Le début de la fin

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A présent je peux m’étendre. Repos. Sans aucune limite. Je suis arrivé à mes fins.

Enfin !

Excepté pour ceux qui ont fait alliance avec moi, la vie est une galère. De plus en plus amère. La faim, les maladies, la misère, les attentats, les catastrophes et les guerres, tout cela continue de produire son petit effet. Chaque jour davantage. La bêtise et la cupidité humaine idem : la Terre sera bientôt une fournaise, ce qui me comble d’aise !

Mais il faut bien reconnaître qu’il a fallu du temps.

Je me souviens de cette nuit sans rien où la chaleur était devenue si torride que ma mémoire s’était évaporée. Plus aucun souvenir de qui j’étais ni où j’étais. Je savais seulement que je suffoquais, contraint, à l’étroit, entravé, confiné, prisonnier d’un volume hermétique réduit à ses dimensions atomiques. Pas l’ombre d’un grain de lumière. Ambiance étouffante. Atmosphère zéro. Je reniflais le souffre. L’espace autour de moi m’oppressait, me comprimait si fortement qu’il me pénétrait de ses milliards d’aiguilles de feu. Plus l’étau se resserrait plus la pression augmentait. Et plus la pression augmentait plus la température grimpait. Une combustion opaque, un brasier sans couleur. Mon corps fiévreux commençait à se consumer. J’allais sans aucun doute partir en fumée. Mon esprit ténébreux semblait se liquéfier, dégouliner comme une lave ardente sur les pentes du néant en fuligineuses pensées cabalistiques, avant de se vaporiser en interminables tourbillons occultes... Oeuvre démoniaque à n’en pas douter, cette constriction atomisante, avait fait de moi un être paradoxal d’une incommensurable densité, sans dedans ni dehors. Plus de frontière. Intérieur et extérieur de moi-même se fondaient dans un abominable magma bouillonnant, chaos phlogistique informe. Atroce torture ! Je n’étais que brûlure ! Douleur ! Et mal ! Le Mal en personne. Le Mal absolu. Celui de l’Enfer. Ne pouvant s’apaiser qu’en faisant exploser sa prison satanique.

Dans la colère la plus extrême et la souffrance la plus immonde qu’il m’ait été donné de sentir, incapable de résister davantage à cette combustion interne qui allait me réduire à néant, je décidai donc de tenter le tout pour le tout : me libérer par le coup le plus extraordinaire jamais réalisé, une expérience phénoménale, la plus gigantesque jamais observée, dont on se souviendrait jusqu’à la fin des temps.

Il s’en suivrait un monstrueux chambardement, un cataclysme malfaisant, épouvantable apocalypse incandescente, vomissant gaz incendiaires et matières en fusion, grillant tout sur leur passage, carbonisant les rêves, calcinant la pensée, éructant des mondes hébétés, sans autre raison d’être que de tourner sur eux même, les uns autour des autres, s’attirant ou se repoussant dans un ballet insensé rempli de pièges fatidiques tels qu’étoiles dévoreuses de planètes ou trous noirs stellophages se délectant du moindre photon passant à leur proximité.

Je rassemblai donc mes dernières forces, concentrai les derniers atomes de mon esprit sur mon énergie libératrice... Ô puissance de mon infernale pensée ! J’allais tout envoyer péter... A la une, à la deux, à la trois...

Ça y était ! Prodigieux soulagement ! J’explosais de joie en un maléfique et gigantesque feu d’artifice cosmique !

BIGBANG !


C’était il y a plus de treize milliards d’années. A présent, le Mal, Mon Mal, Mon Enfer se répand. Expansion générale et universelle ! Tout au bout de l’espace et du temps... Il s’insinue aussi jusque dans les ultimes interstices de l’âme humaine... Sans alternative. Sans salut possible... Ni messie ni réincarnation. Avec, au terme des termes, l’engloutissement total des galaxies les plus lointaines par des trous noirs géants. Puis celui de ces monstres par d’autres encore plus gros. Jusqu’à l’Enfournement Suprême. Celui du pénultième par le dernier Trou Noir.

Fin de l’ Histoire.

Le fin du fin dans l’histoire, le plus malin dans tout ça, ma grande et diabolique réussite, c’est d’avoir su faire croire en l’existence d’un père supposé éternel qui, en sept jours laborieux, aurait créé le monde...
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Fred Panassac · il y a
Noir c’est noir et c’est le règne du désespoir, une hypothèse glaçante, une option que l’on sent venir avec appréhension tout au long du texte quant à l’identité du locuteur, qui n’est pas nommé à la fin mais que l’on lit entre les lignes.
Très bien écrit et terrifiant et c’était le but. Mes 5 voix méritées.

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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien conçue, bien écrite, à méditer avec appréhension ! Mes voix ! Une invitation à venir vous imbiber de lumière dans “Gouttes de Rosée” qui est en lice pour le Grand Prix Automne 2019. Merci d’avance et bonne journée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/gouttes-de-rosee-1
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Julien1965 · il y a
Bon texte sur les origines maléfiques du monde. Un style en mouvement et qui nous emporte.., Mon soutien.
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M. Iraje · il y a
Comme un tourbillon ! La grande lessiveuse est en marche ...
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Valérie Labrune · il y a
Vous me demandiez sur ma page si c'était une dystopie... Non. Mais un texte dont la chute me plaît, bien mené, au ton libre qui emporte le lecteur, moi en l'occurrence, donc je vais préciser "lectrice", bref, un texte sympa qui, par sa touche d'humour grinçant, a ce petit plus qui ne peut que satisfaire mon goût pour les déviances contrôlées, littéraires j'entends. Voilà, voilà, M. Karadock, mon humble avis sur votre TTC.
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Oriel · il y a
mes billes pour cette jouissante création
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Cnslancelot · il y a
Une bonne nouvelle ou le mal serait à l'origine de tout et non une force bienveillante. C'est excellent et bien trouvé et seuls quelques esprits étriqués y viendront cracher leurs flammes. En tout cas vous avez mon vote.
Je concours aussi et vous invite à me lire : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-tourments-incandescents-2

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Jean Calbrix · il y a
Un beau cours de Sorbonne en quelque sorte ! Mon petit frère derrière moi dis que tu nous la sors bonne, les moutards on ne les tient plus ! En tout cas, merci Koradock pour cette vision des choses. Vous avez mes cinq voix.
Je vous invite à lire mon sonnet "Indian song" en finale été si vous avez le temps https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/indian-song

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Koradock · il y a
Merci d'avoir lu, commenté et voté pour ce texte.
Par contre je ne le vois pas comme un "cours de Sorbonne". On y lit le ressenti jusqu'à l'extrême d'un narrateur bien particulier, appartenant à la mythologie. Les références scientifiques sont là en contrepoint à la croyance. Mais la structure de l'ensemble n'a rien d'un exposé scientifique à mes yeux. Je n'ai pas souvenir que les cours à La Sorbonne aient revêtu cette forme-là.

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Fabienne Liarsou · il y a
Un peu compliqué pour ma cervelle de crevette... mais ce n’est pas grave du tout ! Ça m’oblige à réfléchir. On dirait l’écriture d’un scientifique....:-)
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Koradock · il y a
Ah! bon ? Pourtant c'est simple : au tout début, considérer un peu de concentré de matière diabolique, attendre l'étincelle, BOUM ! l'univers est créé et nous avons les deux pieds dedans ! et il faut se dém... avec, jusqu'à la fin, si toutefois il y en a une !
Ecriture de scientifique ? Que diable ! Si seulement j'en étais capable !

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Fabienne Liarsou · il y a
EURÉKA !!!.....:-)
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jc jr · il y a
Une nouvelle genèse où le mal, issu d'une chaleur interne sous pression, est à l'origine de l'expansion de l'univers. Allez savoir...Il ne maque que quelques symboles pour faire un roman de Dan Brown. Mes voix et je vous invite dans mon trou noir avec un texte en finale :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-coup-de-foudre-5
Amicalement, JC