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La confession

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Jeanmicasaliva

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Louis entra dans l’église. Il n’en fermait jamais les portes malgré les récriminations constantes de Sandrine qui craignait que le bâtiment ne soit un jour saccagé par des vagabonds. Mais fermer l’église aurait semblé à Louis totalement incongru. Il la laissait ouverte en permanence pour permettre à ses paroissiens de s’approcher de Dieu à toute heure du jour ou de la nuit.
A l’intérieur, une dizaine de personnes attendaient assises près du confessionnal. C’était bien plus que d’habitude ! Le cœur de Louis bondit dans sa poitrine et il remercia le ciel en une prière radieuse pendant une brève seconde. Tout le monde se leva silencieusement à son arrivée.
— Bonjour frères et sœurs, que la paix du seigneur soit avec vous !
Il les regarda tous avec intensité en les bénissant intérieurement.
— Bien, alors au travail dit-il joyeusement en entrant dans le confessionnal.
Il ouvrit le petit volet de bois et attendit la première confession, un sourire ravi sur les lèvres.
Pendant toute la matinée, comme tous les samedis, il écouta avec un amour infini ceux qui étaient venu se confesser, souffrant avec eux de leur détresse, partageant leur fardeau avec une immense tendresse et leur procurant toute l’aide dont il était capable.
XXX
Ce jour-là, d’une manière étonnante, plus les confessions s’enchaînaient et plus Louis avait la curieuse impression que les pêchers de ses paroissiens étaient plus nombreux que d’habitude, plus graves aussi pour certains. C’était un sentiment étrange, comme si une fièvre soudaine s’était emparée du village.
— Bénissez-moi mon père parce que j’ai pêché !
Une jeune fille qui devait avoir douze ou treize ans venait de prendre place derrière l’isoloir, interrompant les réflexions du curé. Louis reconnut Julie, la fille du maire. Elle venait se confesser pour la première fois. Curieusement, plutôt que de chuchoter, comme le faisaient tous les autres, elle avait parlé à voix haute dans le confessionnal.
— Je vous écoute ma fille ! Mais parlez plus bas je vous prie, ce que vous avez à confesser ne regarde que Dieu.
Elle continua sans baisser le ton.
— Je... je n’arrive pas à croire que c’est mal d’embrasser un garçon !
Interloqué, Louis laissa s’écouler quelques secondes, le temps de retrouver ses esprits.
— Que...Que voulez-vous dire ?
— Il y a quelques jours, j’ai embrassé un garçon pour la première fois. Quand j’ai senti ses lèvres sur les miennes, ça m’a fait des picotements partout. C’était si bon ! Depuis, on s’embrasse tout le temps et cela n’a rien à voir avec les horreurs que vous décrivez dans vos sermons. Quand il m’embrasse, je me sens si bien, il y a comme une douce chaleur dans mon ventre et...
Louis s’étrangla de stupeur.
— Mais ma fille, c’est la chaleur des flammes de l’enfer ! Comment peux-tu être aussi aveugle ! Cette douce chaleur que tu décris si naïvement, c’est le diable qui te brule les entrailles.
Un immense éclat de rire résonna alors à l’extérieur du confessionnal. La jeune fille assise en face de lui se mit alors à rire à son tour, à gorge déployée. Pendant quelques secondes, le cerveau de Louis tourna à vide. Il ne comprenait rien à ce qui se passait.
Soudain, la jeune fille fut tirée dehors sans ménagement et son rire s’interrompit tout net. Le curé sortit à son tour, décontenancé. Sandrine était là, à côté de la gamine qu’elle venait d’extirper du confessionnal. Un garçon à peu près du même âge se tenait debout à côté d’elle, la tête baissée. C’était Éric, le fils du boucher.
— Pendant que je balayais au fond de l’église, j’ai vu Éric qui écoutait ce qu’on vous disait en confession monsieur le curé dit-elle en désignant le jeune homme du menton. Je me suis approchée et involontairement, j’ai tout entendu.
Elle s’adressa aux deux adolescents qui regardaient leurs chaussures.
— Vous n’avez pas honte de faire ce genre de plaisanterie ? Allez ouste, dehors ! Mr le curé a bien autre chose à faire que d’écouter vos fadaises.
Sandrine les poussa vers la sortie. Ils se laissèrent faire sans protester et s’éloignèrent. Mais, alors qu’ils allaient sortir, ils se retournèrent et regardèrent Louis avec des yeux brillants. A ce moment, ils s’enlacèrent et échangèrent un baiser fougueux sur le pas de l’église avant de s’enfuir en riant. Sandrine étouffa un juron et s’élança à leur poursuite.
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