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A l'aube d'un ciel rougeâtre

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David Papotto

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Quand je déshabille une fille, j'aime imaginer la manière dont elle s'est habillée avant de sortir. Revenir à l'aube d'un ciel rougeâtre.
Quittant la douche, la peau qui sent encore l'abricot où je ne sais quel fruit exotique, une serviette enroulée au dessus de la tête, nue. Le choix méticuleux des dessous. L'essai d'un premier soutien-gorge devant la glace : elle soupèse ses sein, se met de profil, gonfle la poitrine, fait la moue et décide d'en essayer un autre. Tiens, ce rouge à dentelle est un de mes préférés, en plus la culotte qui va avec est propre ; c'est toujours mieux quand ce n'est pas dépareillés. Surtout qu'elle se dit, sans trop se l'avouer, qu'un homme risque de les avoir sous les yeux cette nuit, sait-on jamais. Elle se regarde avec ses dessous rouges, cambre le dos, mate ses fesses d'un air satisfait. Et quelle jupe allons-nous mettre par dessus ça ? Elle fouille dans sa garde-robe, veut enfiler ce qu'elle a de plus joli. Ça doit être court puisqu'il fait chaud dehors, mais sans que ce soit osé, elle n'est pas comme ça. Tiens, celle là est bien pour l'occasion. Et c'est quoi l'occasion ? On va juste prendre un verre avec les copines, pourquoi je prends autant soin de mon image ? Mais c'est parce qu'elle aime être désirable. C'est dans la nature de l'être humain et plus particulièrement des femmes, c'est tout. Elle met ce petit haut noir, il ira bien avec les chaussures de la même couleur, celles avec les flots crèmes sur les pointes. Mais elle n'y est pas encore, il faut s'occuper des cheveux ; le passage le plus fastidieux de la préparation. Suffit pas de les sécher, il y a du travail derrière je vous le dis. Ça dure bien une demi heure, et c'est le moment de se maquiller maintenant. Un peu de noir sous les yeux et un léger coup de rouge sur les lèvres, ça suffira. Elle a une belle peau et des cils naturellement long, pas besoin de plus. Et puis faut pas faire vulgaire ; trop de maquillage ça attire que les gros cons, elle le sait, elle l'a vécu quand elle était adolescente, quand elle ne savait pas ce que c'était « la juste mesure ». D'ailleurs maintenant qu'elle s'est mis un peu de parfum dans le cou, elle sait qu'il faut en rester là ; celui-ci sent fort et deux doses c'est déjà de trop. Ça aussi il lui a fallut quelques maladresses pour s'en rendre compte. Un dernier regard dans le miroir avant de partir « boire un coup avec ses copines ». Elle se met de dos et tord son cou pour voir comment rend son cul. C'est pas mal du tout, les gars regarderont sans même le vouloir. Mais bien sûr je le met en valeur pour moi, pour me sentir bien dans ma peau, c'est tout, ça ne va pas plus loin.
Et maintenant elle est dans mon lit, entre mes bras. Sa jupe est froissée par terre quelque part, le petit haut noir est tout autant porté disparu. Sa dentelle rouge, je la dégrafe maladroitement, en tirant dessus à deux mains et en m'y remettant à plusieurs fois. Sa culotte, je vais trop vite et je manipule ses jambes comme des bâtons de ski ; j'entends le tissu craquer au niveau des genoux. Les corps se frottent et secrètent des substances naturelles qui passent au delà des parfums et des savons d'abricot. Nos transpirations se mêlent, les odeurs de nos sexes sont puissantes. Ses beaux et longs cheveux se tordent dans tous les sens, émollients ; un champs de bataille où les troupes de boucles déforment les bataillons. Son rouge est autant lavé de ses lèvres qu'il se trouve dans mon cou et sur mon torse. Le noir laisse des traces à la commissure de ses yeux humides. Et pendant que je prends cette femme je pense à la prise de la Bastille, à toutes ses pierres qui s'écroulent et ne laisse plus qu'un gigantesque tas de cailloux bigarrés sur la place. Femme bariolée, que j'aime ce saccage ! Te voilà naturelle ; sale et belle comme une goûte de sang.

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour David ! Vous avez soutenu mon sonnet Mumba et je vous en remercie. Il est désormais en finale. Le soutiendrez-vous de nouveau ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous !
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Jean Calbrix · il y a
Très humoristique ! Quelle joie de détruire en si peu de temps ce qui a demandé une éternité à être élaboré. Les hommes sont des gougeas, enfin pas tous, quelques uns ! Bravo, David, pour ce texte agréable à lire ! Vous avez mes cinq votes.
Je vous invite à lire un sonnet en compète printemps sur le triste sort d'un migrant : http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba

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Elena Hristova · il y a
Pas mal la comparaison avec la prise de la Bastille, ainsi cette love affaire prend l'ampleur de l'Histoire avec grand H
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