Un taliban en enfer

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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire. Mon blog vous attend depuis peu à l'adresse suivante : https://73a4a27e37f99e.wifeosite.com ... [+]

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« L'enfer c'est les autres » disait Sartre.

Salam aleykoum mon frère.

Aleykoum Salam.

– Je t'ai convoqué à la suite de la demande du chef suprême « que Dieu le protège » d'envoyer nos meilleurs éléments au pays des infidèles, afin d'y récolter des renseignements sur leurs us et coutumes. Ceux-ci nous permettront de répondre à leurs critiques et de garder nos populations dans la foi du Prophète.

Tu pars dans deux jours par le vol Kaboul-Paris direct, ville qui nous a paru particulièrement significative pour le relâchement de ses mœurs. Nous communiquerons par WhatsApp, cet instrument du diable. Mais les armes de l'ennemi sont parfois bien utiles. Qu'Allah te protège mon frère. J'attends avec impatience ton premier rapport.

Najib débarqua un matin à Roissy. Le printemps qui avait pris de l'avance sur l'été, avait délivré les Parisiennes du carcan des vêtements hivernaux. Ceux-ci auraient déjà fait bondir notre Taliban, c'est dire que les jupettes raz-la-touffe lui donnèrent des sueurs. Quelques sourates plus loin, il reprit ses esprits et suivi le chauffeur de taxi qui commençait à l'engueuler, ses collègues le priant de charger son client ou de dégager.

Do you speak english ? Demanda-t-il.

yes and no! Répondit le taxi, plus familier du Berbère.

Une bonne heure après, pour cause d'encombrement, il déposait notre élève à l'hôtel réservé par les autorités afghanes. Soit les fonds de l'organisation étaient à sec, soit la question posée à Trip Advisor était erronée. Situé en plein Barbés, l'établissement ne subsistait que par les allées et venues des arpenteuses du macadam. Najib se coltina sa valise jusqu'au cinquième sans ascenseur, suscitant l'étonnement des gagneuses croisées dans les escaliers - Un beau mec comme ça, tout seul - après celui du patron qui travaillait plutôt à l'heure et tiqua sur la prévision d'une semaine d'occupation de la chambre.

Après les ablutions et la prière - là, il avait mis le paquet pour exorciser les visions qui perduraient sur ses rétines – il revêtit son shalwarkameez et descendit sur le boulevard.

Cette première journée fut éprouvante. Que ce soit l'alcool, la musique, le tabac ou les p'tites pépées et leurs émotions à fleur de peau, tout dans la manière de vivre des infidèles contrevenait aux préceptes du Coran. Comble de l'horreur, la population maghrébine cohabitait avec les européens, les femmes à peine voilées, les filles quasiment dévêtues et les garçons affublés de baggys et casquettes à l‘américaine. Et encore dans ce quartier à majorité arabe, la densité de burkas était supérieure au reste de la capitale. Il remarqua l'absence de mosquées, obligeant les fidèles à prier dans la rue. Une hérésie qui justifiait à elle seule une croisade.

Épuisé, physiquement et moralement, il regagna l'hôtel afin d'honorer la première liaison WhatsApp.

Salam aleykoum mon frère.

Aleykoum Salam.

A la suite du compte-rendu de Najib, son supérieur ne put retenir sa rage.

Mais ce sont des monstres. Je suis avec toi mon frère dans cette épreuve. Que Dieu te garde, ainsi que Mahomet. Ils ne seront pas trop de deux, face à ces mécréants. Poursuis tes investigations. Notre prochaine liaison sera dans trois jours.

Najib poursuivi son étude des mœurs parisiennes, de jour et un peu de nuit. La licence atteignait un tel niveau après le coucher du soleil, que son cerveau risquait de ne pas y résister. Dans ses allées et venues, il tomba dans le couloir du cinquième sur une petite blonde potelée, au sourire ravageur. Là, ce fut au niveau du zeb que se produisit le court-circuit. Heureusement, le shalwar cache bien des choses.

Dans les jours qui suivirent, leurs trajectoires se recoupèrent fréquemment et taliban ou pas, une certaine intimité se glissa dans leurs relations. Aglaé lui recommanda de se vêtir à l'européenne s'il voulait passer inaperçu et récolter les confidences des uns et des autres. Même avec les populations arabes, les contacts seraient plus faciles, ceux-ci se méfiant des possibles jihadistes au sein des adeptes rigoristes.

Dans l'esprit d'Aglaé, cette première étape atténuerait peut-être sa vindicte contre le mode de vie européen. Elle trouvait aussi que son uniforme Taliban nuisait à son sex-appeal, auquel elle n'était pas insensible. Elle fut certaine de sa victoire quand, l'ayant coincé dans les escaliers, elle mit la main sur un zeb dont son nouveau pantalon avait beaucoup de peine à contenir l'érection.

A partir de ce jour, le cerveau de Najib programmé à l'école coranique, fut un vrai champ de bataille. Tiraillé par le Coran d'un côté, par les agaceries d'Aglaé de l'autre, ses convictions s'écroulaient les unes après les autres. Les communications WhatsApp se firent de plus en plus rares, jusqu'à cesser totalement. Très inquiètes, les autorités de Kaboul envoyèrent un émissaire auprès de Najib. Émissaire qui, dans un premier temps fut horrifié de voir dans quel déchéance était tombé son coreligionnaire, mais qui succomba très vite aux charmes d'une amie d'Aglaé et aux délices de l'enfer occidental.

A Kaboul, on passa cette expérience par profits et pertes et on se replia sur la charia, autre facette de l'enfer, laissant se damner les deux envoyés spéciaux, dorénavant dévoués à la « protection » d'Aglaé et de son amie, à qui ils assurèrent que jamais ils ne leur demanderaient de cacher leurs charmes.

Dans tout taliban se cache-t-il un maquereau en puissance ? Nos péripatéticiennes sont-elles notre meilleure arme contre l'obscurantisme ? Deux questions à débattre d'urgence.

 

 

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Long John Loodmer  Commentaire de l'auteur · il y a
Parce que c'est l'anniversaire de la prise de Kaboul, je publie cette nouvelle, malgré ma décision de stopper momentanément ma collaboration à Short, puisqu'ils ne font rien pour régler le problème "marabouts" qui pollue désormais nos pages.
Ne vous étonnez pas de mon silence vis à vis de vos coms. Bonne lecture et à +

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BertoX · il y a
Excellent !
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Mireille d agostino · il y a
C'est l'exagération des deux partis qui est condamnable. Si on pouvait trouver un juste milieu de vie...
A bientôt tout de même.

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Pat Vermelho · il y a
Un texte contre l'obscurantisme religieux qui a sévit de nombreux siècle, et pas seulement à notre époque et pour les seuls extrémistes musulmans.
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Aimé DABIRE · il y a
Merci tout simplement
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Pierre-Yves Poindron · il y a
Non non, ne partez pas. Restez, on a besoin d’esprits libres.
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Blackmamba Delabas · il y a
Très drôle. Fait gaffe quand même lors de ta prochaine visite sur le Bastringue ! Safia pourrait sévir... :-))
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Brigitte Bardou · il y a
L'humour comme arme... Il n'y a pas mieux!
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Patrick Gibon · il y a
je suis indigné d'un tel blasphème, na et re nana !!
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Alice Merveille · il y a
Un texte essentiel... merci Capitaine !
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Alain Derenne · il y a
Ne pleurez pas Femmes, un jour les barbus paierons avec les intérêts...

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