2
min

Le loup & l'agneau à la façon de Louis-Ferdinand

4387 lectures

129

LAURÉAT
Sélection Jury

Recommandé
Disponible en :
« L’homme est un loup pour l’homme » qu’il disait l’autre...

Ca a débuté comme ça. Moi, j’y étais pour rien. Rien. C’est le frisé qu’a commencé. Une sorte de caniche des alpages, un ovin, camarade de montagne lui aussi. On se rencontre donc au champ du ruisseau. C’était l’après-midi. Je le regarde. Il me voit même pas le c... « Alors compagnon de galère, que je commence, on se désaltère ? On a la dalle en pente, besoin d’un petit remontant ? » Alors il lève la tête. Il me voit. Il reluque qu’il n’y a personne autour. Pas âme qui vive. En fait, il n’y a jamais personne ici. Trop haut. Y en a pas un qui a le courage de grimper jusqu'au ruisseau. Malgré les fleurs, l’herbe plus verte... Tous des feignasses ! Ca broute proximité. Quitte à être les uns sur les autres. A se renifler le crin. Des fois que ça leur exploserait le caisson de monter, que ça les ferait trop suinter de la bouclette. Pareil pour les femelles avec leurs avortons qui leur pendent aux pis comme des tiques sur des clébards. Une race dégénérée tout ça. Un ramassis échoué de lainages crasseux, puants, affamés, bouffés aux mites, rongés de l’intérieur par les parasites. Il a du s’égarer celui là. Je répète ma question.

« J’avais très soif, qu’elle me répond la pelote. J’ai bien cru ne jamais pouvoir m’arrêter de boire. » Le voilà qui recommence à laper ma flotte. « Ben ! Faut pas te gêner » que j’ai répondu du tac au tac pour montrer que j’étais pas son copain. « Je peux vous faire une petite place si vous le souhaitez » qu’il insistait. Bien poli. J’ai pas relevé. Je voulais pas pointer trop tôt l’insulte. Je voulais lui laisser croire, encore une minute, qu’elle valait le coup d’être vécue, la vie. « Avant de mourir plus copieusement qu’un chien ! » comme aurait dit mon camarade Bardamu... Un sacré celui-là ! « Tes pieds et ta gueule dans ma source, que je recommence, ça dégueulasse mon breuvage ». Alors il miaule que c’est pas possible, qu’à cause qu’il est en bas, moi en haut, que l’eau ça remonte pas, je sais pas quoi... Voilà. Il tentait de trouver un terrain d’entente. La nuit approchait de nous deux sans qu’on s’en soit rendu compte. J’avais la cafetière fatiguée par toute cette parlote et le buffet toujours vide. « Comme la charogne, tu salopes tout ce que tu touches ici, que j’ai insisté. Tes frangins itou... » C’est à cause de moi que la dispute a repris alors tout de suite et de plus belle. « Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment... On ne se méfie pas d’eux, des mots et le malheur arrive » qu'y dit toujours le Bardamu. Et il a raison. Voilà. Il a bien essayé d’argumenter le bouclé. Ca se voyait qu’il se branlait l’imagination pour trouver des bobards. Dans la pénombre ses yeux « de velours » se transformaient en deux cavités larmoyantes, brillantes comme des flaques de pus au clair de lune. On entendait au loin s’éloigner le troupeau et sa masse de crétins gueulards. Les clébards, ces saligauds excités jappaient comme des grosses mères affolées découvrant leur enfant jouant au bord d’un précipice. On aurait dit que les clebs découvraient la nuit pour la première fois.

Et lui il s’empêtrait, la carne. Il fouettait même salement. Comme tous les autres, il était lâche. Dès lors sa frousse devint panique. Jamais il n’avait senti plus implacable la sentence.
« Serais-je donc la seule espèce crétine affamée sur cette terre ? » pensais-je. « Pourchassée par les hommes, traquée par les chiens, honnie des bergers, piégée de toutes parts ?... Autant comme autant... on était des rats ».
J’y plantais les dents. Avec mes crocs, sans mes crocs, avec mes pattes, sans mes pattes. Avec ma force carnassière. Sordide. Le plaquant hurlant, le déchirant, dévorant ses entrailles. L’entendre haleter, le bichon, alors que je l’étripe. L’anéantir, le détruire, me régaler de son sang sucré. Ses boyaux chauds traçant des chemins sans fin sur l’herbe devenue noire. Je laissais toute sa bile fielleuse aux fourmis, toute. Grâce à moi il ne serait plus puceau de l’horreur et je me serais bien gavé. Qu’on en parle plus.

129

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Il a tenu quelques rounds le p'tit cleps mais là, t fs'ais pas l'poids ! beau style direct !
·
Image de Céline Bricabrac
Céline Bricabrac · il y a
Tombée sur votre texte par hasard, je ne regrette pas ! Vous avez un sacré style !
·
Image de Bennaceur Limouri
Bennaceur Limouri · il y a
Votre style est merveilleux. J'ai lu et écouté. C'est un magnifique récit. Bravo, je vote et je m'abonne. J'irai m'abreuver à votre pages aussi apprendrai-je votre style. (je suis marocain et le français est ma 2ème langue)
mon haiku en compétition :« L'orage s'enrage"
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/l-orage-s-enrage

·
Image de Guilhaine Chambon
Guilhaine Chambon · il y a
Excellent texte . Je comprends qu il soit revommandé. Je vous invite à découvrir Au fait qui est en finale et si le cœur vous en dit de visiter ma page. Belle journée
·
Image de Arlo
Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
·
Image de Akely
Akely · il y a
Ravie d'être tombée sur votre texte, un peu par hasard ! J'aime bien le style :D
·
Image de JadeGo
JadeGo · il y a
Très intéressant, j'ai beaucoup aimé, même si c'est un peu tard...
·
Image de Lilith
Lilith · il y a
Sympa! J'aime beaucoup la chute, bravo à l'auteur! J'ai eu tout plein de frisson, brrrr...
D'ailleurs, j'ai écrit une nouvelle du même style, étant débutante, j'apprécierais avoir un avis :)
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/plume-rouge

·
Image de Mama
Mama · il y a
Waou ça dépote! Quel carnage!
Décapant l irascible. .Trop tard pour voter je boise découvre maintenant.
Un peu de sucre en retour!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/mon-sucre-d-orge
Si ça vous dit
Et des haïkus aussi :)

·
Image de Didier Larepe
Didier Larepe · il y a
Un vote au hasard autant pour vous que pour Céline... Et si vous avez un peu de temps, venez lire ma nouvelle en finale cet hiver, rien à voir avec Louis-Ferdinand, mais bon... A bientôt. Voici le lien : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/les-gendarmes-et-les-indiens
·
Image de Claire Todeschini
Claire Todeschini · il y a
Votre texte est très touchant. Agréable à lire, on passe de la légèreté et de l'authenticité de l'enfance au tragique. Très fort.
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

« Pourvu qu’il n’y en ait pas un autre qu’il la fasse ! » songea Betty Omel un peu prétentieusement. Road trip en mobylette et en 6000 signes était la contrainte du dernier ...

Du même thème

TRÈS TRÈS COURTS

Premier jour des vacances ! Elles sont parées du costume de fête, dos émeraude quand il n’est indigo ou vermillon. Des auréoles qu’on croirait de naissance, n’étaient les traces de ...