Lac de la Muzelle

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 Je séjournais aux Deux-Alpes, dans un foyer pour jeunes gens, créé par le père de Roodenbecke, curé de Venosc, un énergique religieux bénédictin célèbre en Oisans, qui veillait sur nos bonnes mœurs ! On racontait qu'une nuit, il s'était couché en travers de l'escalier, sur une marche, pour guetter le retour d'un fêtard et le sermonner !

Heureusement, il avait des qualités sportives, il nous incitait à marcher tous les jours et à organiser de longues randonnées pédestres dans cette superbe région de l'Isère.

Par un bel après-midi ensoleillé, nous voilà partis toute une joyeuse bande, pour une balade en principe sans difficultés. C'était sans compter les imprévus !  Au détour du sentier, un troupeau de vaches nous barrent le passage. Les citadins que nous sommes ne savent pas trop comment se sortir de ce mauvais pas. Pas d’issue possible. Enfin, l’une de nous prend son bâton de marche et nous fraie un passage au milieu des vaches et nous continuons notre chemin, à la découverte d’une flore magnifique.

Nous décidons de découvrir le mythique lac de la Muzelle, par un sentier, le futur GR54C, depuis le petit village de Venosc, dans le cadre enchanteur du futur Parc national des Ecrins. Le cinq juillet mil neuf cent soixante-cinq, nous sommes trois, notre accompagnateur le père Damour (ça ne s’invente pas !) jésuite et grimpeur chevronné, coiffé de son béret noir, sa pipe rangée dans sa pochette, une amie et moi-même. Les courageux descendent par le petit raidillon qui mène des Deux-Alpes à Venosc. Les autres prennent le bus. La randonnée doit durer deux jours.

Nous marchons d’un bon pas, sous la chaleur estivale. Le sentier tout en serpentant, nous fait grimper de plus en plus haut et nous transpirons. Mille deux cent quatre mètres de dénivelé en mouvement ! Mes chaussures sont neuves et pas très adaptées à ce type de randonnée, mais l’enthousiasme aidant, je les oublie.

Nous longeons des ruisseaux, des cascades. Nous arrivons aux Ardoisières, surnommées ainsi parce que le sol est composé de schistes noirs. La montée est pentue et glissante, il faut s’accrocher ! C’est le dernier effort avant la traversée du torrent sur un petit pont en bois. Des marches aujourd’hui permettent d’arriver aux tourbières.

Et la récompense suprême, le lac de la Muzelle, sorte d’émeraude enchâssée au milieu des montagnes.

Nous avisons la bergerie où nous allons passer la nuit. Le refuge n’existait pas encore. Une magnifique poutre porte gravé le nom d’un berger Porrachia Valentin, chaque année de sa présence en alpage, s’égrène de 1943...1946, 1947, 1948, 1949, 1950......

Le berger, un jeune homme provençal, à l’apparence rude, nous raconte l’alpage. Il nous parle de ses moutons, de son chien qui n’a pas l’air commode. Il raconte des histoires, le jour où un mouton à tendance suicidaire avait entraîné d’autres congénères, qui s’étaient noyés dans l’eau du lac...
Après un repas frugal, notre accompagnateur, fumeur de pipe, sort bivouaquer à la belle étoile.

Nous montons dans la mezzanine à l’aide d’une échelle de meunier en bois assez raide et passons une nuit bien méritée dans nos duvets. Avant de dormir, le berger nous prévient que son chien monte la garde et qu’il faut l’appeler avant de descendre car il pourrait nous mordre.

Au petit matin, la faim nous tenaille. Mais comment descendre ? Le chien nous surveille au pied de l’échelle. Le berger sur sa paillasse posée sur le châlit carré dort encore. « Monsieur » « Monsieur », nos petites voix fluettes essaient d’attirer son attention. Il se réveille enfin, et se met à rire, il appelle son chien et nous affrontons pas très rassurées le cerbère qui ne nous lâche pas de l'œil.

Nous n’oublierons jamais cette journée merveilleuse au bord du lac de la Muzelle. Le lac change de couleur selon la position du soleil, parfois bleu, lorsque le ciel se mire dans son eau, il peut perdre sa couleur émeraude dès que l’ombre de la montagne, le fait virer au noir.

Nous essayons de grimper aux rochers avoisinants. Il y a la Roche Percée, les Cheminées de fée. La Roche de la Muzelle, qui culmine à 3465m, nous domine.

Nous devons songer au retour avant que le mauvais temps ne se mette de la partie. Nous entamons la descente périlleuse des Ardoisières, à petit pas, en faisant attention de ne pas glisser. L’ardoise est coupante et on peut se blesser les bras et les genoux si nous tombons dessus !

Je commence à avoir très mal aux pieds, les chaussures m’ont blessée à l’arrière de la cheville. Je descends comme je peux et n’ai qu’une hâte d’arriver à Venosc pour les retirer.

Une fois au village, je me procure des tongs, c’est avec elles aux pieds que je finirai les vacances, le temps de la cicatrisation. J’ai un peu honte devant tous ces montagnards dûment équipés, prêts à entamer l’ascension de la Meije, en passant par La Bérarde.

Moi, la Meije, elle ne me tente pas du tout. Les habitants du village nous racontent l'histoire de Marco, jeune premier de cordée, qui s’est tué en montagne, sa corde s’est cassée... Le Massif des Ecrins a ses vainqueurs et aussi ses vaincus.

J’ai bien compris la leçon. La randonnée en montagne, ça se prépare. Même en montagne à vaches. Les sommets enneigés, je les regarde de loin. Jamais je ne les braverai.

Anne Marie Menras
26 février 2017

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