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En mal d'humanisme

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Firmin Kouadio

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En compétition

« Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux. » Un être au fond du trou pourrait ainsi se plaindre ; oubliant que le Ciel jamais ne tombera. J’aimerais vous conter l’histoire d’un bonhomme, du nom de Safairien, qui m’a rendu humain. Je n’aimais pas vraiment, je blâmais tout le monde, je ne regrettais rien, je ne pensais qu’à moi.

Ainsi un jour qu’allais-je sur le pré dans mon village, je vis un jeune enfant, damné par l’entourage. Couché dans la prairie, chantant un hymne divin, il avait sous ses yeux un gros livre de grammairien. Je m’approchai de lui, pour m’enquérir de lui, pour comprendre la raison pure de sa méditation. C’est alors que je sus, oh !, que cet enfant était un orphelin, rejeté par les siens. Il perdit père et mère pendant une guerre atroce ; sa tante le recueillit pour s’occuper de lui. Mais la vie chez sa tante – zut – ne faisant point sa joie, il souffrait dans sa chair, il souffrait dans son âme ! Un enfant de cet âge, pourquoi trop l’occuper ? A cet âge de sept ans, est-on déjà conscient ? L’enfant ne dormait pas, il travaillait le jour, il travaillait la nuit, il bossait tout le temps. Les enfants de son âge allaient tous à l’école. Ils avaient tous pour rêve de se réaliser. Safairien quant à lui, il ne pouvait rêver, il ne pouvait s’instruire, il souffrait dans son être. Un homme de l’entourage un jour s’enquit de lui ; imaginant sa peine, il voulut l’adopter. Mais la tante refusa, pis commettra un gueux pour décapiter cet homme, qui plaignait Safairien. La mort de cet altruiste fit la joie des commères ! Ils y trouvaient raisons pour haïr Safairien. Ils racontaient partout, que l’enfant est sorcier, qu’il a mangé son père, qu’il a croqué sa mère. La vie donc de l’enfant devint toute la mer à boire ! Sa tante le tourmentant, et les autres s’en moquant ! Il essuyait la haine, éprouvait du dépit, et n’ayant point d’onction, il quitta l’entourage. C’est ainsi qu’il alla – à l’insu de sa tantie, – un soir se réfugier loin là-bas dans la prairie. Cet enfant ne mangeait, il ne buvait non plus, il voulut en finir là pour réduire ses douleurs. Il était devenu efflanqué telle la brindille ! Il n’avait que sa tête, qui point ne maigrissait ! Au bout de quelques jours, au gré de la prairie, il reçut la visite d’un élève du village. Ce dernier s’y rendait pour bosser dans le calme ; il tenait dans son sac un bon livre de grammairien. Frappé de compassion, voyant sa condition, il lui prêta ce livre, puis lui donna des cours. Après cette rare visite, l’enfant eut du recul. Il se disait peut-être que Dieu veut l’en délivrer. Alors pris de courage, avec sa voix d’archange, il se mit à chanter, pour louer l’Eternel :
« Dieu aime ses enfants, il les délivre de leurs souffrances. Dieu aime ses enfants, il les délivre de leurs souffrances. Quand tu n’as plus d’espoir, abandonné et méprisé, crois et sois confiant, Dieu pourvoira à tous tes besoins. Quand tu n’as plus d’espoir, abandonné et méprisé, crois et sois confiant, Dieu pourvoira à tous tes besoins. »

C’est ainsi qu’y passant, je l’entendis chanter. Le chant qu’il fredonnait – oh ! – me fit tant réfléchir. Alors pris d’empathie, je m’approchai de lui, m’enquis de son vécu puis le recueillis chez moi... C’est une loi d’humanité que de plaindre les affligés. Parfois au fond du trou, on se dit : « c’est fini » ; qu’on est plein dans le noir, qu’on ne verra plus rien. Soyons humaniste : ça fait rien.

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Firmin Kouadio  Commentaire de l'auteur · il y a
Tous mes REMERCIEMENTS à vous pour vos mots, conseils et avis fort éclairés ; merci surtout d’être venu(e)s me lire, me soutenir et m’encourager.

Firmin Kouadio,

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Michou Katianis · il y a
J'ai lu cette réalité brutale à l'occasion de la Journée internationale des enfants, alors qu'il serait bon de demander pardon face à l'innocence de ceux qui grandissent dans la douleur et la pauvreté.
Le travail divin est beaucoup plus compliqué et nous serions tentés à première vue de demander pourquoi ils sont si touchés et sans défense? Une réponse simple serait trop enfantine, il ne reste plus qu'à espérer que Dieu ne quittera jamais ces anges innocents nés sur terre.

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Lise Frochel · il y a
Bravo pour cette nouvelle très forte, très rythmée, c'est magnifique!
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Fladelan Dupont · il y a
Je vote pour ce conte grave mais plein d'espoir. Bravo.
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La luciole · il y a
un joli conte, mon vote :)
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Envie d'ailleurs · il y a
Joli conte: mes votes!
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Denys de Jovilliers · il y a
Une réflexion intéressante. Bravo !
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Alessandro MINIMO · il y a
Bravo pour votre texte !
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Firmin Kouadio · il y a
Merci infiniment, Alessandro.
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Dranem · il y a
Une musicalité dans ce texte... une parole aussi pour nous conter cette sagesse humaine... continuez d'écrire !
Avec mon soutien pour ce prix des jeunes écritures avec cette francophonie qui nous relie les uns les autres !

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Firmin Kouadio · il y a
Merci infiniment Dranem ! Je suis heureux de vous relire. :)
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Safia Salam · il y a
Beaucoup de musicalité avec tous ces alexandrins, beaucoup de cruauté contre un seul enfant. Je ne partage pas votre conception de l'Éternel, mais la confiance à placer en lui, et je voudrais vous donner un conseil pour ce petit Safairien, apprenez-lui à ne pas rester une victime, à se tenir droit, à être fier de lui, à se défendre quand il est attaqué injustement et à avoir de la pitié pour tous les autres Safairien de la terre. Apprenez-lui à être doux avec les faibles et dur avec les méchants, l'inverse de ce que ces criminels ont fait avec lui.
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Firmin Kouadio · il y a
Merci infiniment, Safia ! J'aime bien les mots bien choisis pour me commenter, les conseils confiés pour Safairien, et tout le reste. C'est même un plaisir renouvelé de vous lire. Mais pour la conception de l'Éternel, je serais bien heureux de connaître la vôtre, pour avoir une clarté d'esprit sur celle que vous ne partagez pas. Bien à vous !