Point of no Return - Chapitre 7 (Part. 1/2)

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J'écris depuis tout petit : histoires d'horreur, thriller, scénarii de courts et long-métrage. J'aime tout ce qui touche au thriller, au suspense, au paranormal, à l'horreur aussi. A part ça, je  [+]

Dimanche 23 novembre - 20h14


J’avais eu tout le temps de gamberger pendant que j’étais assis dans le bus 99 qui m’emmenait chez Julie.

Le trajet ne devait pas durer plus de quinze minutes – le dimanche, ça roulait plutôt bien. Le bus n’était pas bondé et j’avais pu trouver une place assise que je ne craignais pas de devoir céder à un petit vieux.
Mon regard tourné vers l’extérieur, voyant défiler les arrêts où personne ne descendait, je gambergeais, donc.

Sur plusieurs points.

Avant de me retrouver le cul vissé sur ce siège en tissu, d’un vert immonde, quadrillé de lignes rouges, qui n’avait jamais dû être à la mode, j’avais eu l’envie de traîner sur Facebook et d’errer une énième fois le profil de Julie.

La plupart de ses infos étaient verrouillées. Je le savais. Je ne m’attendais pas à en découvrir davantage aujourd’hui et je m’étais fait à l’idée de m’en contenter.

Je ne pouvais que visualiser sa photo de profil, qu’elle n’avait pas modifié depuis des mois et sur laquelle mon regard s’était déjà perdu des heures.

Il s’agissait d’une photo d’elle, en noir et blanc, en plan rapproché. Elle portait un pull de couleur sombre – probablement mauve, elle en avait déjà porté un semblable au bureau – en laine, à grosses mailles, chacune de ses mains agrippait le bras opposé, comme si elle avait froid. Sa tête légèrement penchée vers l’avant, son regard vers le sol, elle souriait.

LE fameux sourire.

Celui qui me faisait fondre.

Ou plutôt, elle semblait rire. Oui, c’était plus un rire. Un rire qui laissait paraître ses belles dents blanches parfaitement alignées.

Quelque chose ou quelqu’un la faisait rire.

Elle était magnifique, avec ses cheveux courts, noirs ébène, dans un style coiffé-décoiffé.

Mais impossible d’avoir d’autres informations sur elle. Avait-elle posté d’autres photos d’elle ? Avait-elle partagé ses goûts musicaux, littéraires ? Ses sorties ?

Que publiait-elle sur son mur ? Etait-elle du genre à mettre des conneries du style « Ma vie est compliquée : aucune de mes chaussures ne va avec ma nouvelle robe !! », le tout suivi de plusieurs smileys tristes ou horrifiés ? Ou était-elle plus adepte de pensées philosophiques du genre « Il y a quelque chose dans la persévérance qui finit par obliger le destin » ?

Il n’y avait même pas moyen d’avoir accès à sa liste d’amis. J’étais presque convaincu que Patrick, Frank et Carine devaient en faire partie. C’était obligé. Peut-être même qu’ils s’échangeaient des messages ou des blagues à mon sujet. Je pouvais deviner les intonations de la voix de Patrick à ce petit jeu-là ainsi que son petit rictus de vainqueur.

« Tu m’en veux pas d’avoir gâché ta déclaration, dom Juan, hein ? »

Connard.

Pourtant, très vite, j’oubliai Patrick. Sans le vouloir, mon attention s’était focalisée sur un petit bouton rectangulaire qui se trouvait sur la photo de couverture de Julie – qui était elle aussi inaccessible. Il n’y avait que le pictogramme d’une personne en ombre chinoise agrémenté d’un plus ainsi qu’un mot d’inscrit. Un seul.

Ajouter.

Avant d’avoir eu le temps de penser à quoi que ce soit et sans que je m’en rende compte, la flèche sur mon écran se retrouva sur le bouton, ce qui le fit virer du blanchâtre au grisâtre, mais dont le mot ne changea.

Ajouter.

J’hésitais à cliquer.

Envoyer une demande d’ami à Julie me paraissait trop... intrépide. Et si elle la rejetait ? Comment pourrais-je me pointer au boulot, sachant qu’elle aurait décliné mon invitation et qu’elle aurait probablement partagé mon audace avec mes merveilleux collègues ?

« Ouais, mais si elle acceptait ? »

J’avais l’impression que cette demande avait presque le poids d’une déclaration, chose que je n’avais jamais faite de ma vie. Comment aurais-je pu en arriver là de toute façon ? Avec ma timidité maladive, ma maladresse, ma nervosité excessive quand je me retrouvais en tête à tête avec une fille.

Avec ma gueule.

Comment aurais-je pu en arriver là ?

Aujourd’hui, devant mon écran, cela me paraissait davantage dans mes cordes. Et puis, ce n’était pas vraiment une déclaration. Juste une demande d’amitié.

« Alors, clique ! Fais-le, puisque c’est juste une demande d’amitié ! »

Une demande d’amitié, oui. Mais qui pouvait conditionner une déclaration.

Je posais fébrilement mon index sur la souris. Mon pouls s’emballa doucement, ce qui sembla réveiller ma douleur à l’abdomen, malgré les médocs que j’avais repris une vingtaine de minutes plus tôt. Et je n’eus pas besoin de soulever une nouvelle fois mon sweat noir pour savoir qu’un magnifique hématome s’y dessinait toujours.

J’ai cliqué.

Deux autres mots ont alors noirci le bouton rectangulaire : Invitation envoyée.

J’ai cru me voir écarquiller les yeux, à l’apparition de ces deux mots. La même réaction que quand je m’étais pris mon premier coup de poing dans le bide par Jeffrey-l’Homophobe. Le souffle coupé, les yeux écarquillés. Oui, c’était bien ça. Je venais de me prendre un coup dans le bide. Sauf que celui-là, j’en étais responsable. Pleinement responsable.

Mon cœur parut s’accélérer de cinquante pulsations minute. Au moins.

Je venais peut-être de faire une connerie. Si je passais chez Julie maintenant et qu’elle m’avait snobé sur Facebook entretemps, il y aurait comme un malaise, une gêne. Son regard la trahirait. Ou son sourire.

Le jour où Patrick avait ruiné ma déclaration, rose à la main, elle avait eu ce sourire gêné lorsque tout le monde avait rejoint sa place pour bosser. Et autant son sourire naturel, franc, me faisait chavirer, autant son Sourire-Chuis-Désolé me donnait l’envie de gerber et de me cacher au fond d’un placard bien sombre.

« Au moins, tu seras fixé. »

J’ai refermé mon ordinateur, comme si cela pouvait annuler ce que je venais de faire. Je savais bien que c’était trop tard. Julie recevrait ma demande quoiqu’il arrive maintenant. Et même si je l’annulais, il était probable qu’une notification lui ait déjà été envoyée dans sa boîte mail. Le sort en était jeté. Autant ne plus toucher à rien.

Et puis, à y bien réfléchir, je crois que je ne voulais pas l’annuler, au fond de moi, cette demande. Ma voix intérieure avait raison : il fallait que je sache, que je sois fixé.

Comme je sentais que je me mettais à cogiter plus que je ne l’aurais dû, je me suis forcé à quitter mon appart et à attraper ce foutu bus 99.

Il ne me restait plus que trois arrêts avant d’arriver. Je m’inquiétais encore des conséquences que pourrait avoir cette demande Facebook, quand je me suis mis à gamberger sur ce qui allait se passer, là, dans quelques minutes, quand je me présenterais devant sa porte.

Qu’est-ce que j’allais lui dire ? M’accueillerait-elle avec un sourire – et lequel ? Serait-elle seule chez elle ? Et si un mec m’ouvrait la porte ? Son mec ? Qu’est-ce que je lui dirais ? Il fallait que je songe à cette éventualité. Qu’est-ce que j’aurais pu inventer qui aurait justifié ma présence devant son appartement ?

Je dus sortir de mes pensées : le bus venait d’atteindre mon arrêt et j’abandonnai rapidement ma place.

Dehors, un petit crachin tombait sur le quartier grisâtre où vivait Julie. C’était un quartier qui se trouvait en périphérie de la ville, fait de petits immeubles qui devaient tous datés de la fin des années cinquante. Depuis l’abribus où je m’étais mis à couvert en attendant que le bus redémarre pour poursuivre son itinéraire, je pouvais voir son immeuble : un bâtiment à l’allure vieillotte dont les murs, probablement blancs soixante ans plus tôt, avaient quelque peu noircis au fil du temps et de la pollution. L’immeuble comptait sept étages et Julie occupait un logement au troisième.

Je le savais car j’étais déjà venu plusieurs fois jusqu’à cet arrêt de bus.

Pour voir où elle habitait.

Pour espérer l’apercevoir quelques secondes, surtout quand je n’avais rien à faire chez moi certains dimanches après-midis.

Il m’était arrivé de m’aventurer jusqu’au pied de son immeuble, de lever les yeux vers les fenêtres du troisième étage et de m’imaginer Julie en train de s’affairer dans son appartement. Souvent, les stores du troisième étage, composés de lames en bois reliées par des maillons en acier, étaient baissés. Julie était peut-être une adepte de la sieste dominicale, ou alors elle était du genre à partir le week-end avec son amoureux, loin d’ici.

« Ou avec ses copines. »

Je ne m’étais risqué qu’une seule fois à pénétrer dans son immeuble. Je ne sais pas comment j’avais pu trouver le courage de le faire ce jour-là, mais je m’étais introduit jusque dans le hall de l’immeuble.

J’avais flippé car je savais que si elle m’avait croisé, elle m’aurait pris pour un barjot. Imaginez : le type introverti, qui ne vous adresse quasiment pas la parole au bureau, qui mange seul dans son coin à midi, se retrouve un dimanche après-midi presque devant votre porte, juste pour... vous voir. Y aurait de quoi avoir peur.

Mais je ne l’avais pas vue.

J’en avais profité pour trouver sa boîte aux lettres. C’est comme ça que j’avais appris qu’elle habitait au troisième étage, porte de droite. Je me souviens d’être resté planté devant sa boîte aux lettres à fixer l’étiquette dorée à son nom, avec le numéro de son étage, pendant quelques minutes, avant de faire demi-tour et de rentrer chez moi.

Aujourd’hui, c’était différent. Il fallait que j’aille plus loin que le hall d’entrée.

Il fallait que je la voie, que je lui parle.

Il fallait que j’aille mieux.


J’ai quitté l’abribus et me suis lancé sur la petite route dénuée de trottoir, toujours sous le froid crachin de novembre, en prenant bien garde de marcher sur l’extrême bord de l’asphalte mal entretenu. Pourtant, cette précaution ne servait à rien : la rue était complètement déserte, silencieuse.

Pas un véhicule à l’horizon. Pas un passant. Un vrai dimanche de novembre à rester cloîtré chez soi.

Seules les fines gouttes de pluie, clairsemées et froides, brisaient cette quiétude automnale lorsqu’elles venaient s’éclater sur mon imperméable ou sur le bitume. Certaines léchèrent les verres épais de mes lunettes, mais elles n’étaient pas assez nombreuses pour gêner ma vue. Je pressais néanmoins le pas. Je ne voulais pas me présenter à Julie à moitié trempé et les lunettes perlées de pluie, situation qui aurait fait s’étouffer Patrick, avec son gros rire de beauf.

Tout en parcourant les quelques centaines de mètres qui me séparaient de Julie, je continuais de songer à ce que j’aurais pu prétexter si un petit ami m’avait ouvert la porte. J’étais forcé de constater que j’avais beau y penser, y repenser, aucune idée ne venait apaiser mon stress.
Il y avait bien le classique « Oh, excusez-moi, je crois que je me suis trompé de porte ! », mais je classais rapidement l’idée dans la case Idées de merde.

Je me suis alors demandé comment Patrick procéderait dans une situation pareille. Avec son aisance, sa capacité à rebondir toujours sur tout, sa gouaille, qu’est-ce qu’il aurait fait ? Qu’est-ce qu’il aurait dit ?

« Pas compliqué à deviner : il aurait le cran de sortir au mec « Excuse-moi, Julie n’est pas là ? Non, parce qu’en fait je suis venu lui demander si elle était libre ce soir pour qu’on aille manger un truc ensemble et se faire un p’tit ciné. Ouais, parce que j’ai bien l’intention de me la taper », voilà ce qu’il dirait. Mais je crois que toi, tu peux faire une croix dessus. Pas vrai ? »

Ouais, c’était bien vrai.

Je me retrouvais devant l’immeuble plus vite que prévu. Sans m’en rendre compte, j’avais dû être dans mes pensées plus longtemps que je ne l’avais imaginé.

Je m’approchais de l’interphone. Je sentis mon cœur s’accélérer à nouveau. Il savait – il devait le sentir - que le moment de vérité approchait. Je le savais aussi.

Je me suis alors souvenu de ces instants qui précédaient la présentation d’un exposé, à l’oral, devant toute la classe, quand j’avais dix, douze ans. Notre professeure d’histoire adorait les exposés oraux, sûrement parce que cela lui permettait de se mettre au fond de la classe et de roupiller pendant quinze minutes.

Madame Vaughn, qu’elle s’appelait.

Cornelia Vaughn, petite bonne femme d’une quarantaine d’années bien entamée, aux cheveux blonds (ils étaient noirs à la racine), au corps un peu frêle et qui portait souvent des vêtements trop courts et trop vieux pour son âge.

Dans mon souvenir, je la détestais. Notamment à cause de ces exposés imposés. Ils étaient ma hantise, moi qui perdais mes moyens dès que je devais parler devant mes camarades. J’avais beau avoir mon texte sous les yeux quand je présentais mon sujet, je bégayais autant que Jonathan Brandis dans la peau de Billy Denbrough luttant contre Ça. Le fait que mes mains soient atteintes à ce moment-là de parkinsonite aigüe y était assurément pour quelque chose aussi.

Je me rappelle que Madame Vaughn avait pour habitude de nous faire passer par ordre alphabétique. Du coup, durant tout l’exposé de Kate Jennings – une petite pétasse brune qui savait déjà qu’elle était la plus belle fille de l’école, à l’époque, et qui ne se privait pas pour en jouer -, mon cœur se mettait à s’accélérer plus on se rapprochait du Simon-Showtime.

Comme aujourd’hui.

La même tension qui monte, la même envie de vomir, la même certitude que « de toute façon, tu vas y passer ».

Restait à savoir si j’allais être aussi ridicule qu’à l’époque.


Julie Shepard.
Sur le panneau de l’interphone, mon regard était tombé immédiatement sur son nom écrit à la main sur une petite étiquette blanche effleurant un bouton rond, gris métallisé.

« Il n’y a que son nom sur l’étiquette. Elle vit seule, mon grand. Elle vit seule ! »

Okay, elle vivait seule, mais cela ne voulait pas dire grand chose, finalement. En tout cas pas qu’elle n’avait personne dans sa vie actuellement.

Je replaçai mes lunettes et vérifiai une dernière fois que mes cheveux étaient bien plaqués.

Je pris une profonde respiration.

Mon regard se focalisa sur l’étiquette Julie Shepard. J’y collai mon index, qui glissa ensuite jusque sur le bouton correspondant et l’enfonça au maximum.

Je relâchai immédiatement la pression et attendis. L’interphone émit quelques faibles bips qui devaient indiquer que la connexion était en cours. J’en profitai pour constater que celui-ci n’était pas doté de visiophone, ce qui me soulagea. L’attente me paraissait interminable. J’expirai un fin filet d’air par ma bouche, espérant relâcher ainsi toute la tension accumulée depuis quelques minutes. Mais l’impression que j’avais était que cela ne fonctionnait pas et que cela n’allait pas fonctionner avant de nombreuses minutes.

Je tournai mon regard vers la gauche, vers le chemin que j’avais emprunté pour atteindre l’immeuble de Julie. L’asphalte était toujours mouillé, le petit crachin pourri continuant de tomber, mais la lumière dans la rue avait changé. Elle avait viré du gris au jaune, il faisait plus clair et les nuages au-dessus du quartier commençaient à se dissiper lentement. Avec un peu de chance, je rentrerai chez moi sous le soleil. Tout ceci était finalement peut-être un signe, une métaphore sur ce qui allait se passer d’ici quelques instants, dès que Julie m’aurait ouvert sa porte.

Mais avant cela, il fallait qu’elle daigne répondre à ce fichu interphone. Ce qu’elle ne faisait pas.

J’avais bien dû attendre une minute – ma notion du temps laissait à désirer cet après-midi, c’est vrai – et il ne se passait rien. Julie ne me répondait pas.

Elle n’était peut-être même pas chez elle.

« Laisse-lui le temps d’émerger de sa sieste. »

Je pressai une nouvelle fois le bouton qui devait me connecter à Julie. C’était là tout ce que je lui demandais, à ce fichu bouton. C’était tout ce qu’il avait à faire, lui, planté comme un con sur ce putain de cadran d’interphone. Me connecter à Julie.

CONNECTE-MOI À JULIE, BORDEL !

Il y eut à nouveau quelques bips à peine audibles, puis plus rien. Le silence. Je sentais que je perdais patience. Ce n’était plus la tension qui envahissait mon corps dorénavant, mais la colère. Il fallait que je voie Julie.

Je me suis alors acharné une bonne dizaine de fois sur le bouton qui n’avait jamais dû être agressé de la sorte. Je me surpris à extérioriser un faible « Putain ! », chose que je réservais généralement aux murs de mon appartement. Hors de chez moi, j’avais toujours été dans le contrôle de mes émotions, que ce soit de la colère, de la joie, tout était toujours contenu. Je ne les laissais jamais prendre le dessus, bien qu’elles fussent là, constamment à fleur de peau. Je ne voulais pas être vulnérable aux yeux des autres, je crois. J’avais peur que cette fragilité émotive n’entraîne des réflexions, des questions que je ne souhaitais en aucun cas aborder. Ou du moins pas avec n’importe qui.

J’abandonnai mon acharnement sur le bouton et me retournai vers le chemin bitumé qui pouvait me ramener à l’arrêt de bus 99.

J’envisageai sérieusement de rentrer chez moi et de poursuivre le récit de ma vie trépidante sur mon blog, installé confortablement, au chaud sous les couvertures de mon lit, dans ma zone de confort, et où je pourrais lâcher à l’envie des insultes, sans aucune retenue.

Ce programme avait ses bons côtés. Mais j’avais prévu autre chose pour aujourd’hui.

J’ai à nouveau envisagé l’interphone et j’ai appuyé sur tous les boutons qui s’y trouvaient, bien décidé à entrer dans l’immeuble. J’avais tellement besoin de voir Julie, de lui parler, de perdre le contrôle de mes émotions dans ses bras. Il fallait que je tente quelque chose.

Les bips de connexion, toujours aussi imperceptibles, furent les premiers à répondre à mon excès de zèle, suivis d’un silence qui me parut à nouveau interminable.

Je commençai à me demander si l’interphone fonctionnait vraiment.

« C’est qui ? »

La voix chevrotante qui s’échappa de la platine me prit par surprise. Elle ne ressemblait en rien à celle, douce et sensuelle, qui caractérisait Julie. Au mieux, c’était sa grand-mère qui venait de me répondre et celle-ci m’avait laissé sans voix.

« Allô ? C’est qui !? »

La voix était toujours tremblante, mais le ton avait quelque peu changé, trahissant un certain agacement que je trouvais bien prématuré. Mamie s’impatientait certainement de rejoindre son fauteuil fétiche – celui avec l’empreinte de ses fesses flétries moulée dans le coussin en cuir - et de poursuivre son feuilleton du dimanche. Ou son tricot.

« C’est... C’est moi ! » répondis-je sans conviction, d’une voix fébrile.

Mamie se tut. Je l’imaginais en train de fouiller dans sa mémoire déclinante lequel de ses petits-enfants lui avait promis de passer – et de la faire chier – ce dimanche après-midi. Le silence se prolongeait. Un peu trop à mon goût. Je me demandais si Mamie n’avait pas raccroché son combiné audio. Mais il n’en était rien, car il y eut soudain un déclic provenant de la serrure de la porte d’entrée.

Mamie m’avait ouvert.






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Odile Duchamp Labbé · il y a
suspense
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Doria Lescure · il y a
Vous distillez le suspens avec brio !
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Aubry Françon · il y a
Suspense insoutenable !
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Paul Thery · il y a
Mamie gardienne du paradis... ou de l'enfer (suspense !)
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Miss Free · il y a
Vous jouez avec nos nerfs !!! :-))
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Proton40 · il y a
Encore et toujours ce suspense qui me maintient à l’affût de la suite de cette histoire joliment ficelée..
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Ode Colin · il y a
Je le plains et en même temps je me dis qu'il est quand même très bizarre par moment lol
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Iqueen · il y a
Extra !! J'adore cette œuvre ! J'attends aussi la suite !
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Utilisateur désactivé · il y a
On attend la suite, viiiiiiittttte !
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> Mila < · il y a
Trop dur ce suspens !!!

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