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Mon grain à moi

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Laurence

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« Un rendez vous, oui Madame. C’est pour moi »

Yasmine m’a dit que je pouvais lui téléphoner. Que si j’avais la trouille, elle appellerait pour moi. Elle la connaît, elle est gentille. Je peux même faire un chèque et elle l’encaissera plus tard.

« Oui Madame, j’en ai une, celle de mes parents ».

D’ailleurs j’en ai ras le bol d’avoir la mutuelle de mon père. J’ai vingt-deux ans. Et puis je vais devoir leur dire ce week-end que j’ai pris un rendez-vous. Ils vont le voir sur les relevés. Chez moi, on n’aime pas ce genre de médecin. Pourtant c’est pas un gynécologue. Ça, j’ai tiré un trait dessus.
Ma patronne m’a dit qu’il fallait que je consulte. J’étais d’accord avec elle. Il commence à me gêner. Je suis en stage chez elle et elle a cru que c’était un piercing, j’ai failli me faire engueuler ! Au départ il était tout petit. Il est devenu gros et moche. Juste au coin du nez. On discutait avec les collègues, il faisait beau sur le banc. Tout le monde était dehors. La patronne, elle m’a parlé des piercings et très vite on a parlé de mon grain. Elle avait l’air de connaître. Elle m’a dit qu’il fallait aller montrer. Je sais que c’est peut être cancérigène mais mes parents, ils n’aiment vraiment pas qu’on touche à notre visage.
Elle m’a demandé de lui redire mon âge...Je sais, j’ai vingt deux ans. Mais pour ces choses là, chez moi, on ne discute pas. Bien sûr que si le docteur me dit que c’est dangereux, je pourrai l’enlever. Mon grain à moi.

« Le samedi ? Non plutôt la semaine ».

Le samedi je rentre à la maison. Je ne peux pas revenir en ville pour la consultation. La semaine, ce sera plus simple et mes parents ne seront pas au courant. Si c’est pas dangereux comme grain et que je peux le garder, je ne serai même pas obligée de tout leur révéler. Ils verront la consultation mais je pourrai leur dire que je devais y aller pour mes concours.
Je veux entrer dans la police.
Je ne leur raconte pas tout. Pas mes copines qui me parlent de contraception, ni les dames qui nous ont laissé leurs coordonnées pour celles qui tomberaient enceintes. Ça arrive parfois. Pour le sport, ils savent que je dois me préparer pour mes concours mais je leur ai dit que je faisais les séances seulement avec des filles. Une fois, il y a eu une grève et ils ont eu envie de m’amener un lundi à mon stage. Mais j’ai préféré prendre le train le mardi.

« Jeudi, 13h45, merci Madame »

Bon c’est fait. Je vais prévenir ma patronne que j’ai pris un rendez-vous. Je me demande comment ils font les docteurs pour voir d’un seul coup d’œil si mon grain il est dangereux ou pas. Je n’en ai pas souvent vu des docteurs. Ma mère préfère les plantes. Elle en ramasse dans la forêt à côté de la résidence et sa voisine lui donne aussi des trucs secs. On les met dans l’eau, un peu comme la tisane. C’est vraiment dégoutant mais ma mère, ça la rend heureuse.
A l’école, je me souviens des visites médicales. Un jour mon père m’a fait écrire un mot dans le cahier de texte. J’avais treize ans et je ne me mettrais pas en culotte. J’étais en bonne santé. Le professeur principal n’a pas insisté. On était plusieurs filles à ne pas faire les visites.
Ici en ville, dès le départ, j’ai vu un docteur. C’était une femme, tant mieux. Si cela avait été un homme, je serai partie.
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