Battre la mesure

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Tu n’étais qu’un petit bébé lové dans le sein de ta mère et déjà tu t’agitais en entendant le son de ma voix. Je m’approchais d’elle et admirais son ventre rond qui se déformait au rythme de tes mouvements tandis que la mélodie de ma guitare sèche enveloppait l’air de sa douceur.
La musique est dans ma vie depuis le commencement de mon existence sans doute grâce à ma mère qui, dans mon sommeil, me fredonnait la berceuse de la poupée bleue. Je crois que je l’entends encore.
Tu es né et a grandi dans un environnement où les instruments étaient complices de nos chants parfois improvisés et de nos fous rires qui en découlaient. Je n’ai jamais cessé de jouer pour toi mon enfant, tes frères et sœurs et tous les autres qui sont si chers à mon cœur. Et la vie a passé.
Malgré cette terrible maladie qui rongeait tous mes souvenirs, quelque chose de bien plus fort et de bien plus ancré qu’un simple souvenir demeurait intacte : le rythme.
Quand tu me voyais faiblir et m’endormir sur un coin de table, tandis que la musique diffusait ses notes diaphanes, moi, discrètement, je battais la mesure de mes orteils, de mon pied et parfois même de mon index recroquevillé qui glissait inlassablement sous cette table qui me servait d’appui.
Lorsque je vous laissais, vous mes beaux enfants et toi, ma tendre épouse pour reposer mon corps et ma tête qui fonctionnaient de travers, ces derniers qui oubliaient tout, ne pouvaient pas oublier la musique, vos voix, vos chants, le piano, les flûtes et les cuivres que vos enfants, à leur tour, faisaient raisonner dans la maison de famille.
Maintenant que je suis entré dans l’éternité où les anges chantent en chœur les plus beaux chants que nul n’a jamais entendus, je vous vois et vous accompagne encore. A ma façon, je bats la mesure.
Quand tu pries, quand tu pleures au fond de ton lit, seule, de m’avoir perdu, quand tu écoutes cette chanson qui te plait alors que tu conduis, quand tu célèbres une messe que par le passé j’embellissais par ma voix, quand tu danses ou esquisses des pas au rythme d’une musique qui te fait vibrer, souris et souviens-toi, que je me tiens là, à tes côtés, et qu’à ma façon, dans le silence de mon absence, nos cœurs battent à l’unisson. Parce que la musique n’a ni barrière ni frontière.
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