Blanc sera le linceul

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Une ferme isolée dans les Monts du Forez. Le soleil peine à se lever derrière la colline, dégoûté à l’avance de la journée qu’il va falloir se fader dans cet environnement hostile.

— Ah ! Tu vas pas commencer à m’emmerder dès matin.
— Je te demande pas grand-chose. Un peu de bois pour la cheminée.
— Quand j’aurai bu mon café.
— Toujours d’aussi bonne humeur. Les jours se suivent et se ressemblent.

C’est vrai qu’il est d’une humeur massacrante depuis quelques jours. La tempête de neige annoncée peut-être ? Ça rend tellement plus difficile la vie dans ces contrées. Les vieux ici font avec. L’habitude, mais lui ne s’y fait pas. Dans ces moments il regrette vraiment la ville. On peut pas tout avoir, la sécurité et les cocotiers. Ici il est peinard pour un bout de temps.

Ça reste à voir. Une silhouette remonte le chemin caillouteux. Alarme. Pour venir ici, d’abord faut connaître, ensuite faut avoir une raison impérieuse.
Il rentre précipitamment, s’empare des jumelles et du M 40. Collimation. Ce qu’il pressentait se confirme. L’éclaireur qui ne prend même pas de précaution n’est que l’avant-garde. Bientôt ça va canarder tous azimuts.

Lui s’en fout, il en a vu d’autres. Mais Marie, il n’acceptera jamais qu’ils touchent à un de ses cheveux. Ça va pas fort entre eux ces temps-ci, mais la promiscuité est tellement pesante dans ce désert qu’elle éroderait l’amour des amants de Vérone. Ça n’empêche qu’il préférerait lui faire sauter le caisson, plutôt que de la laisser aux mains de ces sauvages.

— Marie ! Prépare les sacs, l’indispensable, tu sais quoi. On remet ça.

Faut pas lui faire un dessin à Marie, la fuite elle connaît. Depuis qu’elle s’est donnée corps et âme à Pascual, ils n’ont fait que ça. De planque en planque, jusqu’à ce coin perdu où elle pensait pouvoir souffler.

— On serait pas plus à l’abri dans la maison ?
— Tu comptes tenir tête à cinq ou six types surarmés avec une pétoire et un paquet de grenades ?

Marie s’écrase, Pascual a raison. Il connaît la musique. Sa vie d’avant l’a rodé à ce genre de situation. Toujours sur la brèche, toujours prêt à partir.

Lestés de leurs sacs façon survie, plus le matériel de défense, Marie et Pascual contournent le corps de ferme et entament la montée dans la bruyère jusqu’au surplomb d’où ils pourront contrôler la progression des autres.

Pascual a vu juste. Le soleil rasant allonge les ombres du groupe qui progresse d’arbre en arbre vers la cour où les poules qui ne sont pas concernées picorent les grains égarés.
Quand les hommes envoyés en éclaireurs ressortent de la maison, elles ne doivent leur salut que dans la fuite. Énervés, ils auraient volontiers fait un carnage. Ils ont trouvé la maison vide et se préparent à un coup fourré, quand ils pensaient prendre les oiseaux au nid.

Tout fracassé dans la baraque, en rage de ne pouvoir mettre la main sur le pactole.
Tournent, tournent en rond dans la cour. Aucun ne s’inquiète d’être pris pour cible. Pas de jour, pas groupés. Il faudra assurer les arrières quand la nuit sera tombée. Lui connaît le terrain, pas eux.

Jumelles infra-rouges braquées sur la cour, Pascual les surveille en préparant dans sa tête une stratégie offensive. Il ne faudrait pas qu’un seul en réchappe. Le gang éliminé jusqu’au dernier, c’est l’assurance d’un abandon de la traque. Depuis le braquage et la fuite du chauffeur avec le magot et la maîtresse du chef, tout leur temps à été dédié à les retrouver. Avec succès d’ailleurs puisqu’ils sont là. Mais rien n’est joué et avec Pascual, ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Pascual est un de ces militants free-lance qui s’infiltrent dans le milieu du grand banditisme et profitent des braquages auxquels ils participent, pour « partir avec la caisse » qui viendra alimenter les besoins de la lutte.
Marie c’était pas prévu, mais comment résister au regard implorant de cette splendide créature qui depuis des années souffrait sous la férule d’un être abject. C’est la première fois que Pascual laisse parler son cœur et pour l’heure il se dit que ce n’était peut-être pas une bonne idée. Marie risque d’être un fardeau dans cette lutte inégale.
Inutile d’attendre un renfort, c’est inclus dans le contrat. Il n’a qu’un contact dans l’organisation à qui il remettra le butin, s’il s’en sort. Sinon la balise GPS permettra de le localiser.

La nuit est maintenant bien établie au pied de la colline, seuls quelques aboiements et mugissements troublent le silence. Les troupeaux nombreux dans la région restent en pâture la nuit. Les hommes du gang ont pris position aux quatre coins de la cour et le chef au milieu pour coordonner. Pas question de rester dans la maison au risque de finir grillés ou explosés.

Mauvaise pioche. Comme on dit « au mauvais endroit, au mauvais moment ». Un tonnerre de sabots remonte le chemin et déferle dans la cour. Une horde de bovins affolés renverse, piétine tout sur son passage, aiguillonnés par Pascual et Marie à force de cris et de tambourinements sur les tôles récupérées dans le champ du voisin à qui appartient le troupeau. En voilà un qui va apprécier.

Ça défouraille à tout-va, quelques bovins galipettent, mais que faire contre cette avalanche de poitrails et de sabots. La tornade passée, plus un membre du gang n’est de ce monde.

*****

Au petit jour Pascual remonte du puits le colis de lingots, fruit du braquage. Demain il reprendra la route pour rejoindre ses compagnons de lutte.

Marie ne sera pas du voyage, une balle perdue a étoilé son front pendant la chevauchée infernale.

Les premiers flocons virevoltent quand Pascual démarre la Range. L’hiver et quelques dizaines de centimètres effaceront pour un temps les corps et le décor.
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Rtt · il y a
Oui c'est très chouette mais pôôôôve petite Marie!
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Albane Charieau · il y a
quelle ambiance! Pauvre Marie.
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Gerard de Savoie · il y a
texte attrayant, bon moment de lecture.
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Jeanne en B · il y a
défourailler ? Ça me plaît bien.
Est-ce Pascual l'auteur de la balle perdue ?

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Long John Loodmer · il y a
Tu es encore plus dure que moi 🤣
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Jeanne en B · il y a
En tout cas il n'a plus à se demander si c'était une bonne idée de laisser parler son cœur :-)
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SakimaRomane · il y a
Un "mini" film d'aventure rondement mené :)
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Fred Panassac · il y a
Bien mené, impitoyable ! J’ai adoré le coup du troupeau, bien que je sois triste que tu aies sacrifié Marie.
Un nouvel opus à saluer !
Je le vois bien lutter contre les pesticides, ton Pascual. Une cause environnementale. Ou pour les océans à sauver du plastique envahissant.

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Long John Loodmer · il y a
J'ai sacrifié qq bovins aussi 😃
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M. Iraje · il y a
Du grand spectacle. Un film d'action !
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Long John Loodmer · il y a
Ciné Loodmer 😃
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Joan · il y a
Plus fort que du Sergio Leone ! Le final avec les bovins, fallait y penser. 😂
(J'espère que tu vas bien.)

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Zutalor! · il y a
Salut Joan ! Oui, c'est vrai... Et même que, à la fin de la lecture de son film, je veux dire "son texte", j'ai eu une bizarre impression, comme si je me levais de mon siège de la salle de cinoche de mon quartier...
:o)

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Long John Loodmer · il y a
Sans les bovins ça serait moins drôle. Je ne sais pas si c'est réalisable, mais en fiction, ça marche.
Ça va, merci. J'ai repris la boule et le vélo, ce qui m'a redonné la pêche. J'espère qu'il en est de même pour toi.

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Francky GOES · il y a
Toujours aussi original et plaisant : j'aime le style franc-parler
Et l'aventure commence une fois franchi le palier avec vous Sir ;-)
Bien à vous - Franck

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Long John Loodmer · il y a
Plutôt, une fois assis dans le fauteuil, ce qui nous est tj interdit

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