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Trash soccer

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Fran666

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1985. La catastrophe du Heisel déclenche les hostilités. 39 morts. 454 blessés. Des Italiens suffocants compressés par une bande de britishs fanatiques. Pris au piège comme des rats crevés. The Show must go on ! Le match a lieu, ridicule et dérisoire. Le score est anecdotique, le vainqueur pitoyable, le perdant connu de tous : le football. Un truc de mômes des cours de récrée se transforme en jeu du cirque avec en prime les spectateurs acteurs de cette pièce macabre. Du grand guignol sanguinolesque. Et après...

Après ? Les instances, corrompues, minables et irresponsables, s’emparent du drame, tapent du poing sur la table au risque de faire valser les liasses de billets. L’Angleterre est exclue des compétitions européennes. Pour 5 ans. Les places assises deviennent obligatoires. Au royaume de Miss Maggie, les détraqués mangent du pain blanc. Les violences entre factions rivales sont hebdomadaires. Insultes, bastons, jets de projectiles, envahissement des terrains, c’est Mad Max au pays des Sex Pistols. PUNK is NOT DEAD. On vous avait pourtant prévenu.

1989. Le drame de Hillsborough remet le couvert. 96 morts. 776 blessés. Incompétence des forces de l’ordre, violence des hooligans et ces foutues barrières. Les fans parqués derrière des grilles métalliques infranchissables. Comme des bovins à l’abattoir. Le compte est bon. L’histoire bifurque.

Les modérés mous du gland veulent réécrire leur sport. Ils virent les barrières. Ils virent les binouzes. Ils virent les hooligans. Ces derniers ne demandent que ça. Le foot n’est qu’un prétexte. La violence bien réelle. A couper les branches mortes de l’autre côté du stade, tu finis par sélectionner les fruits pourris. Les mabouls se regroupent, les tarés se fédèrent. Organisent des matches dans les ruines industrielles le long de la Mersey. Recrutent les anciens mineurs fous de rages, les chômeurs des chemins de fer, les hippies déclassés, les Punks à peine remis des seventies. C’est Fight Club à tous les étages. Dans les tribunes branlantes des faubourgs de Liverpool, sur les terrains boueux où les footeux finissent par se mettre sur la gueule, dans les vestiaires où les 3èmes mi-temps tournent au pugilat. L’état ferme les yeux, se bouche le nez, se bourre les tympans de Plum-pudding bien lourdingue. Au final, ça les arrange foutrement. Comme ce bon docteur Jeckyll qui expédie la face sombre de l’humanité dans sa putain de création...

Rapidement, les tarés recrutent. Du sang frais pour animer les sundays. Les bas-fonds du football regorgent de ratés en manque de temps de jeu, de cireurs de bancs anonymes et passablement violents. Le Trash Soccer leur permet de rebondir. Mêmes règles, la technique en moins. L’impact physique est primordial. Les types s’entraînent dans les salles de musculation, s’échauffent sur les rings de boxe, se bourrent d’amphets avant le match. LET’S GO ! Le spectacle est d’une violence absurde qui fascine les masses. Les joueurs (gladiateurs) tombent sur le champ d’honneur, les matchs se finissent à 5 ou 6 dans une avalanche de buts et de cris. Du grand spectacle !

Dans ce fatras quotidien, deux équipes émergent. Les Merseysiders de Liverpool vs les Red Devils de Manchester. Des méchants gangrenés par la haine. Dégénérés. Bourrés d’hormones et d’antibios. QI effondrés. Masses musculaires au plafond. Les Reds Devils trouvent leur diable en la personne du King Eric, un frenchie psychopathe exilé en Perfide Albion. Un dur chez les durs. King Eric vient du football, le vrai. Mais ses coups de sang le fâchent avec l’establishment. King Eric massacre un supporter à la godasse. King Eric fait de la taule et des travaux d’intérêt généraux. King Eric est tricard pour son sport. Le Trash Soccer le remet en piste. Surnommé Crazy Eric par les fans (Crazy Frog pour les intimes), le King change la face du Trash. Démontre qu’une pointe de talent, de technicité n’interfère en rien sur la violence programmée et congénitale. Ça devient carrément intéressant.

Les médias accourent. Fascinés par la personnalité psychopathique du King, ses conférences de presse improbables, ses aphorismes sibyllins. « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer »  Un poète, le King. Et un athlète hors norme qui enchaîne les matches sans jamais se blesser. Élu meilleur joueur de la Trash-league 3 années consécutives. Les tarés entonnent la Marseillaise à chacune de ses apparitions. Ça tourne à la comédie musicale. Qu’un sang impur abreuve nos sillons etc...

1997. Le King stoppe sa carrière au sommet. Passe à l’ennemie. Se met au Beach Soccer. Les barjots lui en veulent à mort. Brûlent son effigie sur la place publique. Une fatwa est lancée. Le King s’exile à Rio de Janeiro où il est accueilli comme un dieu vivant. Mais les tarés le retrouvent et l’abattent sur la plage de Copacabana. On ne plaisante pas avec le Trash.

Suivent les années de plomb. Le Trash retourne à l’anonymat boueux dont il avait péniblement réussi à s’extirper. Le Trash devient hors-la-loi. Les joueurs désertent. Les spectateurs se radicalisent un peu plus encore. Une décennie de merde pour les fans. Jusqu’à la résilience. La renaissance. Sous l’impulsion d’un autre frenchie, le plus doué, le plus fascinant. Un fils d’immigré élevé dans les quartiers nord de Marseille. Enfant de la violence et du hasard. Un génie.

2006. Le football, le vrai. France-Italie. Finale de la coupe du monde. 1-1. Les prolongations s’éternisent. Le match est à sens unique. Les Ritals, à l’agonie, ne font que défendre. Grandes gueules, ils insultent le héros national jusqu’à lui faire péter les plombs. L’homme aux pieds d’or dégoupille. Explosion. Expulsion. Humiliation. Radiation. On lui ordonne de présenter ses excuses en prime. Il refuse. Question d’honneur. On le conspue. Il s’enferme. On le menace. Il s’exile. Traverse la manche à la nage et rejoint les Merseysiders.

La personnalité de Zidane est diamétralement opposée à celle du King. Crazy Frog faisait le bonheur des tabloïds. Bad Zizou est impénétrable. Mutique. Patibulaire. Effrayant.Un vrai méchant nourri à l’ultra-violence. Un pur produit de l’intégration à la française. Dans ses bagages, il amène Scarface Ribery. Un autre grand taré, condamné pour proxénétisme aggravé. Leur duo fait des étincelles. C’est « Olive et Tom » sugar free, arrosé d’un jus d’orange mécanique jouissif et dépaysant. Du bonheur pour les fans de Liverpool. Ils crient Vengeance et massacrent les Reds Devils un dimanche d’automne pluvieux. Le score n’a pas d’importance. Le match s’arrête après 80 minutes de pugilat faute d’adversaires. Les Mancuniens sont anéantis et mettent des mois pour reconstruire une équipe potable.

2012. Bad Zizou prend sa retraite. Il ne commet pas l’erreur du King. La plage et les falzars bariolés, c’est pas pour lui.Il brigue la présidence de la Trash-league. Élu à 99 %. Comme dans les pires régimes totalitaires. Son programme : sortir le Trash du bourbier, lui donner cohérence et respectabilité. Bad fait évoluer son sport. Les arbitres font leur grand retour. Bad sélectionne de jeunes gaillards adeptes de l’ultimate fighting. Les arbitres prennent part au jeu. Balancent des directs à décrocher les mâchoires. Des kicks fights de toute beauté. Ça donne du piquant supplémentaire. Bad n’en reste pas là et trouve l’idée de génie. Il équipe les supporters de bombes artisanales et projectiles métalliques. Le Trash devient le premier sport où le public participe réellement. Les règles restent les règles et chaque groupe de hooligans a son compte de munitions. Il faut gérer, garder les bombes pour les moments chauds, les fins de matchs, les prolongations, les penalties. C’est stratégique. Les bons lanceurs sont privilégiés. A défaut d’être intelligents, les fans sont adroits. Le spectacle devient familial. Les enfants sont équipés de flash-balls hypers précis. Ils font mouche à tous les coups. Le peuple s’enflamme. Les dirigeant suivent, comme toujours.

2028. Wembley stadium. Finale de la Trash-league. Le groupe Queen débarque en déambulateur et entonne un WE ARE THE CHAMPIONS d’anthologie. Au premier rang, la reine Elizabeth secoue ses bijoux. Margaret « junior » Thatcher, chef du gouvernement ultra-conservateur, donne le coup d’envoi, tire au milieu du terrain une roquette anti-char. Les 2 attaquants vedettes des Ogres de Chelsea sont tués sur le coup. Que la fête commence !
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