Histoire en cours de rédaction

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J'ai dit : "Je n'ai aucune imagination..."
Il a répondu : "Reste ancrée dans le réel, écris sur ce que tu vis, sur ce que tu vois, sur ce que tu sens, sur ce que tu ressens, sur ce que tu expérimentes, sur ce que tu aimes, sur ce qui te révolte."
Est-ce que ça fait une histoire, ça ?

Les journaux intimes, je n'ai jamais réussi non plus. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Maintes et maintes fois. Je choisissais consciencieusement un joli cahier, de préférence ligné. Je réfléchissais rigoureusement à la façon dont j'allais procéder, quelle couleur pour écrire, comment noter la date, quelle présentation adopter, ou le cacher, quels événements prioriser. Les préparatifs faisaient partie intégrante du projet auquel j'adherais avec une motivation que je croyais sans faille.
Comme quand on débute un régime, on choisit avec détermination la date de début, on regarde quelles recettes privilégier, on met toutes les chances de son côté, on fait les courses, on remplit le frigo et les placards en conscience, pas trop gras et sucré mais pas trop fade non plus.
Dans un cas comme dans l'autre, il est primordial de tenir dans la durée pour que le projet soit viable et amène à un résultat satisfaisant.
Dans un cas comme dans l'autre, j'assiste atterrée à un échec cuisant. Mais ma pauvre, où passe chaque fois ta détermination? N'es-tu pas censée être dotée d'une force de caractère exceptionnelle ? Ne te targues-tu pas constamment de savoir ce que tu veux, de te donner les moyens de réussir tout ce que tu entreprends ? Tu as traversé tellement d'épreuves, tu t'es relevée après chacune de tes chutes, mais tu es incapable de mener à bien un projet d'écriture ?
Je ne suis pas faite pour écrire un journal intime, tout comme je ne suis pas prête à faire de régime.

Il a écrit : "Je te laisse te calmer, on verra plus tard."
Est-ce que ces quelques mots sont susceptibles de lancer une histoire ?
"Reste ancrée dans le réel."
Nous venons de passer un week-end prolongé ensemble. Je me suis pliée en quatre pour que tout soit parfait, faisant comme d'habitude passer ses désirs avant les miens, ses envies avant les miennes. J'ai même devancé ses désirs et ses envies, dans le seul but d'en faire un homme heureux et comblé.
"Ecris ce que tu vis."
Un véritable cauchemar.
"Ecris ce que tu vois."
Je vois un homme colérique, narcissique, critique, égoïste à l'extrême, éternel insatisfait. Il avait cependant annoncé la couleur avec une lucidité implacable et presque déconcertante : "Je suis insupportable. Je suis invivable."
"Ecris ce que tu sens."
Le moisi. Trop de haine, trop de noirceur sortent par tous les pores de sa peau.
"Ecris ce que tu ressens."
Je suis trahie, humiliée. Comme une redondance, ce sentiment m'envahit très régulièrement depuis que je l'autorise à me malmener.
"Ecris ce que tu expérimentes."
J'ai beaucoup appris sur moi. Je me sens aussi solide que l'iridium. Métal moins fragile que le diamant, plus dur que l'or, plus résistant que le titane. Malgré tous ses efforts pour me détruire, malgré les coups qu'il me donne encore et encore, de plus en plus souvent, de plus en plus fort, j'encaisse maintenant sans égratignure aucune.
"Ecris ce que tu aimes."
Beaucoup de choses mais plus rien dans cette relation.
Je garde un amour de la vie que rien ne pourra jamais altérer.
"Ecris ce qui te révolte."
Beaucoup de choses mais plus rien dans cette relation, que je regarde et considère maintenant comme une expérience de vie.

Est-ce que ces éléments sont susceptibles de faire une histoire ?
J'ai un schéma narratif parfait.
Une situation initiale : J'ai une famille parfaite, un mari bienveillant, des enfants fantastiques, une maison que j'adore, un métier qui me comble, des amis précieux.
Un élément perturbateur : Cet homme qui surgit de nulle part et bouleverse mon univers tel un véritable tsunami.
Des péripéties : Que de douleurs endurées dans cette liaison, que d'humiliations subies, que de trahisons. Accepter chaque fois ce qui s'est passé. Faire chaque fois le deuil de la relation telle qu'elle était pour la reconstruire autrement. Voir le mur s'effriter chaque fois un peu plus. Jusqu'à arriver au point de non-retour, le mur est complètement démoli, les brèches ne peuvent plus être comblées, rafistolées, tout s'est écroulé.
L'élément de résolution : La rupture pour de bon. Le salut, parce qu'il faut sauver sa peau là où il n'y a plus rien d'autre à sauver.
Une situation finale : Le retour à une nouvelle stabilité, à une vie à nouveau heureuse et sereine. Apprécier tous les petits bonheurs de la vie qui forment le vrai bonheur. Ne pas regarder ailleurs si l'herbe est plus verte. Ne pas se fier aux apparences et se faire confiance.

Yapluka maintenant...
Commençons par trouver un titre, pour pouvoir soumettre mon "œuvre" à Short Edition.
Hum, voyons voir.
Essais littéraires. Non, trop pompeux.
Jeux d'écriture. Non, trop enfantin.
Histoire en construction. Non, elle est terminée, cette histoire.
Histoire en cours de rédaction. Ouiiiiii.
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