Adieu Paul !

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C’était en novembre. Il faisait froid, sous les normales saisonnières, indiquait la météo. Le vent prenait les feuilles mortes dans ses tourbillons. Le ciel était d’un bleu intact. Vraiment pas un temps à être mis en bière, me disais-je !

J’allais assister aux obsèques de Paul Caron, un de mes collaborateurs. Paul était un gars du Nord, un type bien, entier, pas tordu, sans concessions ni faux-semblants. Un grand gars, aux épaules larges, un peu voûté, et que tout le monde appréciait, même ceux avec qui il avait croisé le fer. Il disait ce qu’il avait à dire, en étant parfois abrupt, mais toujours respectueux. Il avait perdu son combat contre le crabe, un vilain cancer du pancréas, un de ceux qui vous emporte un gars honnête en moins de quarante jours. Quand j’étais allé le voir à l’hôpital, il m’avait dit : « Moi, je me fous de ce qu’il y a là-haut. Ce que je veux, c’est qu’en bas, je laisse une trace ». Et c’est pour ça que j’étais là, pour montrer à sa femme, à ses gosses, que nous, on l’aimait bien Paul, et qu’on se souviendrait de lui.

J’étais arrivé à l’église avec une bonne demi-heure de retard et j’avais pris un des rares sièges encore disponibles au dernier rang. Je n’en revenais pas de voir autant de personnes assister à ces funérailles. Il devait y avoir tout le département du Nord ! Puis le prêtre évoqua la personnalité du défunt, un homme engagé, un homme qui avait impacté tous ceux qui l’avaient croisé à un moment ou un autre. Puis ses enfants, deux fils et une fille, s’étaient exprimés. Ils avaient évoqué avec des mots simples celui qui les avait aimés, réconfortés, guidés. Chaque trait décrit me renvoyait à l’image que j’avais de Paul. Les souvenirs de ces huit dernières années passées à ses côtés émergèrent. Les occasions manquées aussi. Tout à coup, comme un jeune adolescent, je me sentis submergé par l’émotion. Un vieux Kleenex, trouvé au fond de ma poche, fit l'affaire.

Sans vraiment la connaître, je me sentais proche de cette famille. Paul, en cet instant, nous unissait. Encore sous le coup de l’émotion, je me souviens d’avoir exceptionnellement donné cinquante euros lors de la quête. Et une fois que les volutes blanches, échappées de l’encensoir, se furent dissipées, je ne me sentis pas la force d’aller bénir le corps, ni affronter la détresse de la famille. Je décidai donc de m’éclipser discrètement. Apercevant près de l’entrée, un des « croque-morts » du service funéraire, je lui demandai où étaient les registres pour M. Caron. « Monsieur Caron, me dit-il, mais c’était à Saint-Jean, en face de la mairie. Ici, c’est la cérémonie pour M. Louis Feuillet ».

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