600 secondes

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Finaliste
Jury

Hey ! Jeune collégienne qui adore écrire et lire, aime autant les nouvelles que les romans, que se soit des grands classiques, de l'horreur ou de la science-fiction, la neige mais aussi le soleil  [+]

Image de 2020
Image de 11-14 ans
Tassés les uns contre les autres dans le grenier, nous avons le plus grand mal à ne pas paniquer. Moi qui ai tendance aux crises d’asthme, la poussière qui semble saturer l’air de la petite pièce ne m’aide pas à me calmer. Sous nos pieds, on L’entend déambuler dans la chambre. D’une petite voix, Il égraine les secondes.
« - 542... 541... 540... 539... »

Cette voix, qui nous a piégée. Bien trop douce, bien trop tendre, comment aurions-nous pu deviner se qui se cachait derrière. Tout avait commencé avec Sa maudite annonce dans le journal. C’était censé être un jeu. Tout le monde y avait cru. Une partie d’escape game dans un décor plus vrai que nature. De quoi faire rêver l’ensemble des élèves du collège. Il y avait cinq places. Pour les gagner, c’était simple. On postulait par groupe. Il suffisait d’envoyer une photo de nous. Pour le plus grand des malheurs, c’est le mien qui avait été retenu. Nous étions fous de joie. Qui ne l’aurait pas été, à notre place.

« - 509... 508... 507... 506... »

Nous nous étions donné rendez-vous à la nuit tombée pour rejoindre le manoir. Une vieille bâtisse cachée dans la forêt, derrière le village, l’endroit rêvé. Nos parents avaient appelé le numéro de l’annonce et leur interlocuteur s’était présenté comme le nouveau propriétaire de la demeure. Il leur avait dit vouloir faire profiter les jeunes des environs de cette maison à l’atmosphère si particulière.

Je sais maintenant que c’est Sa voix qui les avait embobinés.
Nous nous y étions présentés vers 21h. Personne ne nous avait accueillis. Nous avions patienté pendant quelques instants sur le perron puis nous avions entendus un bruit qui provenait de la serrure, signe qu’elle se déverrouillait. La porte s’était entrebâillée dans un grincement sinistre. Et, sans conscience de notre bêtise, nous avions pénétré à l’intérieur. Nous étions arrivés dans un hall si sombre que je ne pouvais pas distinguer le plafond. La seule source de lumière était la petite flamme tremblotante d’un bougeoir déposé sur une chaise recouverte d’un tissu en lambeaux. Je m’était penchée pour la ramasser et, en la montant au dessus de nos tête, j’avais pu révéler un escalier à moitié effondré qui semblait être le seul moyen de quitter cette pièce. Nous avions commencé à monter.

Un sanglot étouffé me fait revenir à l’instant présent. Jérémie est sur le point de fondre en larmes. Je lui donne un petit coup de coude et je le force à me regarder. Il sait que j’ai aussi peur que lui. Mais surtout, il sait qu’Il ne laissera pas passer des pleurs, Sa voix est là pour nous le rappeler.
« - 432... 431... 430... 429... »

Nous étions montés lentement. Riant à chaque fois que l’un de nous se déchirait les cordes vocales à la vue d’une souris ou d’une araignée. A cet instant-là, nous trouvions tous que cette soirée promettait d’être inoubliable. Ça fut la seule chose sensée qui nous soit passée par la tête.

Sa voix se fait un plus forte, Il sait où nous sommes. Il l’a toujours su. J’ai peur, on a tous peur. Mon cœur bat si fort, comment ne pourrait-t-Il pas l’entendre.
« - 389... 388... 387... 386... »

Très vite, nous avions cessés de rire. Mais pas encore, pas tout de suite.
Au premier étage, une porte s’était ouverte, de la même manière que la première, dans un grincement qui m’avait fait frissonner. Elle avait révélé une cuisine qui semblait avoir servi à tout, sauf à son usage premier. Éclairée par deux petites fenêtre dont les stores cassés laissaient passer un peu de lumière, elle avait été transformée en un espace de vie comprenant à la fois une chambre, une salle à manger, une... - si le baquet rempli d’immondices servait à se laver-... salle de bain et de quoi se chauffer et, peut être, faire cuire des aliments. En gros, on avait pu voir un vieux lit à baldaquin sans baldaquin, une sorte de feu de camp dressé au milieu de la pièce, le fameux baquet et une vielle table à laquelle il manquait un pied. Des morceaux de viande (artificielle mais drôlement bien imitée, du moins c’est ce que nous avions pensé) pendaient à de grands crochets pris dans le plafond.

Il continue à égrainer les secondes.
« - 242... 241... 240... 239... »
4 minutes, c’est 240 secondes. La traque a commencé.

Comme je vous l’avais dit, c’était le meilleur décor d’escape game qu’on aurait pu imaginer. Aussi, quand la porte s’était refermée en claquant derrière nous, nous ne nous étions posé aucune question et avions commencé à chercher.
Rapidement, nous avions mis la main sur un papier jauni. C’était bien simple, il se trouvait pile au centre de la table.
Il disait :
« Bienvenu, chère et cher. Si vous êtes ici, c’est parce que vous souhaitiez vivre la peur de votre vie. Alors, vous y voilà. Vous avez six minutes pour vous cacher. Six petites minutes pour trouver la meilleure des cachettes. Puis, j’en aurai quatre pour vous débusquer. Dans exactement 600 secondes, la partie prendra fin. J’espère qu’il y en aura encore un où deux en vie pour finir de me
divertir ».
Dès l’instant où j’eus fini de le lire, une voix, Sa voix, s’éleva du bas de l’escalier et camouflé dans les ombres commença le décompte. Glacés d’effroi, nous avions décidé de ne pas nous séparer et nous nous étions précipités dans le grenier en nous tassant contre le mur le plus éloigné de la trappe, son seul accès. Grossière erreur. Si nous étions chacun partis d’un côté, peut-être que l’un de nous aurait pu s’en sortir.

« - 183... 182... 181... 180... »

Il avait joué avec nous. Avec nos peurs. Prenant plaisir à faire grincer le parquet, tinter les couverts, les chaînes. Et surtout continuant, sans reprendre son souffle, son funeste décompte. Nous nous savions incapables de quoi que se soit. Ces minutes pour trouver une cachette n’étaient là que pour la chasse, Sa chasse. Et nous en étions la proie. Tout cela n’avait qu’un seul but, L’amuser. Je l’avais compris devant Ses ricanement incessants, et le petit rire qu’Il lâchait à chaque fois qu’Il ouvrait une armoire. J’en était pourtant certaine, Il savait.

« - 110... 109... 108... 107... »
Impossible, les secondes ne peuvent pas passer si vite. Il triche. Et pourtant, je sais qu’Il ne le fait pas. Il le peut, mais Il préfère nous faire crever de trouille.
D’autres étouffent un sanglot. Nous attendons que son petit jeu prenne fin. Si, au début, j’ai espéré que des secours arrivent, que quelqu’un ait, par le plus heureux des hasards, juste envie de jeter un coup d’œil à ce qu’il se passe. Mais pour quelle raison ? Nos parents ne risquent pas de s’inquiéter. Ils pensent sans aucun doute que nous sommes en train de nous éclater dans un escape gamme absolument fabuleux.

« - 65... 64... 63... 62... »

Si j’en avais le courage, je sortirais pour mettre un terme à ce jeux idiot. Mais du courage, c’est bien ce qui me manque. Et Il continue.

« - 43... 42... 41... 39...  »

Je l’imagine sans peine, remontant l’échelle, s’esclaffant de Sa voix si douce. Si trompeuse. Je le vois si nettement, peut-être est-Il déjà là. Mais je suis sûre que non. Il respecte les règles. Quoi qu’il arrive, il respectera les règles.

« - 17... 16... 15... 14...... »

Ses pas sont de plus en plus sonores. À la seconde près, il vas ouvrir cette trappe. À la seconde près.

« - 8... 7... 6... 5... »

Sa voix monte encore un peu plus haut dans les aigus.

« - 4... 3... 2... 1... La partie est terminée, chère et cher, et je vous ai trouvé ! »
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