Fourchette spéciale barbecue

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" Il est des sourires qui ne savent qu'avouer la tristesse du coeur " Jean-Raymond Boudou  [+]

Image de Hiver 2017

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J’aimerais vous faire part d’une petite anecdote qui, vous en conviendrez, n’est pas piquée des hannetons. Quand je dis « vous en conviendrez », je pense aux nombreux courriers enfiévrés que vous ne manquerez pas de me transmettre, chers lecteurs accros à ma prose et aux moules-frites du samedi soir quand le frigo est vide. Mais je cause, je cause, et je vois bien que l’impatience monte en vous comme dans un soldat qui monte la garde ou, si vous préférez, comme dans une gardienne qui attend les soldes.
Par conséquent, point et à la ligne.

Un dimanche d’été vers fin mai-début avril, aux alentours de midi, alors que les cloches dingdonguent une mélodie qui me vrille les tympans, je me suis dis : Tiens ! Si je faisais un barbecue ? Tout enjoué par cette alléchante perspective, je vais d’un bon pas en direction de la table à repasser où se trouve généralement mon épouse, afin de lui faire part de mes intentions. Elle n’est pas là. Inquiet, après avoir vérifié qu’elle n’est pas devant son évier ni derrière son aspirateur, je l’aperçois par la fenêtre profitant de cette belle journée ensoleillée, occupée à étendre le linge tout en berçant le dernier né avec son pied.
Dieu que la femme est multitâche.

Toujours enjoué par cette salivante perspective, je vais prestement en direction de la corde à linge que je lui ai offerte avec un panier de pinces à l’occasion de la fête des mères.
— Doudoune chérie, c’est l’été, c’est dimanche, il fait beau, si je faisais un barbecue, tiens ?
Doudoune répond :
— Si ça te fait plaisir Grosbeauf, moi je m’en fous, je ne mange pas d’animaux morts.
— Merci Doudoune chérie.

Fort de cet accord verbal, je vais de ce pas allumer le feu, sortir les saucisses et les côtelettes de porc de l’Intramarché du frigo, ainsi que ma belle fourchette avec un grand manche spécial barbecue offerte par monsieur Intramarché pour l’achat de quarante huit côtelettes et sept kilos de saucisses, à consommer avant la semaine prochaine.

Deux heures plus tard, alors que Doudoune mange sa demi-tomate au sel à cent mètres du barbecue, je laisse éclater un cri de victoire car j’ai réussi à allumer le feu.
— ALLUMEEEER LE FEU (cri de victoire).
Je profite de ces quelques flammèches pour poser sur la grille douze côtelettes et douze saucisses en me demandant si ce n’est pas trop sachant que, petit ‘a’, nous sommes quatre à table dont un nouveau-né dessous, et petit ‘b’, les enfants, attablés depuis deux heures, ont mangé les deux baguettes de pain et veulent sortir de table. Tout en accédant à cette demande fort légitime, je retourne les trois kilos de viande de porc avec ma fourchette à grand manche spécial barbecue. Doudoune, qui vient de terminer son yaourt bio, se décide enfin à dépendre le linge enfumé pour le remettre illico presto dans le lave linge.
Décidément, les femmes me surprendront toujours.

— EUREKA !
À quinze heures trente, c’est cuit. J’avoue que j’ai un petit creux que je n’ai pas réussi à combler avec les deux bouteilles de rosé bien frais que j’ai bu d’une main tout en tenant fermement ma fourchette de l’autre.

Et puis, brutalement, alors que même Télévision Française de première classe (TF1) ne l’a pas annoncé dans son bulletin météo de la veille, il se met à tomber des hallebardes sur mes côtelettes et mes saucisses, ainsi que sur le dernier né dont j’ai oublié le prénom. Bon père de famille, je pousse du pied le berceau qui se remplit d’eau comme une baignoire, à l’abri sous le barbecue tout en essayant de sauver deux ou trois morceaux de viande. Le petit, joueur pour son âge (entre trois mois et deux ans je pense), attrape la grille du barbecue et fait basculer la viande cuite à point, mais heureusement refroidie par la pluie torrentielle, dans sa couche. Par miracle, pas un morceau ne tombe à côté, à ma grande satisfaction.

Trempé de la tête aux pieds, je ramène le tout à Doudoune qui se met à pleurer une fois de plus sans raison particulière. Crevé, je m’écroule dans le fauteuil et allume la télé.

— Je te quitte !
— Je te quitte !!
— Oh ! Je te quitte Grosbeauf !!!

Je me réveille en sursaut dans le fauteuil où je m’étais assoupi à la mi-temps du match Marseille-PSG, et je vois ma Doudoune, debout entre ses valises et ses enfants, qui me répète pour la quatrième fois de peur que je n’aie pas entendu :
— JE....TE....QUITTE !

Je ne comprendrai décidément jamais rien aux femmes.

Heureusement, dans le partage, alors qu’elle négociait la garde de nos trois ou quatre morveux sans grandes difficultés, j’ai adroitement réussi à garder le barbecue ainsi que ma fourchette avec un grand manche spéciale barbecue.

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JOCKER Jock · il y a
un peu "saignant " quelque fois mais marrant.
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Demens · il y a
Merci beaucoup Jocker.
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Anne K.G · il y a
S'il a gardé la fourchette et le barbecue, c'est l'essentiel! 😝
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Demens · il y a
Exactement ! C'est un homme pragmatique...
Merci Anne.

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JLK · il y a
Ah oui! C'est du bon, du très.
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Demens · il y a
Merci JLK, vous êtes quelques-un.e.s à apprécier ce texte et ça me touche. Au plaisir.
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Djenna Buckwell · il y a
T'as vu ? 😁😂
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Djenna Buckwell · il y a
Je reste la fan number one de ce texte !
Djenna - ex TropYk

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Demens · il y a
Tu t'en souviens encore... Tu m'avais transmis une vidéo de ton fils, ça m'avait fait super plaisir.
A bientôt sur les ondes.

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Djenna Buckwell · il y a
Tu m'étonnes, que je m'en souviens ! Ce texte l'avait fait pleurer de rire et reste une référence, dans la famille ! On en parle encore de temps en temps !
😘

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