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Jackedit

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Les navettes rapides passèrent devant les deux lunes qui venaient de se lever, avant de déposer les invités tout près de la bulle de décontamination. Chacun pu ainsi échanger son scaphandre pour un ensemble plus seyant et surtout plus confortable.
Cet anniversaire de l’arrivée des hommes sur Cal Persio 12 ne laissait personne indifférent. Et même si, depuis bien des lunes avaient glissées derrières les montagnes désolées et sèches des alentours. On garde longtemps ses racines au cœur.
Les bâtimodules de la bases étaient regroupées sous la forme d'une marguerite et plus de 5 000 personnes travaillaient avec un seul objectif : préparer les conditions de vie pour les nouvelles migrations.
Après le petit mot d’introduction du Cal Maire drapé de blanc, qui avait pour la forme ceint une écharpe multicolore, fidèle reproduction d'un modèle utilisé sur terre pour symboliser sa fonction. Puis la lumière baissa pour laisser place à la projection en relief du spectacle de plusieurs levers de soleil terrestres. Même déjà vu, le lever de soleil dans la brume de ce qui restait de la forêt amazonienne non loin de Manaus déclenchait toujours des murmures d'admiration.
Puis la lumière revint et lévitant sur un chariot arriva le clou de la soirée, un voile brillant comme du métal et souple comme le vent recouvrait un objet d’environ deux mètres de long.
Le Cal Maire sûr de son effet se redressa plutôt fier :
" Chers Calpersiennes et Calpersiens,
j’ai le plaisir de vous présenter une pièce de bois, une véritable bûche en bois de chêne apportée par la navette annuelle ".
L'information, véritable super nova de poche, déclencha un long frémissement de surprise dans l’assemblée. L'essentiel étant dit, le reste du discours se perdit comme avalé par le vide sidéral du désintérêt.
Des enfants s’approchèrent pour poser la main sur le relief brun et torturé de ce souvenir d’arbre vieux de 500 ans.
On glissa la bûche dans un grand cocon de matériau composite. Et le Cal Maire, les sourcils concentrés, déclencha la mise à feu du tapis de copeaux sur laquelle elle reposait. Il s’était servi d’une de ces longues allumettes comme on pouvait en voir dans l’histomusées des arts premiers.
Les flammes enveloppèrent bientôt la bûche et les premiers crépitements inhabituels étonnèrent tous les invités y compris ceux qui assistaient à l’événement en multivision.
Le "vrai" feu " ne faisait plus partie du quotidien depuis longtemps, la planète était plutôt avare en matériaux combustibles. Seules les mines ouvertes ça et là promettaient un avenir souriant mais plutôt du genre minéral.
C’était la première bûche qui parvenait jusqu’ici depuis l'origine et si certain avait déjà assistés à des flambées...c’était jamais avec du véritable bois mais de l’aglocompost !
Il fallut plusieurs heures pour qu'elle se consume, durant ce temps, on parla peu tout absorbé par le spectacle unique. Les boissons fortes circulèrent et les spectateurs bien calés dans les sièges en suspension restèrent fort tard.
Bientôt il fallut réveiller les enfants dont les yeux rougis trahissaient une contemplation trop proche du foyer. Avant de partir les invités encore présents reçurent un morceau de bois de quelques centimètres, prélevé avant la flambée. Il était daté et protégé d'un voile de composite de couleur verte.
Certains le portèrent immédiatement à leurs narines ayant entendu dire que cela sentait « bizarre ».
Quelques-uns touchèrent les cendres et spontanément tracèrent sur leur peau des lignes grisâtres en signe de liens avec les premiers hommes.

Et c’est aux noms de ces premiers terriens, que sur les bases lointaines, les pièces de bois servent exclusivement à célébrer ce partage du premier feu au souvenir des derniers arbres

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