Le jardin des Tuileries

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Le jardin des Tuileries, c’est pas pratique pour bouffer. On déboule là-dedans comme dans un jeu de quilles. C’est infernal. Ça grouille de partout. Les gens, les pigeons, les arbres vous encerclent de partout. Avec Barbara, on a cherché un banc où casser la croûte. On a fendu la foule de toutes parts, on s’est imposé à la face du monde, on a brisé les flots tellement qu’on avait la dalle. Ça, ça pouvait pas attendre. On a regardé à gauche, à droite. Tous les bancs étaient pris. Parfois des chics types, des parigots à pognon, parfois des couples en rade ou bien des touristes comme nous qui savaient plus quoi foutre dans ce tohu-bohu de la société. Finalement, on a trouvé. Le banc était là, vide, miraculeusement désert. Quelques mètres plus loin, il y avait ce grand bassin central cerclé de chaises. Même pas la peine d’y penser... C’est le tout-Paris qui se décontracte dessus, qui roupille ou qui converse. On s’est donc posé, moi et la Barbara, sur ce banc. J’enlève mon sac, je le pose, je tâte, j’ouvre...Merde. Trempé. Tout. Partout. La bouteille d’eau, la vache, a dégoulinée dans tous les coins. Le sandwich, agonisant au fin fond du bazar, n’est mangeable que de moitié. Tant pis. Je croque la sempiternelle pitance du voyageur accablé de fatigue. On se régale tant bien que mal après avoir trotté d’un bout à l’autre du musée d’Orsay sans compter les rues pleines à craquer. Faut bien le dire... On a pas l’habitude, quand on se crève en province, de voir la vie péter à toute bringue. Me voilà donc avec mon casse-croûte enfourné dans le cornet. Bah, c’est pas si mal. Devant nous, ça se succède, ça n’arrête pas. Toutes les langues, Un Babel sur pattes, convergent vers le Louvre. Et puis il faut les chasser, les pigeons. Des tellement gros qu’on pourrait en faire un banquet de dix jours à tout péter. Ils sont là, les mariolles, ils se dandinent effrontément, ils tournent autour des hommes avec insistance. Les bougres, ils sont déjà bien rassasiés, mais ils en veulent encore. Il faut rien balancer ou c’est toute une meute déchaînée qui rapplique. Quand c’est pas les pigeons, c’est les corbeaux. Ceux-là, ils jouent du mystère. Ils inquiètent, ils claquent du bec, ils te fixent comme pour te crever les chasses. Là, c’est autre chose. C’est plus du pigeon à la con. Non monsieur ! Les corbeaux, ils se prennent au sérieux, ils sont pas là pour se marrer. J’ai jamais vu des bestioles aussi grasses...Barbara, à coté, elle fait la gueule. Elle en peut plus, la pauvre fille. Paris, ça épuise. Elle se lève, va jeter ses emballages dans une poubelle à proximité. Elle y va mollo. Elle a peur que les corbeaux l’attaquent. On sait jamais. Moi, je guette. J’ai surtout la phobie du pickpocket. Ça traîne sans doute, prêt à dépouiller le touriste. Elle rapplique, on remballe nos affaires, on s’arrache. On se balade un peu. On contemple toute la diversité que la foule peut offrir. C’est pas déplaisant. Y a de tout... Du bourge, du miséreux, du touriste, du vert, du blanc, du jaune, du nègre, du pédé, du vaniteux, du triste, du blasé, du multicolore, du inquiétant, du insouciant... Les pigeons, ils font leur business, ils courent partout. Des vendeurs de ‘’water ‘’ aguichent les passants en déshydratation. De temps à autre, les marchands de came t’accostent avec le trousseau de Tours Eiffel miniatures pendu à la taille. On congédie sec. Youp ! Va voir ailleurs si j’y suis ! Avec Barbara, on commence à sérieusement se traîner. On s’arrête, on prend des photos. Le musée du Louvre est là, juste en face, avec son fourmillement, sa pyramide et ses toiles incroyables planquées juste derrière la multitude de fenêtres. Des bus à touristes traversent incessamment le mouvement. C’est régulier, c’est une horloge gigantesque, ça ne s’arrête jamais. Pas besoin de s’enterrer dans un amas de plans cafouilleux pour dénicher le mouvement perpétuel. Paris suffit. Avec Barbara, on refait un tour. On se marre un peu. Je m’agrippe à son épaule. J’ai la jambe en souffrance et le cul en sueur. Sans compter le soleil qui tape, ça secoue le pruneau dru. Va. J’en aperçois un. Puis un deuxième. Ce sont les types de notre bande qui ramènent leur poire un à un, le ventre plein. J’ai le cœur lourd. La pagaille m’a secouée les sens. Tout le monde est là ? Nickel ! Nous voilà parti jusqu’au Louvre. Le mouvement perpétuel, c’est nous.
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