La rueda del tiempo (La roue du temps)

il y a
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Les Andaluces de Paco troublent ses pensées pendant qu’il franchit le col. Un bouquetin dérangé dévale la paroi rocheuse, déclenchant une averse de pierraille. L’aigle au-dessus de sa tête éclipse un instant le soleil au zénith.

Bientôt, il descendra vers la vallée, franchissant les torrents, s’insinuant entre les derniers contreforts.
Les sols deviendront de plus en plus arides et dans le désert apparaîtra la maison au bord du marais, plantée dans le sol ocre, écrasée de soleil, bordée d’une végétation craquante de sécheresse. Ses murs de pierre blanche, rehaussés de volets d’un vert passé, supportant son lourd toit de tuiles.

Il franchira la porte, dans l’autre sens. L’obscurité de la pièce unique contrariera pour un instant sa perception visuelle et ce n’est qu’après une acclimatation de sa vue qu’il distinguera la silhouette tassée dans le vieux fauteuil près de l’âtre.

Tu es revenu, dit la femme sans bouger, ni se retourner. Comme si c’était hier.

Je suis là, à jamais, répond l’homme.

*****

Une dizaine de jeunes hommes progresse dans une neige collante. Encore un dernier col et ils seront à l’abri. La jonction est prévue au petit jour. Ils ne sont pas sur le parcours habituel des réfugiés qui par centaines espèrent sauver le peu de liberté qu’il leur reste.

Combattants d’importance, ils ne peuvent risquer d’être arrêtés à la frontière. Ce serait signer leur arrêt de mort.

Ils laissent derrière eux, une épouse, une mère, une sœur. La Maria de Pedro «grosse» et empêchée par une mère mourante.

Ils ne savent pas encore qu’il leur faudra attendre des dizaines d’années et la mort du dictateur pour reprendre le chemin inverse. Ceux qui sont restés pour poursuivre la lutte, l’ont pour beaucoup payé de leur vie.

Ces années passées loin des leurs, sans nouvelles du pays barricadé derrière sa frontière ont compté double.

*****

Maria et Pedro sont face à face, trop bouleversés pour faire le moindre geste. Incrédules devant les ravages du temps et des larmes.

C’est bien toi qui me reviens ?

Oui Maria, on ne se quitte plus.

Ce sont des mots dérisoires qui masquent leur émotion. Enfin elle se blottit contre lui et les grands bras de Pedro se referment sur celle qu’il a quittée si jeune et qu’il retrouve à l’automne de sa vie.

Y el niño ? «Et l’enfant ?» Demande t-il.

Il a rejoint la lutte. Il repose près du genévrier.

Pedro passe de l’ombre au soleil et contourne la maison. Longtemps après, il fourgonne dans l’appentis et revient avec le Ruby 7.65 planqué avant son départ.

Pour quoi faire ? Questionne Maria. Ici, ils sont tous morts. La vengeance est impossible.

— Alors «Viva la muerte» !

Les détonations ont à peine troublé le vol stationnaire de l’aigle.
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Long John Loodmer  Commentaire de l'auteur · il y a
Andaluces : Une chanson de Paco Ibanez qui dit en gros que la terre est à ceux qui la cultive
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Francine Lambert · il y a
Implacable "rueda del tempo" qui réunit ce couple après quarante ans "comme si c'était hier" . . . L'émotion naît au fil du récit des silences et des gestes mesurés, de l'économie des mots qui alimentent l'intensité dramatique, tout l'art de la nouvelle ... une vraie réussite !
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Rtt · il y a
Absolument bouleversant.
Bravo Loodmer

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Picardy · il y a
OH ! M...e alors! C'est encore plus noir qu'à ton habitude. Mais qu'est ce que c'est beau ! Belle journée quand même.
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Long John Loodmer · il y a
Mon humeur ne s'accorde pas avec le ciel. "Le 46e parallèle" compense un peu. Merci. A toi aussi, au frais si possible.
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Yannick Pagnoux · il y a
Un des meilleurs TTC que j'ai lu en six ans sur Short
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Long John Loodmer · il y a
J'en suis ravi.
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Zutalor! · il y a
Pour moi aussi, Maestro de la Poesìa !
(Et ho ho ho ! Y a pas que Long Lone Johnny qu'en a écrit des bons... J'en ai repéré plein d'autres, à commencer par... Bon, d'accord, par Big Long Loup de Mer, ok... D'ailleurs, il en a commis un que, en le lisant, t'as l'impression d'être devant l'écran de ton cinéma de quartier...)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/blanc-sera-le-linceul

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Fabienne Liarsou · il y a
En effet ! Je comprends Blin. Bravo !
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Dranem · il y a
No pasarán !
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SakimaRomane · il y a
C'est sobre, c'est net, c'est dit :)
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Long John
Ton histoire, c'est un peu celle de ma mère et de ses parents !! Mon grand-père Vincente a fuit l'Espagne franquiste, opposant au régime on ne donnait plus cher de sa peau... Ma grand-mère Amalia et sa fille Joséphina (ma mère) ont été dépossédées de tous leurs biens et ont du s'enfuir à pied de nuit en passant par Andorre pour rejoindre la France. Ton texte sobre a refait vibrer en moi cette histoire de ma famille.
Merci.

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Long John Loodmer · il y a
Ces histoires de guerre planent au-dessus des familles. L'important c'est de faire suivre.

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