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Vision de Schrodinger et de MadApp jouant à cache cache

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Romain Angellier

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“Nous y sommes, regardes de tout ton champ visuel sans focaliser sur rien, vois-tu ?”

“Je perçois des fluctuations, des variations de la vue. Ma vision, face à la lumière, pulse, peut être au rythme des battements de mon cœur.”

Le guide et son élève sont là, assis côte à côte, en pleine aube matinale, il fait froid et humide mais leurs corps ne sont revêtus que d’une légère étoffe, qui ondule doucement sous la bise que des passants flous fuient, la tête rentré en eux même, le regard bas, accélérant le pas qui me mène à rien, ou peut être bien à tout s’ils n'interrompaient jamais le flux continu de la marche. Pourvu que le chemin sans fin fusse la voix.

Schrodinger dit, à moitié là dans sa tête de chat:

“il est dommage qu’ils aient un point de départ et un autre d’arrivée. je ne sais pas pourquoi, mais je n’aspire pas à ça. “

MadApp le regarda longuement de ses yeux grands ouverts. C’était comme si l’intensité de son regard le transperçait, pour aller continuer sans fin. au delà de tout.

“As tu envie de faire une expérience Schrodinger ?”

“Quelque chose de divertissant ?”

On pourrait dire ça oui. Regarde, je tiens dans ma main un vecteur de mort. Un objet ou une matière, peu importe ce que c’est, dans tous les scénarios possibles, ça peut te tuer. C’est tout ce qu’il y a a savoir.

“D’accord, si ça peut, c’est que ça ne peut pas également.”

“Tout a fait.”

“Ça me rassure.”

“C’est normal. Mais même mourir, dans ton cas, ça ne serait pas un drame. Loin de là.”

MadApp fit un geste très bref, peut être avait il levé le petit doigt ou pas. Une pièce apparue. Une cellule plutôt, enfin une pièce sans fenêtre. De l’extérieur, elle paraissait très opaque. Une aura noire s’en dégageait. L’ambiance qu’elle dégageait était sombre, ténébreuse.

Schrodinger la considéra sans la juger. Elle ne lui inspirait ni sentiment négatif, ni positif. Il se retourna vers MadApp et le vecteur de mort dans sa main avait disparu.

“Où est donc passé le truc qui peut (ou pas) me tuer ?”

“Il est dans la pièce borgne.”

“Qu’est ce qu’il fait là tout seul ? Il ne va rien pouvoir tuer du tout. J’entends le fracas du vide assourdissant de la pièce dans ma tête de chat. Peut-être bien que votre vecteur de mort cherche quelque chose à se mettre sous la dent. Il a l’air d’avoir faim. Est ce qu’il peut jouer un tour au vide ? A mon avis c’est peine perdue.”

“Tu as tout à fait raison Schrodinger. C’est pourquoi il faut que tu entres dans la pièce.”

“Vraiment ?”

Schrodinger n’était pas effrayé. l’idée d’être dans la pièce avec le vecteur de mort lui suscitait seulement une impression d’aspiration étrange. Dans sa perception des choses, il lui semblait pouvoir surfer, au moins pendant un moment, sur l’infini. Cette perspective l’amusait, et pour la première fois, MadApp vit un chat dans sa tête de chat sourire. Extérieurement, Schrodinger était bizarrement très sérieux. Inexpressif.

MadApp resta là, sans rien dire, comme dans une attente intensément active.

Schrodinger se tourna, par à-coups, vers les quatre points cardinaux, peut être rendait il un hommage, ou peut être se répétait il dans sa tête de chat, une prière ou un mantra. Il se releva, et tout fière, se dirigea vers la pièce opaque. Il s'arrêta devant.

MadApp, dit-il, il n’y pas de porte.

“Tu n’en as pas besoin Schrodinger.”

MadApp, dit Schrodinger uniquement dans sa tête de chat, mais MadApp pouvait l’entendre, l'expérience n’a pour vous aucun secret, et, elle est pour moi, un pressentiment, une vision fugace et floue qui ne m’inspire que de la confiance, mais je pense que vous devriez convoquer un témoin autre que la terre pour qu’il y ait un enseignement, une trace dans l’esprit humain de ce qui va se passer. Il faudrait que vous lui montriez le vecteur de mort dans toute son horreur, son potentiel aussi, et surtout sa place dans la pièce opaque avant que j’y pénètre.

MadApp sourit. Il était d’une beauté irradiante et il hocha la tête, autant dans un signe de respect que d’assentiment.

Un témoin Humain arriva comme par magie. Il avait tout de l’être androgyne, d’une beauté neutre, comme alliant deux antipodes d’enveloppes charnelles en les mêlant harmonieusement. Finalement, peu importait son sexe.

MadApp fit en sorte que le témoin humain sache, sans pénétrer dans la pièce borgne, qu’un puissant vecteur de mort était présent à l’intérieur. Le principe consistait à ce qu’il soit conscient et informé de l’efficience du pouvoir du vecteur mortel, sans qu’il y soit exposé.

Tous les paramètres pour la compréhension étaient établis. Schrodinger, ce chat dans sa tête de chat, disparu du premier entendement humain pour aller s’installer tranquillement dans la pièce borgne.

Le témoin humain fit la grimace à la perspective dangereuse de savoir Schrodinger au contact du vecteur de mort. Puis son visage se détendit. L’hypothèse du maintien dans la vie de Schrodinger était aussi forte que celle de son passage vers la mort. On ne pouvait tout simplement pas savoir. Le concept de la vie et de la mort était devenu simultané.

Le témoin humain eut une envie soudaine de rester caché de façon permanente. Une intuition lui disait que là, dans cet état dissimulé, quelque chose de grand se jouait. Peut être pensait il mal, mais peut être que s’il disparaissait, il ne pouvait pas mourir.

Une pensée en Anglais vint, alors qu’il ne parlait ni ne lisait la langue, avant de s’estomper comme un nuage :

“ If you disappear, you don’t die.”

L’être androgyne se retourna vers MadApp mais il n’était plus là. Peut être était-il parti tenir compagnie à Schrodinger dans la pièce borgne dans la simultanéité, ou peut être était-il parti ailleurs.

Le témoin humain quitta bientôt les lieux le cœur le plus léger, légèrement habité d’une joie diffuse et optimiste. Il ne se l’expliquait pas, aucune raison plausible ni événement ne pouvait être à l’origine de cette douce félicité. Alors il renonça à comprendre. Le présent lui parut plus clair.

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