Le 46e parallèle

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— Fi de garce ! Une belle fumelle la Dorothée.
— Tu l’as dit, avec sa jupette raz la touffe et son balcon qui déborde, elle fout le feu partout. Même nos femmes ont envie d’y goûter.
— Mériterait d’être mise au pas.
— Qu’est-ce tu proposes, si t’es si malin ?

Les mâles qui tiennent ces propos au comptoir de chez Georgette, ne rêvent que de se la faire la Dorothée. Pour l’heure, leurs yeux sortent de leur orbite et leurs bites de leur falzar, tant la démarche chaloupée de la fille qui traverse la place sous le soleil au zénith, leur fout la tête à l’envers.

Même la Georgette s’en mêle. La solidarité féminine n’a pas cour quand son Jules fait aussi partie des mateurs.

A part celles qui ne diraient pas non et même celles-ci font semblant, les commères du village poussent à la roue pour une petite punition. Rien de bien méchant, mais qui la ferait réfléchir à deux fois avant de se pavaner ainsi le cul à l’air. C’est devenu une conversation récurrente le soir après dîner.
Les harpies s‘enflamment et il en reste toujours un petit quelque chose au lit, alors les bonshommes abondent.

Pourtant, si on leur posait la question entre deux yeux, ils seraient bien incapables d’apporter une quelconque preuve de l’inconduite de celle qui débarqua cet hiver, héritière de son oncle, le père Eusèbe et donc de la carrière qui emploie la plupart des gars du canton.

Le dimanche, c’est l’alliance du sabre et du goupillon, quand notre bon curé devise avec le commandant de gendarmerie, en tout bien tout honneur sur son statut de première salope du village.
Si des gars s’avisaient de lui remettre les idées en place, ils pourraient compter sur eux pour une absolution et qu’elle ne s’avise pas à porter plainte.

Justement ce dimanche, alors que le curé entame l’Ite missa est, la Dorothée remonte la travée centrale, juchée sur des talons Alpins, dans une petite robe de mousseline qui à contre-jour ne cache rien de ses charmes.

Ça rouine, ça gronde dans les rangs, au fur et à mesure de sa progression et c’est l’Alphonse : 1m57, 50kg tout mouillé qui s’y colle, sous le regard admiratif de sa « moitié » : 1m80, 150 kg.

— S’pèce de roulure. T’as pas honte de narguer ainsi notre seigneur et ses ouailles. Tes tenues provocantes sont une honte pour notre communauté et nous refusons de t’admettre en son sein.
— Sort d’ici Dorothée ! S’exclame-t-il d’une voix de fausset. C’est pas Malraux, loin s’en faut et ça pouffe ici et là.

Dorothée n’insiste pas et reprend l’allée en sens inverse, déterminée à leur faire payer cet affront tôt ou tard.

Ah ! Tous ou presque la considère comme une salope, pour la simple raison que ses toilettes sont plus affriolantes que les sarreaux de leurs moitiés ?
Il devrait bien se trouver parmi elles 343 salopes en devenir sur des critères plus révolutionnaires.

*****

Dans les semaines qui suivent, d’étranges missives arrivent régulièrement dans les boites au nom des femmes du village

Chère consœur,

L’heure est venue de prendre les choses en main. L’acte sexuel n’est pas obligatoirement destiné à la procréation. Vous disposez des moyens d’accéder au plaisir avec ou sans votre partenaire. La nature vous a doté d’un organe bien utile pour cela :

« Le clitoris : Clito, berlingot, bouton, haricot, petit pois... Il est la source de plaisir principale pour la majorité des femmes. Mieux le connaître, vous permettra d'encore mieux en profiter.
Parler du clitoris, ce n’est pas seulement parler des femmes et de leur sexualité. Parler du clitoris, c’est aussi parler du plaisir. Le plaisir que l’on se donne, mais aussi celui que l’on reçoit, que l’on partage, avec un homme ou avec une femme ».

En annexe, les références d’ouvrages ou d’articles de presse parlant de la chose.

Et les courriers se succèdent, traitant des positions, des « préliminaires » ainsi dénommés par ceux qui considèrent cette partie intrinsèque de l’acte d’amour comme superflue. Sans oublier les moyens de contraception, condition indispensable de leur droit à disposer de leur corps. Laisser cette maîtrise aux hommes, c’est la garantie de familles nombreuses.

Comme disait le barde « Thieu sacré-t-air me subiait. Dans la têt coum’in gueurlet ». Littéralement « ce sacré air leur grinçait dans la tête comme un grillon ». En clair, dans les têtes de la gent féminine ces idées faisaient leur chemin.

*****

Cette année, le soleil chauffe dur et ça ruisselle de partout, sous les bras et ailleurs. Les petites robes Vichy ont supplanté les blouses informes. Les gars fréquentent de moins en moins le bistrot, réquisitionnés pour le plaisir de ces dames. Plus ils pâlissent, plus leurs épouses resplendissent.

Plus question de clouer Dorothée au Pilori, on se doute qu’elle n’est pas pour rien dans cette libération. Désormais on compte autant de soi-disant salopes, que d’épouses, de concubines et même de pucelles, qui ont découvert les plaisirs partagés ou solitaires et la maîtrise de leur corps.

Dans ce coin perdu du Poitou, l’évolution est en marche. Les quarantièmes turgescents vont faire parler d’eux.


Et c’est sous un soleil implacable, qui aveugle la foule au sortir de l’église, que la responsable de cette révolution s’avance sous les jets de riz, au bras du fringuant commandant de gendarmerie.
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Brune Hilde · il y a
Ils sont bons tes textes Poor lonesome writer ! Belle leçon sur la différence. Je craignais qu'on la retrouve sans vie après une explosion dans la carrière.
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Long John Loodmer · il y a
Pour une fois, je ne laisse pas de cadavre derrière moi 😂
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JD Valentine · il y a
Jouissif! Beaucoup aimé. Un porn-comic bien senti.
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Long John Loodmer · il y a
Désolé de ne pas t'avoir répondu, mais Short m'avise seulement aujourd'hui de ton passage. N'importe quoi
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Tess Benedict · il y a
On ne s'attend pas à ce revirement, qui en est d'autant plus savoureux! De plus, parler du clitoris change un peu de la bite... qui domine dans les texte dits érotiques présents sur ce site.
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Fred Panassac · il y a
Ha ha ! Un cours d’éducation sexuelle, je ne m’y attendais pas mais la Dorothée a su faire preuve de pédagogie et n’avait pas prévu qu’après tout ça elle se ferait passer la bague au doigt et la corde au cou par un gendarme !
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Long John Loodmer · il y a
Comme quoi, la liberté féminine, c'est pas si simple.
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Isa. C · il y a
Très drôle😂 j'adore
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Long John Loodmer · il y a
Et instructif ce qui ne gâche rien
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Atoutva · il y a
Moralité, l'habit ne fait pas le moine et on ne juge pas les gens sur la mine.
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Paul Jomon · il y a
Si les corbeaux se mettent à croasser de l’éducation qui plus est sexuelle, où va-t-on, moi je vous dis ? Droit sur le 46ème parallèle, ce qui devrait pouvoir s’étendre plus largement.
L'instruction plus forte que postures établies ? l'idée est optimiste et généreuse. Laissons lui sa chance.

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Long John Loodmer · il y a
Si ils contribuent à éclaircir les idées, vive les corbeaux
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Eva Dayer · il y a
Une ''étrangère'' un peu émancipée face à l'esprit de clocher ! Les soi-disant bonnes moeurs mises au pilori .
Mais la photo du mariage ''bien comme il faut''aura sans doute les honneurs du bulletin paroissial...

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Long John Loodmer · il y a
Ce qui laisse mesurer tout le chemin qu'il reste à parcourir
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Eva Dayer · il y a
Je traite du même sujet ds Les soeurs Caravelle.
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Hermann Sboniek · il y a
Il y a du Brassens dans cette petite fable bienvenue et bien menée 🙂
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Françoise Desvigne · il y a
Très drôle !

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