XVI - La caisse

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La chienne. La salope. L’infecte pesanteur. Voilà ce à quoi il pensait en observant le cercueil de l’oiseau qu’on enfournait dans le véhicule. Il y avait eu la cérémonie religieuse d’abord. Ils n’étaient franchement pas nombreux. Un petit groupe de jeunes, deux ou trois vieux et, atrocement raides, les géniteurs. Ils se tenaient là, rouges comme des tomates mais dignes comme pas permis. Ils constataient le désastre, l’irréparable néant et le tragique de la connerie acharnée. A l’intérieur de l’église, on avait prononcé quelques mots. Il était planté sur un banc, à l’écart de tous. Il avait observé les fioritures, les simulacres, les blablas sacrés de vieux types bénis. Ordinairement, il faisait horriblement froid dans cette église. Peu importe le temps. Mais cette fois, on avait mis les chauffages en route, histoire de foutre un peu de confort dans cette crasse sas nom. Ils faisaient un bruit atroce les engins. Un ‘’ frrrrrrrr ‘’ permanent qui enfonçait l’assistance dans une gravité indescriptible. L’orgue joua un peu. Pas des masses. Ça faisait fort longtemps qu’il n’avait pas entendu le son d’un orgue. C’était un mélange de miteux, de poussiéreux et de beauté infinie. Cela lui rappela le tourne-disque de son père, une ruine à l’époque pour leurs moyens plus bas que chèque, et un trente-trois tours vert, usé au possible. L’orgue. La voix du grand Jacques. Le père qui cogne et qui exige le silence de la marmaille infernale. '' La lumière jaillira ''. Voilà à quoi il pensait pendait la cérémonie. Il savait fort bien qu’il n’y avait avait plus grand-chose entre les quatre planches. Les bons messieurs à la morgue avaient été prévenants. On avait pris d’infinis précautions pour lui présenter les reliques du jeune corps broyé. Il avait reconnu. Tout de suite. Formellement. Pas de doute possible. Et maintenant, tous, ils étaient là. Le cureton s’agitait, chantonnait des psaumes, prenait des grands airs dans l’ardeur infinie de sa mission divine. Au nom du père. Frrrrrrr. Au nom du fils. Frrrrrr. Du Saint-Esprit. Frrrrrr. Ainsi soit-il. Frrrrrr. Emballé, c’est pesé. Il avait béni la bière en demandant au Bon Dieu de se tenir tranquille dans sa niche. Fallait pas qu’il la ramène le bougre. Pas maintenant. C’était assez de vacheries comme ça. Il méritait le piquet pour l’éternité. Repose en paix mon amour.

L’assistance s’était embarquée ensuite vers un crématorium à une quarantaine de kilomètres. On avait partagé les bagnoles. C’était fou la générosité dans ces moments-là. On claquait et après, les gens s’aimaient sur votre compte. De sa voiture, il apercevait le corbillard, fringant, et dedans, les légers cahots de la caisse en chêne et des fleurs. Quand ils arrivèrent, on les guida jusqu’à une petite salle. Pas de musique. Encore de la parlote pendant une bonne demi-heure. Des bons mots pour la chair morte. Puis la caisse s’engouffra vers le brasier et tout fut fini. L’assistance bavarda encore un moment, sans conviction, puis chacun rentra chez lui et ce fut tout.

Dehors, le soleil brillait. La désolation en faisait dans son froc.
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