Maison à vendre

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" Qu'on écrive un roman ou un scénario, on organise des rencontres, on vit avec des personnages ; c'est le même plaisir, le même travail, on intensifie la vie. " François Truffaut  [+]

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« Il y aura toujours quelqu’un pour repeindre les plinthes... »
Cette petite phrase tourne en boucle dans la tête de Margot, une phrase innocente a priori, échangée à voix basse sur le perron à la fin de la visite, entre les deux vendeurs de l’agence immobilière, mais elle l’avait bien entendue. Et, allez savoir pourquoi, elle tournicote, résonne, insidieuse, malsaine, dans les oreilles de Margot. À tel point que cette belle après-midi ensoleillée de septembre lui laisse une sensation poisseuse, un peu comme celle des raisins tardifs qui laissent sur les doigts et la langue un goût de sucre difficile à éliminer.

Pourquoi les plinthes ont-elles retenu l’attention de ces deux-là ?

La voiture des vendeurs vient de franchir la grille. Margot s’assoit sur la plus haute marche des escaliers sous la véranda et elle se repasse le déroulement de la visite, les regards de connaisseurs échangés devant les meubles, les belles proportions des pièces, les observations, les coups frappés sur les cloisons.

Elle se lève et décide de vérifier par elle-même l’état des plinthes. Elle monte au premier étage et circule d’une pièce à l’autre. Il est vrai que ces planches de bois portent par endroits des stries noires disgracieuses, marques de chocs des meubles déplacés, des frottements du balai ou de l’aspirateur. Cela contraste avec les tapisseries ou les peintures qui ont été refaites peu de temps auparavant.

Margot se fustige. Comment a-t-elle pu négliger ce détail qui aujourd’hui lui paraît énorme de laideur, capable de compromettre la vente de la maison ?

Margot, veuve depuis trois ans, a eu du mal à prendre la décision de se séparer de ce bien familial en Normandie. Elle y est fortement attachée mais ne peut plus subvenir financièrement à son entretien. Certes, elle a un travail qui lui permet d’assumer le loyer de son appartement en région parisienne, mais ce pied-à-terre normand, bien qu’il lui assure des fins de semaines agréables, devient un gouffre. Elle ne peut encore dire ce qui l’a finalement décidée. Elle a dû penser que le moment était propice, le marché de l’immobilier ayant repris un peu de couleurs.

Elle laisse de côté ses pensées et attrape l’annuaire local. Il lui faut trouver un artisan qui assumera le remplacement de toutes ces plinthes. Après plusieurs appels décourageants, elle réussit à obtenir un rendez-vous avec un certain Pierre Laroque pour le lendemain. Un miracle, se dit-elle, les artisans sont toujours tellement débordés !

Le lendemain, vers dix heures, attablée au petit guéridon sous la tonnelle, Margot sirote une tasse de café, se laissant caresser par les rayons du soleil. Soudain, elle sursaute car devant elle, un homme s’est approché sans bruit et l’observe. Elle en est gênée et sent ses joues rosir.

Une fois les présentations faites, elle guide Pierre Laroque vers la bâtisse et lui explique la raison de son appel. S’il pouvait planifier les travaux rapidement, elle lui en saurait gré ; elle lui explique qu’elle est encore en congé pour deux semaines et lui offre un café sous la véranda. Lui l’écoute, l’observe, balaie d’un regard connaisseur la beauté des lieux. Il commencera après-demain, de préférence de bonne heure si elle n’y voit pas d’inconvénient. Ils prennent congé et elle le regarde quitter le parc, détaillant la démarche, la carrure de ce bel homme puis se secoue, légèrement déstabilisée par les sentiments qui l’envahissent.

Les travaux durèrent une semaine. Pierre Laroque déjeuna et dîna souvent en compagnie de Margot, sous la tonnelle. Le parc n’avait plus entendu depuis longtemps les éclats de rire de la propriétaire. Une ou deux fois, la chouette pensionnaire du faîtage fut même dérangée par les lueurs des bougies sur le guéridon.

Puis, le panneau « À vendre » disparut du portail.

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Sda Fdla-Chmr · il y a
Je déteste l'immobilier mais, merci d'avoir embelli ce sujet par votre jolie plume.
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RAC · il y a
L'art de cogiter...
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Zalma Solange Schneider · il y a
Oh, c'est une bien jolie histoire que je découvre tardivement… !
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Albane Charieau · il y a
beau texte, doux comme un été.
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Viviane Fournier · il y a
Je l'avais pas lu tu te rends compte ... et en allant lire ton autre texte il était indiqué ... et je le découvre .. il est trop beau, j'adore ! ... tout ce que j'aime ... cette vie disloquée posée refaite doucement pas à pas ... et un éclat de rire .. oh magnifique !
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Christiane Tuffery · il y a
et pourtant, j'ai toujours pensé que c'était un petit texte... Il a fait son chemin : traduit 2 fois et présents dans les distributeurs
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Viviane Fournier · il y a
mais c'est normal .. il est intemporel et délicat et superbe ... on doit en profiter ! Je suis sous le charme total .. vrai !
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Aurélien Azam · il y a
La fin est franchement bien, émouvante, juste quelques mots juste ce qu'il faut pour sourire. J'aime bien ce texte, pour son aspect ancré dans le réel et les émotions. :)
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Marie Quinio · il y a
A nouveau une histoire d'amour entre un artisan et une cliente (je vous découvre et je viens de lire votre dernière nouvelle) mais je préfère la fin de celle-ci ;)
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Lange Rostre · il y a
Elle va tout de même pas se plaindre !...
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Chantal Parduyns · il y a
Merci pour cette jolie histoire originale !
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Christiane Tuffery · il y a
vous trouvez ? J'ai été très surprise d'obtenir un prix jury avec ce texte, comme quoi ....
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Chantal Parduyns · il y a
Oui, je trouve. L'accroche de la première phrase scotche le lecteur, qui se retrouve ensuite dans le personnage de Margot qui s'accroche à détail au moment de prendre une grande décision et qui finalement change d'avis. Elle est très humaine. Le texte respire la bonne humeur. Donc j'ai apprécié !
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jc jr · il y a
Sur quoi peut déboucher une histoire de plinthes.....Bravo ! Viendrez-vous de nouveau soutenir " le bilan " en finale TTC...

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