailleurs, qu’est-ce que tu fous là, toi ?

— Tu sais pourquoi t’es là, mon gars ?

Non.

— Bah moi non plus figure-toi.

Mais vous en savez plus que moi.

— Je ne sais que ce que j’ai remarqué avant toi, parce que je suis là depuis plus longtemps, c’est tout.

Donc le temps existe.

— Hein ?

Le temps existe. Vous avez dit « depuis plus longtemps », donc le temps existe.

— Ah. Ouais, pas con. J’avais pas remarqué. Et ça t’avance à quoi ? T’as un moyen de savoir l’heure qu’il est ? Tu sais ce que c’est une seconde ici ? Tu vas faire quoi ? Compter les jours ?

J’en sais rien, moi ! Ça peut nous aider. Maintenant qu’on sait que le temps existe, on peut faire des suppositions sur pourquoi on est là.

— Si ça peut t’occuper...

Le faites pas si ça vous emmerde, moi ça me donne des repères. OK. Le temps passe, nous ne sommes rien, nous ne voyons rien, mais nous pouvons entendre et communiquer. Sauf que vous parlez et moi je pense. Attendez... pourquoi vous pouvez parler et moi pas ?

— Qu’est ce qui te dit que je parle ?

J’entends votre voix.

— Ah vraiment ? Et elle est comment ma voix ?

Elle est, euh...

— Ni masculine, ni féminine. Hein, mon gars ?

Insaisissable. Cette voix est insaisissable.

— Je t’entends, je te rappelle.

Pardon. J’étais dans mes... pensées. Mes pensées ! Vous aussi, vous êtes dans mes pensées : c’est pour ça que je vous entends mais ne saisis pas votre voix !

— Wowowow. Je t’arrête tout de suite, mon gars. Je suis pas « dans tes pensées ». Nous percevons les pensées l’un de l’autre. Point barre.

Vous m’appelez « mon gars »... Ma voix est masculine, c’est ça ? Je suis un homme !

— Tu n’es rien. TU N’ES RIEN. Pas un homme, ni une femme, ni même une loutre. Tu n’es rien, je suis rien, NOUS NE SOMMES RIEN. Compris ?

Mais il faut bien que nous soyons quelque chose ! Nous pensons, vous et moi.

— Ça y est : il va nous faire le coup du « je pense donc je suis » ! T’es philosophe, c’est ça ? Pathétique.

Pourquoi vous m’appelez « mon gars » ?

— Hein ?

Pourquoi vous m’appelez « mon gars », si nous ne sommes rien ?

— Abus de langage.

J’imagine qu’il ne nous reste que ça...

— Quoi ?

Le langage.

— Ah, ouais, faut croire. Si tu considères que la pensée est un langage.

C’en est pas un ?

— Hein ? Mais qu’est-ce que j’en sais, moi ? C’est quoi cette question philosophique à la con ?

Je ne sais pas, moi, je me raccroche à ce que je peux ! Ça ne vous rend pas dingue, vous, qu’on ne SOIT rien, qu’on ne SENTE rien, qu’on ne SACHE rien ?

— Tu ne sais pas rien puisque tu sais que tu n’es rien.

Quoi ?

— Laisse tomber. Je me foutais de toi.

Vous trouvez vraiment que c’est le moment ? Vous trouvez pas qu’on ferait mieux de chercher un moyen de sortir d’ici ?

—Sortir d’ici ? Parce que t’es entré toi ?

Quoi ?

— Pour sortir de quelque part, faut y entrer, et d’ailleurs faudrait déjà qu’il y ait un « quelque part ». T’as l’impression qu’on est « quelque part », là ? C’est quoi la prochaine étape ? La faille espace-temps ? Putain, je suis vraiment tombé sur un poète de bas-étages.

Pardon ? Je cherche des solutions, moi ! Je pose des question et je demande des réponses, et le poète de bas-étages, il est ravi d’être tombé sur une voix défaitiste qui n’est pas foutue de l’aider !

— Eh ! Oh ! J’ai déjà fait ce que j’ai pu, moi.

Vous ne répondez pas à mes questions.

— MAIS TU M’EMMERDES AVEC TES QUESTIONS ! J’ai dit que je pouvais pas te répondre ! Je sais rien ! Je suis rien, rien de plus que toi, rien de moins que rien. Fais ton enquête si ça te chante, moi j’ai abandonné.

Ça me rappelle un huis-clos avec des morts...

— Et c’est reparti. Je t’arrête tout de suite, hein : ici c’est pas « l’Enfer », et moi je suis pas « les Autres ». Tu vois un buste en bronze toi ? Non, tu vois rien du tout. On y voit rien. Rien, tu m’entends !

Alors on est dans le Néant.

— Si on était dans le Néant, ce serait déjà quelque chose.

Merde ! MERDE, vous entendez ? De quel droit vous brisez tous mes espoirs ? Qu’est-ce qui vous autorise à faire ça ? Vous êtes qui pour me rabaisser comme ça ? Tiens, d’ailleurs vous êtes qui ? Votre nom ?

— Quoi, mon nom ?

Vous avez dit que vous ne donniez pas votre nom à n’importe qui. Donc vous avez un nom. Donc vous n’êtes pas rien, et moi non plus. Quel est votre nom ?

— Mon gars, je suis désolé. J’ai dit ça comme ça, par réflexe. Mais la vérité c’est que j’ai pas de nom. Ou si j’en ai un, j’le connais pas. C’est quoi, ton nom, à toi ?

Mon nom ! C’est... c’est... Je n’ai pas de nom non plus, c’est ça ?

— Je sais pas, mon gars. C’est ce que je me tue à te dire depuis le début.

Vous n’en savez pas plus que moi, hein ?

— Non, mon gars.

Vous êtes là depuis combien de temps ?

— Une seconde, une heure, un siècle... comment savoir ?

Vous ne sentez rien ?

— Non rien. Écoute, mon gars. C’est comme ça, toi et moi on est...

Vous ne sentez vraiment rien ?

— Si, peut-être. Qu’est-ce que j’en sais...

Nous tombons. Je sens que nous tombons. Imperceptiblement.

— Si tu le dis. Et alors ?

Vous ne comprenez pas ? Tout à l’heure je ne sentais rien, et maintenant j’ai la sensation de tomber. C’est que nous sommes dans un espace !

— Je veux pas te désespérer, encore une fois, mais moi j’ai pas l’impression de tomber. On est rien j’te rappelle, comment on pourrait tomber ?

Je vous jure que nous tombons. Vous ne sentez pas ? C’est comme si nous allions nous écraser sur... sur un sol !

— Un sol ? Tu perds la boule mon gars. On en a déjà parlé. Y a rien ici. Alors un sol...

Suis-je dans le noir...

— Hein ? Euh, ouais en quelque sorte, mais pourquoi tu me reposes la question ?

...Ou ai-je les yeux fermés ?

— « Peut-être les deux. » Tu m’as déjà fait le coup. Arrête ça, mon gars. Mon gars ? Eh oh ! Mon gars, t’es là ?

Dans une chambre d’hôpital.

— « Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? »

— Monsieur nous sommes navrés.

— Hein ? De quoi ? Qui êtes-vous ? Où sommes-nous ?

— Vous êtes à la Clinique Lazarus. Vous avez été victime d’un accident de voiture et avez failli y laisser la vie. Heureusement nous avons pu vous prendre en charge à temps.

— Pourquoi sommes-nous dans le noir ?

— On a perdu le patient de la 13.

— Vous avez noté l’heure du décès ?

— 14:58.

— Très bien. Encore une fois sommes navrés, Monsieur. Vous avez perdu l’usage de la vue suite à l’accident.

« Peut-être les deux. »

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Un petit mot pour l'auteur ? 23 commentaires

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Eric diokel Ngom · il y a
Magnifique.un texte bien structuré et original.. tu mes vois b..merci de consulter le mien pour m'aider à progresserhttps://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-commencement-etait-lamour-2
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Margot Cham-P · il y a
Merci beaucoup ! je vous lirai avec plaisir
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Fodé Camara · il y a
Bravo Margot ! Un texte bien savourant. Vous avez mes 5 voix.
Je vous invite à faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps 👇👇
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lerrance-spirituelle-1

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Margot Cham-P · il y a
Je vous remercie. Je vais lire votre texte à mon tour.
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Fleur A. · il y a
Chapeau!
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Margot Cham-P · il y a
Merci !
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Jean Calbrix · il y a
Du Ionesco pur jus ! Bravo, Margot ! Vous avez mes cinq voix.
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire un tri-triolet en compétition printemps : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/la-rose-la-bouteille-et-le-baiser
Bonne journée à vous.

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Margot Cham-P · il y a
Quel bonheur de constater que mes références sont reconnues ! Merci ! Je vous lirai avec plaisir.
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AB AB · il y a
Je me suis laissée emporter par le texte. Très vie construit et palpitant. Toutes mes voix.
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Margot Cham-P · il y a
Je vous remercie, je suis très touchée.
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Rood-Djanna Honorat · il y a
J’ai dévoré les lignes de votre texte. Vous avez toutes mes voix.
Je vous invite à me lire et à me laisser vos impressions.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/j-aimerais-tant-1

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Margot Cham-P · il y a
Je vous remercie, je vous promets de lire votre texte.
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Mica Deau · il y a
Craquant, dévoré, admiration sans limite, coup de coeur. Je ne prétends pas briller comme critique, simplement dit, j'aime votre récit !
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Margot Cham-P · il y a
Merci merci merci, vous ne pouviez pas me faire plus plaisir !
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Naby Laye Camara · il y a
Bonjour Margot
Félicitations pour ce beau texte. Vous avez mes 3 voix. Ça me feras plaisir que vous votiez pour mon texte sur le lien ci-dessous. 👇👇👇

https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-ame-damnee

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Margot Cham-P · il y a
Je vous remercie, je vous lirai avec attention.
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Marie Juliane DAVID · il y a
Vous avez très bien mené votre histoire Margot.
Félicitations et bonne chance dans la compétition. Vous avez mes voix.
Je vous invite à passer me lire:https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/mesaventures-nocturnes, à voter pour moi si vous aimez mon texte et à me laisser votre avis. J'en serai très ravie. Merci d'avance pour la visite.

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Margot Cham-P · il y a
Merci beaucoup ! Je serai moi-même ravie de vous lire. Bonne chance à vous !
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Marie Juliane DAVID · il y a
Merci Margot.
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Ozias Eleke · il y a
Belle plume Margot. Vous avez mes voix. Votez aussi pour mon texte https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred
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Margot Cham-P · il y a
Je vous remercie ! Je vous rendrai vos votes !