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Le coucher d'Hortense

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Jeanmicasaliva

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Après la messe du soir, Louis le curé se rendit au chevet d’Hortense, une vieille dame charmante, aux cheveux blancs toujours bien coiffés. Elle avait du mal à se déplacer et ne pouvait se rendre à la messe. Le curé se rendait parfois chez elle pour lui donner la communion, l’entendre en confession ou discuter un peu avec elle. Alors que Louis s’apprêtait à partir, le regard bleu perçant d’Hortense dévisagea le curé avec amertume.
— Il va bien falloir que j’abandonne cette maison et que je trouve un endroit où on s’occupera de moi disait-elle en se rongeant les ongles. Je ne suis plus capable de vivre seule, je deviens un fardeau pour tout le monde !
— Mais voulez-vous bien vous taire Hortense lui répondit Louis.
Il était en train de soutenir la vieille dame et l’accompagnait jusqu’à son lit.
— Vous êtes en pleine forme ! Vous rajeunissez tous les jours ajouta-t-il avec un sourire complice.
— Ne vous moquez pas Mr le curé. Vous savez bien que ce n’est pas vrai ! Et pourtant je prie souvent. Je demande à Dieu de me conserver en bonne santé. Mais il doit être comme moi. Il commence à être dur d’oreille.
— Ma chère Hortense ! Dieu vous aime ! Comme il nous aime tous dit-il en lui tapotant gentiment la main. Il prend soin de vous autant qu’il le peut, soyez en sûre.
Elle s’allongea dans son lit et il remonta le drap sur elle.
— Bonne nuit ma bonne Hortense ! Je repasserai dès que possible !
— Mais non, vous avez bien mieux à faire que de vous occuper d’une vieille femme comme moi protesta t’elle !
Il s’approcha de la porte en souriant.
— Que Dieu vous garde Hortense ! A très bientôt !
Hortense vit le curé sortir en refermant doucement la porte de la chambre derrière lui. Puis elle entendit le claquement de la porte d’entrée. La vieille dame regarda alors la pièce vide autour d’elle et ses yeux s’embuèrent. Bien plus que le froid qui gagnait ses os, la douleur qui envahissait sa chair ou sa mémoire qui s’effilochait, c’était de loin la solitude qu’elle considérait comme son plus terrible ennemi. Alors chacune des visites de Louis brillait comme une pépite d’or dans la poussière grise de son existence.
Elle se mit à prier pour remercier une fois de plus le ciel d’avoir envoyé un nouveau curé à Saint Martin.
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