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Des jours et des vies

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Marguerite

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Ambleteuse, un paisible village bordé par la Manche avait séduit la mère de Nina originaire de Nancy. Eugénie, sa mère aimait aussi ces paysages ondoyant entre terre, dunes et mer. L’autocar s’arrêta à la gare routière d’Ambleteuse et Nina descendit comme tous les passagers, puis elle traversa la chaussée et longea un pâté de maisons, celle de sa mère n’était plus très loin. C’était une petite maison de pêcheur. Elle souleva le heurtoir en forme de bateau et toqua deux coups à sa porte.

- Bonjour, mère, dit-elle en l’étreignant.
- Bonjour, ma fille, as-tu fait bon voyage ?
- Impeccable, tout s’est bien passé.

Nina ouvrit son sac pour en sortir un petit paquet-cadeau.

- Tiens, c’est pour toi, lui dit-elle.

Eugénie défit le paquet pour en sortir le serre passe foulard.

- Oh ! merci, lui dit-elle en l’embrassant, je le mettrai ce soir. Je vais à un repas dansant avec les copines, à Boulogne.
- Tu as raison de sortir. Je peux m’installer chez toi, le temps de trouver un travail ? ça ne va plus entre Alphonse et moi, c’est fini.
- Bien sûr... C’est fini entre Alphonse et toi ? demanda Eugénie, extrêmement surprise.
- Il me trompait, je l’ai pris sur le fait. Je ne peux accepter cela. Je préfère partir.
- Il avait l’air si amoureux... Je n’arrive pas à le croire.
- Les sentiments entre époux peuvent s’émousser, tu sais.
- Oui, mais bon, ce n’est pas une raison pour aller voir ailleurs.
- Non, mais il n’avait pas tous les torts. Promets-moi que cela restera entre nous : je ne l’aimais pas d’un amour fou, je ne l’aimais pas du tout, même. Ce sont ces biens et ce qu’il représentait qui l’ont rendu intéressant à mes yeux. Il a dû finalement s’en douter. Je me sens vraiment misérable, finit par dire Anaïs avec tristesse.
- Je me demandais ce que tu lui trouvais justement ; aujourd’hui, je comprends mieux. Toutefois, j’ai connu des femmes qui se sont mariées sans vraiment connaître leur futur époux et leur amour a grandi au fil du temps.
- Pour moi, c’était impossible, j’ai bâti sur un mensonge. On ne peut pas aimer un mensonge. Je ne le voyais que vieux et laid.

Un silence lourd mais nécessaire se mit en place. Eugénie devait encaisser le choc. Nina devait, elle aussi réaliser l’ampleur du tournant que prenait sa vie. Sa mère se leva, brancha sa théière et sortit des tasses et tout un assortiment de sachets de thé qu’elle posa sur la table. Comme si ce simple geste suffisait, mère et fille sentirent la chaleur familiale monter entre elles et Nina rompit alors le silence.

- Rien ne vaut le cœur d’une mère. C’est bon de pouvoir compter sur toi, Maman.
- Tu es toujours la bienvenue.
- J’aimerais tant connaître l’amour avec un grand A, dit Nina dans un soupir.
- Cela devrait être facile pour toi, tu es jolie.
- Il y a des tas de jolies femmes malheureuses en amour, attirées par des hommes qui les font souffrir.
- Elles sont programmées négativement sans le savoir. L’autre fois, j’ai vu une émission dont le thème était la puissance du subconscient, il y avait Roman Atlas, docteur en psychologie, renommé pour sa dynamique sur la pensée, il disait que le subconscient est toujours plus fort, tant que le sujet ne s’est pas programmé positivement.
- Encore faut-il savoir le programmer !
- Son enseignement a aidé de nombreuses personnes à donner une orientation positive à leurs vies.
- Il donne des cours de psychologie ?
- Il est professeur de psychologie à la Sorbonne et reçois dans son cabinet pour tout type de problématiques.
- Et si j’allais le voir ?
- Pourquoi pas.

Eugénie vivait seule mais elle avait la bougeotte, sortait avec ses amies et participait à des sorties organisées par le comité des fêtes de son village. Elle ne faisait pas son âge avec son joli visage à peine marqué et ses cheveux cendrés toujours bien coiffés. Anaïs était fière d’avoir une mère aussi indépendante et aussi vivante qu’elle. Un fin cordon bleu, elle cousait et tricotait à merveille et d’autres choses qui allongeaient cette liste de qualités que parfois Nina lui enviait. Elle se rappelait des jolis pyjamas qu’elle lui confectionnait pour aller en colonie de vacances et des pulls jacquards qu’elle tricotait pour elle et ses frères. C’était une femme exceptionnelle dotée d’une patience d’ange.

- Il faut que je me trouve un travail, mais quoi ? je n’ai aucune qualification, dit Nina, perplexe.
- Rien ne presse, tu dois reprendre des forces.
- Merci, mère.
- Il faut que je me prépare, Jeannette vient me chercher, dit-elle en se levant.

Vingt minutes plus tard, elle la vit reparaître, coiffée, habillée, élégante comme toujours.
Un moment après, un coup de klaxon se fit entendre, Eugénie se pencha pour regarder à la fenêtre. La Twingo blanche de son amie attendait devant le portail.

- Je te laisse.
- Tu reviens à quelle heure ?
- Onze heures, minuit, peut-être.
- Amuse-toi bien.

Elles s’embrassèrent, puis elle la vit monter dans la voiture qui démarra. Nina défit ses valises. Puis elle se fit couler un bain moussant et s’y plongea jusqu’aux yeux. L’eau chaude parfumée l’apaisait comme un cocon rassurant, elle s’y prélassa longuement. Olivia, une ancienne camarade de classe vint hanter ses pensées. Que devenait-elle ? cela faisait un bout de temps qu’elle n’avait pas eu de ses nouvelles.
Elle sortit de son bain, se sécha, enfila un pyjama et se glissa dans son lit. Le lendemain matin, elle fit la grasse matinée. Elle retrouvait le cadre douillet de sa chambre de jeune fille. Elle se leva sans faire de bruit. Le gargouillement de la cafetière indiquait que sa mère était levée, elle la trouva attablée devant une tasse de café et des tartines de confiture.

- Bonjour ‘Man
- Bonjour ma fille. Assieds-toi, serre-toi, il y a du lait chaud.

Nina mit de la poudre de chocolat dans son bol et versa du lait dessus.

- Mais où est ton petit chat noir ? dit Nina en regardant autour d’elle.
- C’est un gros chat à présent. Il va revenir. Il s’absente de temps en temps, puis revient.
- C’était bien, cette soirée dansante ?
- Le repas était délicieux et copieux. La musique était un tantinet trop forte et il n’y avait pas assez d’airs anciens. Nous
l’avons signalé à la présidente du club.
- As-tu dansé ?
- Non, j’étais un peu fatiguée, il n’y a que Charlène qui a dansé.
- Cet après-midi, j’ai bien l’intention d’aller fureter dans Ambleteuse pour voir d’anciennes connaissances.
- Que veux-tu manger à midi ?
- Un gratin de choux-fleurs, ça me plairait bien.

Nina se leva, alluma la télévision pour voir son feuilleton et Nina débarrassa la table. Un gros chat noir attendait, perché sur le rebord de la fenêtre de la cuisine.

- Léo ! dit-elle, en le faisant entrer.

Le félin la reconnut et se laissa caresser. Il était magnifique, une petite panthère noire. Nina remplit une gamelle de lait et sortit de la pâtée en boîte, puis elle lui essuya les pattes. Le feuilleton n’était pas encore terminé, Nina en profita pour monopoliser la salle de bain. Puis elle s’habilla et sortit pour aller chercher du pain. De retour chez sa mère, elle composa le numéro de téléphone d'Olivia. A l’autre bout du fil, une voix de femme inconnue lui répondit qu’il n’y avait pas d'Olivia ici, puis elle entendit un homme dire : passe-moi le téléphone, chérie. Celui-ci lui apprit qu’ils n’étaient plus ensemble et qu’elle habitait à Guînes chez sa grand-mère.
Guînes était une petite commune située à une vingtaine de kilomètres d’Ambleteuse. Comment s’appelait sa grand-mère ? Arthur, Germaine Arthur. Au téléphone, Olivia lui expliqua qu’elle était chez sa grand-mère pour se refaire une santé, elle avait été droguée à son insu et supportait mal son divorce. Nina lui parla du célèbre professeur de psychologie, peut-être pourrait-il l’aider à trouver l’homme de sa vie ? Pour Marlène, cela relevait de l’utopie, c’était certainement un charlatan qui voulait se faire de l’argent.

- J’irai bien le voir, dit Nina
-Tu me raconteras, répondit son amie.

Le jour J, Nina prit le train pour Paris. Elle connaissait bien la capitale pour y avoir habité avec son premier mari. Le métro l’emmena à Ternes. Dans la rue du même nom, une plaque professionnelle signalait la présence du cabinet de Roman Atlas. Un couple patientait dans le salon d’attente, Anaïs s’assit et prit un magazine posé sur une table. Un moment plus tard, la secrétaire entra dans le salon et prévint le couple de leur tour. Puis ce fut celui de Nina.

- Bonjour madame, lui dit le thérapeute en lui serrant la main.
- Bonjour docteur.

Roman Atlas était grand et bel homme. Ils se regardèrent quelques instants les yeux dans les yeux sans rien dire ; bien qu’impressionnée, ce premier contact la rassurait
.
- Voilà, j’ai des problèmes de couple. C’est mon troisième mariage. Mon mari actuel me trompe, j’avoue que je ne l’aimais pas. J’éprouvais une passion dévorante pour mon premier mari, mais il me ramenait ses conquêtes à la maison un peu comme s’il était encore chez papa-maman... Il n’y en a pas un pour relever l’autre ! J’ai beaucoup de rancœur quand je pense à tout ce que j’ai dû supporter et je me sens coupable. Dans quelques mois le divorce sera prononcé. J’aimerais tant connaître le grand amour.
- Quand un mari trompe sa femme cela signifie qu’il a peu d’estime pour elle et qu’il manque d’amour. Vos maris vous trompaient. La cause de cette réaction en chaîne réside dans l’attitude amère que vous aviez à l’égard de vos maris antérieurs. Ainsi, vous attirez des hommes du même type sans vous en rendre compte !
- Je n’y avais pas pensé ! Comment cela est-ce possible ? s'exclama Nina qui tombait des nues.
- Si vous entretenez dans votre esprit des pensées de haine et de rancœur, vous vous attirerez du même coup des pensées de cet ordre.
- Comment rompre ce cercle vicieux ?
- Semez dans votre esprit des images de bonheur et de succès. Votre pensée peut vous mettre en présence des conditions que vous recherchez. Vous devez apprendre à contrôler votre imagination et votre pensée. Imaginez-vous sous les traits d’une personne heureuse et vous verrez que des miracles se produiront dans votre vie.
- Comment faire ?
- Revivez des souvenirs de bonheur. Qu’il s’agisse d’acquérir des biens matériels ou de développer des qualités en vous, ou de retrouver la santé, tout commence dans votre subconscient.
- Quels ouvrages me recommanderiez-vous ?
- Christian H. Godefroy, expert en développement personnel a mis au point un cours : « S’aider soi-même par l’auto-hypnose ». L’auto-hypnose est la méthode moderne la plus efficace pour se mettre en contact avec le subconscient et utiliser sa prodigieuse puissance.
- Attendez, j’en prends note, dit-elle en sortant un calepin de son sac. - Tout à l'air si simple pour vous !
- Apprenez à pardonner à vos partenaires et pardonnez-vous à vous-même en substituant l’amour à la rancœur.
- Mais je les déteste, comment puis-je leur pardonner ?
- Par la prière en leur souhaitant paix et prospérité.
- Par la prière ?
- Voici une prière qui va vous aider, dit-il, en lui tendant un imprimé. Lisez-là tous les soirs avant de vous endormir. Les mots qui sont, du reste l’expression de la pensée, ont une puissance énorme. Lisez souvent le Psaume 23 et le Psaume 91.
- Comment avoir des pensées plus positives ?
- Evitez les mauvaises fréquentations. Lisez des livres d’édification spirituelle. Le pouvoir de Dieu c’est sa parole, celui qui la lit en imprègne ses pensées.
- Je suis disponible lundi dans quinze jours pour un autre rendez-vous, dit-elle en regardant sa montre.
- Ce ne sera pas nécessaire. Vous verrez, tout va s’arranger. Comme vous rencontrerez votre mari intérieurement, vous le rencontrerez extérieurement.
- Vous croyez ?
- J’en suis certain.
- Merci beaucoup pour votre aide, dit-elle en prenant congé.

Sa poignée de main était chaude et ferme, une impression de sérénité émanait de toute sa personne. Certains ont un don de guérison et une envie profonde de soigner les êtres humains ou les animaux.
Roman Atlas devait avoir raison, il suffit de changer sa façon de penser. « Nous sommes ce que nous pensons », citation d’un auteur célèbre, se rappela-t-elle. Les événements de sa vie étaient-ils le reflet de ses pensées ? Pour Roman Atlas, cette idée ne semblait pas irrationnelle. Le fait d’orienter ses pensées vers un objectif pouvait induire de véritables changements dans la vie d’une personne et le monde qui l’entoure. - Chère mère, elle est toujours de bon conseil, se dit-elle dans l’autocar qui la ramenait à Ambleteuse. Nina sortit sa tablette Androïd de son sac se connecta à un moteur de recherche, puis entra le nom de l'expert en développement personnel préconisé par le thérapeute. Son cours était en version numérique à télécharger. Il y avait juste à cliquer pour voir le texte de présentation, ce qu'elle fit.
Nina souleva le heurtoir en forme de bateau et entra chez sa mère. Celle-ci était confortablement installée devant la télévision.

- Salut, ‘Man. Qu’est-ce que tu regardes de beau ?
- « Amour et passion »
- J’aime bien ce feuilleton. Ils sont toujours bien sapés et passent leur temps à se crêper le chignon dans des décors somptueux.

C’était le moment où Courtney Tully faisait une scène à Brad Estwood qui tentait vainement d’expliquer qu’elle se trompait. Le feuilleton s’arrêtait net au moment où retentissait la sonnerie du téléphone laissant le téléspectateur sur sa faim.

- Je suis allée voir Roman Atlas. Tu as raison, je me sens déjà mieux rien que d’avoir parlé avec lui.
- Il faut toujours écouter sa mère.
- Tu te rappelles d'Olivia ? ma camarade de classe.
- Eh bien, elle est à Guînes chez sa grand-mère pour fuir son mari.
- Elle aussi ?
- J’ai bien envie de lui prendre un rendez-vous chez Roman Atlas.
- Je ne crois pas qu’elle apprécierait.

Une petite musique se fit entendre et Nina sortit son portable de son sac.

- Nina ? C'est Olivia... alors, ton rendez-vous, comment ça s’est passé ?
- Super ! Il faut absolument que tu voies Roman Atlas, il m’a parlé de la pensée positive et de la puissance du subconscient.
- Tu me donneras son numéro de téléphone. As-tu trouvé un emploi ?
- Le « Pinocchio », recherche des serveuses. De toutes façons, mon ex me verse une pension alimentaire.
- Quelle chance !
- Olivia, que dirais-tu d’une escapade au Cap Gris-Nez ? Maman me prête le mobil home qu’elle possède sur les falaises.
- Cela me fera du bien. On y resterait combien de temps ?
- Jusqu’à la fin de la semaine.
- Tu viens me chercher ?
- Non, il y a un bus qui part à 8 heures de Guînes, je t’attendrai à la gare routière d’Ambleteuse. Après nous prendrons le J1 qui va au Cap Gris Nez.
- On partirait quand ?
- Samedi prochain.
- A samedi, alors.
- N'oublie pas de prendre un anorak et des pulls. La méto a signalé beaucoup de vent.

Le Cap Gris nez se trouvait à une dizaine de kilomètres d’Ambleteuse. Eugénie l'informa qu'Alphonse avait téléphoné et qu'il y avait du courrier pour elle. Il lui avait envoyé les papiers du divorce et lui proposai de divorcer par consentement mutuel sans juge. Un divorce-éclair qui les arrangeait bien. Nina donna son accord.
Le samedi suivant, les deux amies montèrent dans l'autocar à destination du cap et elles arrivèrent dans un camping calme et verdoyant, des campeurs avaient installé leurs caravanes, il y avait aussi des mobil homes et quelques tentes. Nina sortit ses clés et elles entrèrent dans le mobil home. Il se composait d’une grande pièce à vivre meublée de canapés, d’une kitchenette, de deux chambres et d’une salle de bain. Un peu fatiguée du voyage, Nina s’allongea sur un canapé, puis elle remplit deux grands verres de coca cola.

- Il y a une randonnée prévue pour demain, dit Nina.
- On pourrait y aller. Je vais prendre l’air et faire quelques courses à la supérette, répondit son amie en sortant.

Un petit sentier balisé qui se faufilait dans la lande lui faisait signe ; avide de découvertes Olivia ne se fit pas prier, c’est ainsi qu’elle rejoignit un groupe de personnes qui longeaient le bord de la falaise. Elle saisit son portable pour demander à son amie si elle voulait la rejoindre. Elle ferait les courses plus tard.
L’observatoire où ils s’arrêtèrent offrait une vue à couper le souffle. Le littoral baignait dans un camaïeu de couleurs irisées changeant au gré des vagues et les côtes anglaises se découpaient si distinctement qu’on les aurait cru à quelques longueurs de brasses. Des mouettes rieuses réalisaient leur interminable numéro de voltige. Face à la houle, les randonneurs faisaient le plein d’énergie, stimulés par la vitalité que leur offrait l’air marin et le bruit apaisant des vagues. - La mer était là avant moi et elle le sera après, se dit-elle. - Des mots lui venaient à l’esprit : paix, sérénité, joie, beauté, immensité, amitié... Elle vit Nina arriver en courant et lui fit un grand signe de la main.

- Voyez, dit un randonneur, en pointant son index vers la mer, ce sont les côtes anglaises. Le Cap Gris-Nez est le point le plus proche de l’Angleterre, seuls 30 km séparent les deux pays ! Là, c’est le Cap Blanc-nez, le port de Boulogne sur Mer, et le village de Wissant, niché entre les deux caps ; la baie de Wissant que la mer grignote au fil du temps ; les blockhaus ont déjà disparu !
- Pourquoi ce nom de Cap Gris-Nez ?
- C’est en raison de la couleur grise de la roche. Les falaises du Cap Gris-Nez atteignent une hauteur de 49 mètres et celles du Cap Blanc-Nez, 134 mètres.

Comme à regret, les randonneurs poursuivirent leur chemin en direction du cap Blanc-Nez distant d’une dizaine de kilomètres. Un peu plus loin, le sentier s’arrêtait net devant un trou béant qui rejoignait le bas de la falaise, il y avait eu un éboulis.

- Le franchissement de ce chemin a été emporté par des eaux de ruissellement, une déviation a été mise en place, suivons-là et restons prudents, dit le guide en bifurquant sur la droite.

Ils empruntèrent un chemin sinueux flanqué de prairies et de bocages. Olivia et Nina qui voulaient se rendre tout de suite à la plage, avisèrent un cran dans la falaise ; posant judicieusement leurs pieds sur les roches elles parvinrent sans difficulté au rivage. Malgré le souci qui fronçait son joli front, Olivia se sentait revivre, respirant à pleins poumons le vent frais qui fouettait son visage, comme si le bruit des vagues et leurs mouvements incessants avaient le pouvoir de chasser ses pensées moroses. Comme elle était reconnaissante à Nina d’avoir pensé à elle !

- A quoi penses-tu ?
- Au roquefort. Le roquefort d’abord, le roquefort d’accord, répondit Olivia, répétant comme un automate une publicité vue à la télévision.
- Mais encore ?
- Tu sais, quand j’ai eu mes problèmes avec la drogue, j’avais l’impression que quelque chose me poussait à faire ce que je ne voulais pas faire... Mes mains, n’étaient plus mes mains... C’est comme s’il y avait quelqu’un ou quelque chose qui voulait prendre ma place dans la vie active.
- Comment-ça ?
- Je ne sais pas comment t’expliquer... une chose immonde...Julien... Même les hommes les plus intelligents peuvent parfois se révéler stupides... Il voulait m’obliger à divorcer. Il fumait beaucoup trop, je lui en faisais fréquemment le reproche, ce qui le mettait de mauvaise humeur ; lui jugeait mes tenues vestimentaires provocantes. Les travers incriminés augmentaient et les critiques pleuvaient de plus belle. Notre foyer était devenu un enfer. J’avais encore des sentiments pour lui... Etait-il de connivence avec ceux qui m’avaient droguée ? J’avais fait un cauchemar : sa main répandait sur moi un pot de chambre rempli de choses répugnantes pendant que je dormais... je me réveillais en sursaut, hurlant de peur et de dégoût ; lui, déjà réveillé, me regardait avec un petit sourire en coin... c’était l’horreur... l’horreur la plus complète.

- Ne t’inquiète plus, à présent tu es loin de lui, vous êtes divorcé, ou comme si. S’il est à l’origine de tes problèmes, tôt ou tard il en subira les conséquences. Il existe une loi de retour : quand on fait ou on souhaite du mal à quelqu’un, c’est à soi que l’on nuit.

Rassurée par les propos bienveillants de son amie, Olivia se mit à sourire en espérant des jours meilleurs.

- Oui, Julien, c’est du passé maintenant. J’ai repris mon nom de jeune fille et comme j’ai du temps devant moi, je me remets à écrire. J’avais commencé à écrire un roman, « La Marie-Jeanne ».
- Tu écris ? Je ne le savais pas, et que racontes-tu dans ton roman ?
- « La Marie-Jeanne » est le nom donné à un bateau. C’est aussi le prénom de l’héroïne. Elle revient sur les lieux de son enfance pour retrouver un amour de jeunesse, c’est une histoire qui finit bien.
- Je serai ta première lectrice. As-tu choisi une maison d’édition ?
- Je compte utiliser un site d’auto édition ; il n’y a qu’à télécharger son PDF.
- J’y pense, Olivia, pourquoi n’irais-tu pas t’inscrire dans la chorale où ma mère chante ? Cela te changerait les idées et du verrais du monde.
- Oui, pourquoi pas... répondit-elle songeuse. J’ai une faim de loup, si on allait faire quelques courses ?
- Très bonne idée !

Le lendemain, elles firent le même chemin et Nina, chaussée de nu-pieds, se foula la cheville en glissant sur une roche qui se détacha. Olivia eut juste le temps d’esquiver une pierre qui roulait. Elle appela une ambulance, c’est ainsi qu’elles se retrouvèrent aux urgences de l’hôpital. Après avoir passé une radio, un infirmier lui banda la cheville et lui trouva une paire de béquilles. Dieu, qu’il était beau ! Un grand black au physique d’athlète, Anaïs ne pouvait retenir ses regards admiratifs. Lui, n’était pas insensible à sa beauté.
De retour chez elle, il l’appela pour lui dire qu’elle avait oublié son dossier à l’hôpital, il se proposait de le lui ramener en sortant de son travail. En fin d’après-midi, le heurtoir de la porte résonna et Eugénie se leva pour aller ouvrir, Nina lui expliqua qu’elle préférait recevoir elle-même l’infirmier.

- Je vous en prie, entrez, dit-elle en le faisant pénétrer dans le vestibule.
- Voici vos feuilles de soins.
- Merci beaucoup, j’apprécie votre geste. Pouvez-vous les poser sur la table s’il vous plait ?
- C’est tout naturel, et je n’habite pas très loin de chez vous, Ambleteuse est une petite ville. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout n’hésitez pas, je me ferais un plaisir de vous aider, lui dit-il sur un ton chaleureux.
Nina n’avait besoin de rien, mais c’était l’occasion de faire plus ample connaissance. Quel service pouvait-elle lui demander ?
- Puisque vous me le proposez si gentiment, pouvez-vous me ramener un pack d’eau Evian, s’il vous plait ? Mais c’est quand vous pourrez, il n’y a pas urgence.
- Aucun problème, je fais mes courses vendredi. C’est tout ce dont vous avez besoin ? Profitez-en, lui dit-il sur un ton engageant.
- Alors ramenez-moi aussi un pack de lait écrémé et un paquet de croquettes au poisson pour chat. Attendez, je vais chercher mon porte-monnaie.
- Vous me paierez plus tard.
- C’est très gentil de votre part.
- Bonne soirée.
- Bonne soirée.

Nina referma la porte, toute contente.

- On dirait que tu as fait une touche ! lui dit sa mère.
- Il est charmant !

Il revint avec ses courses et un bouquet de fleurs ; Eugénie lui offrit l’apéritif, il s’appelait Ramon Sy et habitait Ambleteuse depuis une quinzaine d’années. Par la suite, il revint prendre des nouvelles de Nina et ils devinrent amis.
A sa déclaration d’amour, elle répondit qu’elle était aussi très amoureuse. C’était cela le grand amour. Destinée, hasard ? Si elle n’avait pas eu cet accident stupide, elle n’aurait pas fait la connaissance de Jason. Le hasard fait bien les choses...

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Ginette Vijaya · il y a
Une nouvelle très agréable à lire .
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Lllia · il y a
votre plume est très agréable. Je me suis laissée portée par votre histoire, fluide et précise, dynamisée par de bons dialogues.
Je constate que vous réussissez dans dans les styles : la douceur des haïkus, la drôlerie des pruneaux et la qualité littéraire des récits...
Avez-vous déjà publié ?

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Marguerite · il y a
Votre commentaire me faire très plaisir ! En effet, je suis publiée.
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Virgo34 · il y a
Une belle histoire que j'ai eu plaisir à lire.
Je vous invite "A l'horizon rouge" en finale du Prix lunaire. Merci.

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Marguerite · il y a
Merci, je cours voir à l'horizon...
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Virgo34 · il y a
Pas trop vite, le Prix est terminé (et bien pour mon tanka). Que cela ne vous empêche pas d'aller sur ma page. Merci.
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Kiki · il y a
on lit on déroule cet écrit sans aucune difficulté. Belle écriture. Bravo. J'ai aimé.
Je vous invite à aller lire le poème "les cuves de Sassenage". Merci d'avance

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Marguerite · il y a
Merci Kiki pour votre gentil commentaire.
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Yasmina Sénane · il y a
Je ne contredirai pas votre dernière phrase. J'ai beaucoup aimé votre nouvelle.
Apprécierez vous "Entre les persiennes" en lice pour la Saint Valentin ?

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Miraje · il y a
Une grande et longue nouvelle. Comme un feuilleton télévisé.
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Alice · il y a
Séduite par votre nouvelle de Noél qui sonne si vrai, j'ai lu aussi celle-ci... Tout pareil, jolî style, votre simplicité est très agréable
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Marguerite · il y a
Merci, Alice, votre commentaire me faire extrêmement plaisir
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