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La colère de l'amputé

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Il est guéri, voyez!
Il marche, il parle, il rit,
Preste et leste dans son habit,
Elégant comme avant.
Seule sa manche dans sa poche le trahit.

Nul ne sait
Que tandis qu'il babille,
La douleur sourd sournoisement,
Le rocher de Sisyphe au-dessus d'une aiguille
Suspend son âme qui vacille
Au-dessus du néant.

Nul ne sait
Que des milliers d'aiguilles et des milliers de rocs
Et des ondes de choc
Défilent sourdement
Dans tout son membre absent.

Serrant son poing unique, il dit "Je le tuerai".
Et quelque chose monte
Que ne peut arrêter
L'amputé.
Quelque chose comme une honte
Houleuse, car il est
L'amputé, l'éventré; emputée, putifiée,
Putanisée, tétanisée,
Titanisée; écartelée, écervelée,
Déflorée, démythifiée, éviscérée...

Son œil est dans son ventre,
Cyclope et Prométhée,
C'est le méat du révolver
Sur le nombril de l'univers
Qu'il éventre.
_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

...Et des salves de sperme incandescent
Et de boyaux ardents
Jailliront du fond poli et noir
En un puissant bouquet
D'astres apocalyptiques
Quand de sa main unique
Lançant son cœur qui gronde,
Il étreindra le monde,
L'amputé.
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