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Le château

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Mathéo Feray

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Je crois que je connais la gueule du paradis. Il suffit de me remémorer un peu... Super Mario 64... le château de la princesse Peach... ses jardins, ses bosquets, sa cascade, son hall nuage, ses mille portes emberlificotées, ses tableaux mouvants... C’est un Sigmaringen virtuel ! Je peux l’affirmer ! Sans personne. Sans Pétain ni Laval ni sbires. Juste une création bien sentie des Japs. Avec juste moi, au bout de la manette. Je peux bien le dire : le château de la princesse Peach, c’est tout mon psyché d’enfant ! Toute ma conception du bonheur vient de là. D’un jeu vidéo désuet. D’une Nintendo DS Lite. Je vous ai dit... Il y a les jardins d’abord, sans personne. Déserts. Juste le chant régulier des oiseaux et les farces maussades de quelques lapins médiocres. Des arbres verdoyants et un jardin à la française, si je me souviens bien, peuplent gracieusement l’espace. Et puis il y a la cascade et son petit lac dans lequel on peut nager. Au-delà des hauts talus, il n’y a rien. C’est le néant, la galaxie grise. Pour accéder au château, il y a le pont. Et juste au dessus, mirobolant, kitsch, lugubre, le portrait de la princesse, humant des roses. Il m’a toujours foutu les boules, ce portrait. J’y voyais une certaine résurgence de la mort. Il faut dire qu’elle était dans de beaux draps, la mignonne... Enfermée, battue, violée quelque part par l’affreux monstre vert... C’est comme si elle était morte. Je jure. Je voyais là une morte ! Et une belle ! Il fallait rentrer ensuite. Si vous n’aviez pas la clé, c’était foutu... Mais si vous aviez le nécessaire... alors là... vous pénétriez illico... et vous contempliez... le hall bleuâtre chargé de nuages, la multitude fracassante des portes, chacune donnant sur une pièce spécifique. Comme un inconscient. Comme une interprétation claire et nette de tonton Freud. Pas besoin que je vous explique. Les tableaux mouvants et leurs mondes fantaisistes... Bob-omb et toute la clique... Cocasseries enfantines. Il y avait une pièce, tout particulièrement, qui me marquait. Elle était à l’écart du monde, derrière le jardin intérieur et le puits. Une pièce vraiment sinistre... avec juste un sofa Louis XV, un vieux plancher, et un piano à queue... Bien souvent, j’ai songé que j’aurais pu méditer des heures dans cette pièce. M’y asseoir et penser à quelque chose. Le bruit du vent dans les feuilles ou un truc dans le genre. Une lubie de môme, rien de plus. Une projection dans l’imaginaire. Imaginez un peu... le jour de votre mort... ce qui sera pas des conneries... quand les portes du paradis s’entrouvriront en grinçant... vous verrez. Vous verrez apparaître ce château et ses innommables facéties. Toute la littérature aura servi à rien. La peinture non plus. Ça aura été parfaitement inutile que Jérôme Bosch peigne ses ‘’ Visions de l’au-delà ‘’... parce que tout ce tintamarre ne se résumait qu’à cela... qu’à ce château... le terminal impensable et impensé ! Que tous voulaient atterrir dans un paradis respectable ! Qu’est ce que ça gueulera alors ! La belle affaire ! Quand ils se retrouveront tous là... dans le château rose bonbon de la princesse Peach... où le soleil ne se couche jamais... Ils auront l’air con, c’est moi qui vous le dis, entourés de lapins maussades médiocres ! Et de virtuel concrétisé plein pied pour l’abominable après-vie...
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Image de Zutalor!
Zutalor! · il y a
Mathéo,
Qu'est-ce que vous faites ici, je veux dire sur ce site ? Prenez donc les ailes volantes du Monde 7, si j'ai bonne mémoire, et, avec les plumes que vous avez, envolez-vous avec Boudor et Monique sur votre dos vers d'autres univers où vous pourriez intéresser d'autres éditeurs que ceux, très respectables pourtant, de Short !
Mais ce que j'en dis n'aura jamais la valeur de ce que vous ferez, n'est-ce pas ?

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anonyme · il y a
Très beau texte bien écrit avec de belles réflexions. Bravo!Une invitation à lire ma TTC en concours, merci d'avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-inventions-naissent-mais-les-hommes-meurent-1

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