VIII - Dialogue

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

Ce soir. Oui, ce soir. Il fallait qu’il se jette à l’eau comme un puceau. Nonchalant, il pénétra dans le square et fit quelques mètres. La jeune créature demeura immobile, presque inquiétante et totalement désintéressée. Il fit craquer une branche. Infime tressaillement dans l’immensité végétale des lieux... Il vint se poster derrière le banc. Grotesque. Il demeura silencieux puis, rompant brutalement le silence, demanda juste : « je peux ? ». Le jeune gars sursauta, se retourna. « Hein ? » Il y eut un instant de flottement, violente torture pour tous deux, puis le garçon désigna nerveusement l’espace restant du banc. Il s’assit, prit ses grands airs :
- Tu fiche quoi ici à cette heure ? C’est pas commode tu sais...
- T’occupe.
Il fut prit d’un lamentable sursaut d’orgueil. Ce petit merdeux, comment osait-il l’envoyer foutre ainsi ?
- Oh ça va...Je t’avertis juste que...
- Pas besoin de tes avertissements vieux. J’y suis, j’y reste.
Il avait une belle voix. On aurait dit le timbre harmonieux du jeune Gainsbourg. Pas ‘’ Kiss Me Hardy ‘’, non... Plutôt ‘’ L’Alcool ‘’. Il se ravisa :
- Alors, tu fiches quoi mon gars ?
- Rien. C’est calme ici. J’aime bien.
Silence. Que dire ?
- Moi aussi. Des fois je viens et je...
- J’vous ai jamais vu, coupa brutalement le jeune homme.
- Je viens le jour, voilà.
- La nuit aussi on dirait...
Sourire en coin, il le défiait gentiment.
- J’aime la nuit aussi. Pas toi ?
- Z’avez qu’à deviner.
- Je parie que oui.
Il sourit, se voulut rassurant. Et pas trop gêné.
- Vous êtes flic, hein ? demanda cyniquement le gars.
- Non.
- Alors vous êtes un pervers. Vous voulez me sauter, c’est sans doute ça.
Il fut sincèrement indigné. C’était comme un affront à tant de mois de contemplation.
- Absolument pas ! Voyons...Mais voyons...
Il cafouilla bêtement.
- Soyez pas gêné. J’aime bien me foutre de la gueule des gens. Ça soulage parfois. Une cigarette ?
Et le jeune homme sortit de sa poche un paquet de gitanes.
- C’est pas bon pour tes poumons, ça, tu sais...
- M’en fous. Une cigarette ?
Et ils fumèrent, silencieux dans l’obscurité. Après quoi, le jeune homme se leva d’un bond :
- Bon, j’me taille.
- Déjà ?
- Ouais.
- Mais...
Il ne termina pas sa phrase. Son jeune interlocuteur fila comme une météorite, comme une bête sauvage. Provoquant. Terriblement inaccessible.
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