Guide suprême et autres futilités...

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

Je refuse, je proteste, je m’oppose ! Je m’insurge, moâââ ! J’ai ma dignité, moâââ ! Mon honneur d’être humain. Ma vie est une révolution ! La Camarade, elle peut se brosser. Elle passera pas. On est des milliards. On grouille de partout. Ça pète, ça envoie du grabuge ! On gueulera. On s’opposera. On s’imposera. On est nombreux. Des tonnes et des tonnes de petits larves vibrantes d’ardeur à la surface d’une planète paumée au sein d’une galaxie égarée dans l’immensité d’un vide infini ! Qu’ils y viennent, les démons, avec leur patronne. On les déglinguera ! On peut tout faire péter, nous. On est des sauvages, des brutaux. C’est pas permis d’être aussi tête-brulée. En un siècle, on a tout fait sauter. Les villes, les villages, les ponts, les arbres, les églises, les abreuvoirs, les meubles, les hommes, les femmes, les gosses, les vieux, les jeunes, les chiens, les chats, les poules, les canards, les champs, la dignité, le plaisir, l’espoir, les bourgs, les rats, les statues, les horloges...Tout y est passé ! On plaisante pas, je te dis. On aime bien le conformisme, ça nous plaît. Droit ! Au pas ! Garde-à-vous ! Tu les voies, ces rangées de pions ? Armés jusqu’aux dents, fiers comme jamais, qu’ils sont, les gamins. Ils attendent de massacrer. De planter leur baïonnette dans des tripes chaudes. Au nom de l’humanité, l’inhumanité. T’aimes pas ? Ça claque, ça pète ! Des milliers de fusils aux portes du voisin d’en-face, pour qu’il fasse dans son froc. T’en penses quoi ? Tu as vu comme comme ils m’aiment ? Pas possible, du délire. Il adorent se casser les mains à m’applaudir, c’est leur plaisir. Et puis merde ! Si ils veulent pas, on aura qu’à éventrer deux ou trois pauvres types sur la place publique. Ça fera réfléchir. Les gamins, ils se raviseront. Ils se diront que peut-être, moââaâ, je suis la voix de la raison, la voix du peuple. Ah...C’est pas bien engageant quand un peuple n’a qu’une seule voix mais que veux-tu...Les crétins, ils courent dans la rue. Ils veulent du sang, du patriotisme, du drapeau à la pelle, des chants gueulés à pleins poumons dans des manifestations orgiaques ! Les veaux, ils ont eu ce qu’ils voulaient. La démocratie, les libertés, il faut dire que ça ennuyait tout le monde. Trop mou, trop dégoulinant sur les bords. C’en était à vomir d’aller voter mon pauvre gars...Trop de cons sur les tribunes à mentir devant ces foules décrépites. Ils étaient libres les scélérats... Quelle horreur ! Et puis je suis arrivé. C’était pas le tout. J’ai promis qu’on ferait tout péter pour impressionner la face du monde. J’ai promis le poil aux couilles. Et la purification nationale. Dehors les nègres, les arabes, les rouquins, les pédés, les traîtres, les culs bénis, les youpins...Une marée de clones, c’est ça qui me plaît ! C’est ça qui leur plaît ! Tu verrais comme ça balance. Les personnalités se révèlent au grand jour, les langues fourchent, c’est que du bonheur... On construit des camps, beaucoup de camps. Ça renfloue les caisses et puis ça fait débarras. Et vas-y que je t’envoie geler en Sibérie, et vas-y donc que je t’expédie brûler en Pologne...C’est-y pas beau ? Plus de dérapage. Ils se tiennent à carreau maintenant les singes. Ils font les jolis cœur de la nation. Je suis là. Je dis quelques mots à la tribune et c’est l’extase. Oh...Parfois, je leur offre une médaille. Ils sont contents, ils jouent avec. On dirait les mômes d’un quincaillier. Bah c’est vrai quoi ! Ils auraient pu naître chez l’autre en face et s’emmerder avec la démocratie mais non, ils sont là. Tu les vois ? Courir comme des tarés sur ce champ de bataille défoncé au nom de notre honneur ? Ils comprennent pas. Ils comprennent rien. C’est con de mourir pour un salaud comme moi mais les pauvres, la connerie, ça n’entre plus dans leur vocabulaire. Ça n’existe plus. Un clairon, deux clairons et c’est la féerie de la bravoure qui les prend. Ils n’entendent alors plus rien. Ils vont se faire dégommer au milieu des bombes en léchant mon portrait. Ils n’attendaient que ça. C’était leur rêve avant même que ma mère me ponde.

Autodestruction. Apocalypse. Déluge. Je me tais. Le rideau se baisse. Le tyran est crevé. On me jette, on me vocifère, on me brûle. On m’enfourne gaiement dans un mausolée glacial. Je ne suis plus à l’ordre du jour. On décroche ma trombine envahissante, on dégobille dessus, on la fout au grenier. Je pourris dans une caisse, quelque part. On m’adulait, on me peignait, on me dévorait du regard et me voilà, cadavre puant, six pieds sous terre. Tout de même ! Il y a encore des curieux viennent fouiner dans mon trou pour m’en faire sortir. Et c’est alors qu’on me pille. Un bras. Une jambe. Les intestins. Le poumon gauche. On m’exhibe. Décidément, je suis un mystère insondable ! Il émane de mes restes une odeur atroce et la foule avide de vengeance s’enfuit, dégoûtée. Les chiens, ils ont craché leurs tripes pour moi et ils veulent me faire payer à coups de sensibilisations. C’est comme ça. C’est fini. J’ai joué. J’ai perdu. J’me contenterai des manuels d’Histoire tiens.
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