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Frustration du lecteur

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Farida Johnson

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L’affaire du commissariat eut lieu un matin ensoleillé du mois de janvier.
Monsieur le maire et ses adjoints prenaient le café à la terrasse du bar de l’Europe, satisfaits et exposés aux regards des passants qui, tous, les connaissaient. Sourires et signes de têtes de parts et d’autres mais personne ne vint s’arrêter à côté de leur table. On ne dérange pas Monsieur le maire qui fait tant de choses pour la commune et qui a bien le droit de goûter un peu de détente par ce lumineux matin de janvier. C’était juste avant que ne débute l’affaire du commissariat.

Les rues commerçantes de la petite ville ne s’animaient que le matin lorsqu’on vaquait aux emplettes quotidiennes, pain, légumes, un petit morceau de viande et pourquoi pas un saut à la banque histoire de bavarder un peu avec la jolie conseillère. Les terrasses des deux trois bars étaient remplies. On venait se poser, son sac à provision plein, pour regarder passer ceux qu’on aimait bien et surtout ceux qu’on détestait parce que quoi de plus jouissif que de déblatérer sur Simone ou Marcel dont on avait appris la terrible maladie, le deuil ou la perte d’emploi ? Véritable raison : on retardait le moment de rentrer.
Parce que lorsqu’on rentrait c’était jusqu’au lendemain. Les après midi étaient consacrés selon les cas au jardinage, bricolage, à la lecture, à la télé, au chien qu’on allait balader sur les chemins ou sur la plage... En aucun cas aux déambulations sociales. Chacun chez soi. Tous semblaient s’être donnés le mot et d’ailleurs, tous les commerces étaient fermés jusqu’à seize heures et les troquets étalaient leurs tables et leurs sièges vides comme des absences jusqu’à ce que ceux qui travaillaient viennent y prendre un petit verre bien mérité avant d’aller à leur tour acheter l’endive et la baguette du soir.
Oui, l’endive, car après les fêtes l’endive est de circonstance.

Mais ce jour là.
Ce fut Maryse, qui la première interpella Yvonne devant la boucherie « Chez Jeannot ».
- Tu es au courant ?
- De quoi ?
- Mais de l’affaire !
- L’affaire ?
- Oui, oui, celle au commissariat.
- Ben non.
- Eh bien, figure-toi...
Abdel, qui passait par là entendit quelques bribes de la conversation et en dit quelques mots aussitôt à son copain Nabil qui alla raconter l’histoire à ses potes installés au bar de l’Etoile. Ginette, assise à côté d’eux, s’empressa de mettre au courant son vieil ami Gaston. En l’espace de quelques minutes toute la rue était au courant. Monsieur le maire, décomposé, s’était levé d’un bond de son siège au moment où un conseiller municipal - de son bord politique cela va sans dire- lui avait glissé à l’oreille quelques mots définitifs. On le vit monter quatre à quatre les marches menant au parvis de l’hôtel de ville et s’engouffrer dans la mairie sans un regard en arrière vers ses adjoints qui s’essoufflaient à le suivre. Toute la matinée, la ville bruissa de conversations excitées ou consternées, de « ça ne m’étonne pas », « je l’avais bien dit » «  où va le monde ? » «  de toute façon, le gouvernement – d’un autre bord politique que le maire cela va sans dire- ne fait rien !
Toute la matinée, les rues ne désemplirent pas d’une population vieillissante revitalisée par l’affaire du commissariat. Et même ! même l’après midi on continua à s’arrêter, s’interpeller et échanger gravement car peu à peu des détails de l’évènement venaient s’ajouter les uns aux autres pour alimenter les conversations. Mon Dieu ! ce qu’on était tourneboulé ! On en oublia même le repas de midi, le chien, la haie à tailler et le portail à nettoyer. On adressa même la parole à ceux qu’on détestait. Et le soir, vers dix huit heures, à la nuit tombée, on mit au courant avec délectation ceux qui dans leurs bureaux, leurs écoles, leurs entreprises n’avaient pas eu la chance d’être aux premières loges. Qui n’avaient pas eu vent de L’AFFAIRE DU COMMISSARIAT !

On dut rentrer chez soi lorsque le froid de janvier se fit plus mordant. Et puis il fallait bien faire pisser le chien.
Le lendemain on éplucha le journal local, de nouveau on parla beaucoup dans les commerces, les bistrots et avec la jolie conseillère bancaire.
Puis les choses se tassèrent et les habitudes reprirent le dessus.
Deux, trois jours plus tard, le va et vient matinal laissa place à la vacance post méridienne. Et tout rentra dans l’ordre.
Mais ,vous en conviendrez, quelle histoire !

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Fred Panassac · il y a
Ce commissariat, une vraie Arlésienne ;-))
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Mickael Gasnier · il y a
Oui Quelle histoire qu'est celle du commissariat ! ♥
À bientôt sur nos pages respectives....

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Farida Johnson · il y a
Volontiers!
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Paul Thery · il y a
very funny ! Peut-être aurez-vous envie de lire mon texte: l'affaire du RER de 21h12 ? (Non, je plaisante, ce texte n'existe pas) :-))
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Farida Johnson · il y a
Very funny too!!!
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour le partage de cette histoire qui nous fait travailler l'imagination ! Mon vote ! Une invitation à découvrir “Ses lèvres rougissent” qui est en lice pour le Grand Prix Printemps 2018! Merci d'avance !
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Adriana · il y a
Bravo : suspense ..suspense. .puis on reste sur sa "fain ".J apprends à vous connaître
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Farida Johnson · il y a
Je suis très heureuse que vous veniez faire ma connaissance! Merci ! Si vous avez le temps il y a d'autres textes plus anciens sur ma page, peut être aimerez-vous les lire...
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Charles Dubruel · il y a
je viens de voir que vous vous étiez abonné à mon site. Mille mercis...et à bientôt !
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Grenelle · il y a
Pourquoi frustration ? C'est un peu comme dans "les tueurs" d'Hemingway il suffit de faire fonctionner l'imagination que vous stimulez.
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Farida Johnson · il y a
Eh bien vous faites partie des lecteurs qui aiment qu'on stimule votre imagination. Tant mieux ! Mon titre était un clin d’œil pour ceux qui aiment moins et j'en connais. Merci Grenelle en tout cas d'être venue lire mon texte.
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Zurglub · il y a
C'est rigolo !
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Farida Johnson · il y a
Ah tant mieux! C'était le but. Merci !
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Yasmina Sénane · il y a
Ah ! oui ! Quelle histoire ;-)
Apprécierez-vous "Entre les persiennes" pour le prix Saint-Valentin ?

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Miraje · il y a
Bon. Je sais tout mais je dirai rien ☺☺☺ !
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