Le monde en sommeil

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15 mars 2020 en France, la sentence est tombée, nous devons rester chez nous, les commerces qui ne sont pas de première nécessité sont fermés, les écoles, les lieux publics, les cinémas, théâtres, musées aussi. Il flotte un petit parfum d’apocalypse dans l’air doux de ce début de printemps. Pourtant, le soleil brille et il est chaud, réconfortant, il nous aide à supporter de ne pas pouvoir se serrer dans les bras, faire la bise à nos amis, aller voir nos proches ou simplement pendre un verre dans un endroit chaleureux et convivial.

Nous avons de la chance, à notre époque, les moyens de communication sont multiples, nous pouvons nous téléphoner, nous envoyer des mails, des photos, discuter en skype ou FaceTime, ne pas rompre totalement nos liens sociaux. Enfin, la plupart d’entre nous, car pour ceux qui sont en maison de retraite, à l’hôpital, en prison, vivent seuls ou ne sont tout simplement pas équipés, la situation est plus dure, plus de visites, leurs seuls contacts avec l’extérieur leur parvient via des informations à la radio ou la télévision. Informations pas toujours pertinentes, souvent alarmistes, en tout cas répétitives et anxiogènes.

La plupart d’entre nous n’a pas connu de guerre, de restrictions, de situation d’urgence à ce niveau, mondial. La situation nous semble irréelle, incroyable, incompréhensible. Pourtant, nous avons connu les périodes d’attentats à répétition, des périodes de grandes grèves en plein hiver, des périodes de grippes, de canicule, d’inondations, de feux de forêts, mais de loin pour certains, même si cela les a touchés émotionnellement, ils n’étaient pas forcément au coeur de la tourmente.

Aujourd’hui, nous y sommes tous, dans cette tourmente, nous sommes tous concernés, nous pouvons tous véhiculer ce fichu virus, le transmettre malgré nous et ça fait peur. Peur de prendre la mesure du danger, peur de ne pas faire ce qu’il faut, doit-on vraiment se cloîtrer ou suivre son coeur pour aider les plus faibles ? Ceux qui font la queue dans les associations pour un repas, ceux qui dorment dehors, ceux qui ne peuvent physiquement pas aller faire les courses les plus élémentaires, que vont-ils devenir ?

On ne peut pas ne pas penser à tous ces romans ou films catastrophe, ont-ils été visionnaires ? Allons-nous tous être malades, l’humain va t-il disparaître, la nature se venge t-elle enfin de notre folie de destruction de la planète ? Certains d’entre nous sont-ils immunisés pour devenir les futurs élus d’une sélection naturelle ?

Les semaines à venir nous le diront mais à quel prix ? Au prix de milliers de morts ? Au prix de milliers de faillites ? Au prix de l’épuisement physique et moral des acteurs de la santé ? Au prix du repli sur soi ?

Franchement, je ne sais pas quoi en penser. Je suis partagée entre vivre ces prochaines semaines le plus normalement possible, suivre les consignes à la lettre ou encore me mobiliser pour aider ceux qui en ont besoin. Je ne réussis pas tout à fait à y croire, nous allons aller voter malgré les risques, acheter nos baguettes au petit boulanger du coin, passer au supermarché pour le repas de ce soir. Il faudrait aussi aller prendre des nouvelles de la petite dame très âgée que nous croisons parfois dans le hall de l’immeuble. Mais est-ce bien raisonnable ?

Devons-nous toujours être raisonnables ? En fin de compte, je suis sûre que non, le monde ne serait pas ce qu’il est si nous étions tous raisonnables, nous avons besoin des téméraires, des fous, des irresponsables qui, d’une certaine façon, nous font avancer. Nous pouvons compter sur leur prise de risques, leur abnégation, leur joie de vivre.

Ceci dit, l’enjeu aujourd’hui est considérable, la propagation du virus et les mesures prises le prouvent, nous avons une responsabilité, chacun à notre niveau, et peut-être que pour nous, le mieux que nous ayons à faire, est de rester chez nous. Au fond de moi, je culpabilise un peu, sans avoir le courage d’agir, de chercher où je pourrais être utile pour que certaines actions vitales pour certains puissent perdurer. Misère, pourquoi ne suis-je pas plus courageuse ?

Le monde est en sommeil et moi aussi.
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Cerise R. · il y a
Une réflexion toujours d’actualité même si c’est encore dans une moindre mesure. Une chronique bien écrite qui nous interpelle. Merci
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Ginette Flora Amouma · il y a
C'est certainement un virus qui va tout bouleverser . Nous posons tous désormais un autre regard sur le monde .
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François B. · il y a
Peut-être faut-il, "suffit-il", que chacun de nous fasse au maximum comme "avant", ce qu'il sait faire de mieux. En l'occurrence ce qui nous réunit sur le site est l'écriture et la lecture. Alors continuez s'il vous plait à écrire pour divertir vos lecteurs…
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Corinne Chevrier · il y a
Quel gentil message, merci, je vous retourne le compliment :)
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Fleur A. · il y a
Ce confinement peut aussi faire réfléchir
Un article du Monde a parlé de 11000 morts de la pollution en moins grâce au confinement.

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