5 bis rue de Verneuil

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On s’est traîné un bon moment aux quatre coins de la rue de Solférino. D’abord, on a pris rue de Lille puis on a atterri boulevard Saint-Germain. On s’est rendu compte de la bourre. On en pouvait plus. Déjà que remonter les Tuileries, ça avait pas été du luxe... Nous revoilà parti en sens inverse, à trifouiller le plan par tous les angles. On remonte Lille à toute vitesse, on tombe rue de Bellechasse. Merde. C’est l’autre. La vadrouille reprend. On longe le musée d’Orsay. Rue de Poitiers. On s’engouffre. La voilà enfin, notre rue de Verneuil ! On jette d’abord un coup d’œil furtif. Rien. Que des commerçants. Barbara, elle commence à gueuler sérieusement. ‘’ J’ai envie de pisser ‘’ qu’elle me fait, inlassable. Je lui dit de patienter, qu’on va bien finir par y arriver, péquenots que nous sommes. On remonte tranquillement la rue. Quelques logements bien coquets, la rue de Beaune, des petits magasins, un bar-tabac à l’angle de la rue Allent, ça chatoie, on s’approche, j’y crois. Nous y voilà. Ça pète de partout ! C’est une farandole de couleurs et de visages incertains ! Quelques badauds s’arrêtent et jettent des coups d’œil intrigués. J’y suis, nom de Dieu. Je m’approche, je pose mes mains contre la grille tachée de peinture rouge séchée. Barbara, elle reste en face, maussade. Elle s’en remet décidément pas des caprices de la sainte vessie. Je jette un coup d’œil. Tout est clôt. C’est d’un calme affreusement triste. Certain que si je la secoue, cette foutue grille, que je gueule un peu, certain alors que Serge va rappliquer et m’inviter dans son salon noir, encombré de disques d’or et de portraits de BB grandeur nature. Évidemment, il gueulerait un peu puis il me servirait un verre. Il se mettrait au piano. Il jouerait quelque chose. Ou peut-être pas. Tout serait comme avant. Mais rien. Le silence. Juste le silence et les volets fermés. Le fantasme de voir apparaître l’idole morte depuis presque trois décennies. Je reste contre la grille. J’observe. Puis une impulsion. Je traverse la rue, tend mon portable à Barbara. Je veux qu’elle me prenne. Qu’elle immortalise l’instant. Je me fixe devant la grille, sourire niais. Clic. Une photo. Clic. Deux photos. Je me retourne, je sors de ma poche un briquet autour duquel j’ai enroulé un mot. Pour Serge. Clic. Je glisse le briquet dans la fente de la grille jadis destinée au courrier. Il tombe avec un bruit disgracieux. Ploc ! Il est là. Pour quelques jours. Pour toujours. Je rejoins Barbara, récupère l’appareil, prend encore quelques photos. Puis je reste planté encore. Pas moyen de bouger. Il faut bien pourtant qu’on s’en aille. C’est bon pour moi. Tandis que mes pas m’éloignent de l’antre du poète, Je parviens juste à murmurer : ‘’ Merci Serge... ‘’.
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