Partir en déconfinement : 1re étape, le Mexique - Semaine 2

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PARTIR EN DÉCONFINEMENT Prêts pour découvrir notre voyage du nord au sud de l’Amérique Latine et découvrir ce qu’il en coûte de braver le confinement ? Prêts pour 8 semaines  [+]

le 16 mai à 23:50
Mérida

La Pantera Negra est à deux pas de l’hyper centre de Mérida : on attaque par la plaza Mayor, la place principale de la ville, comme dans chaque ville au Mexique, on dit le plus souvent El Zocalo : le palais du Gouverneur, tout vert, le palais Municipal, tout rose, le musée, tout rose aussi, vieux rose, couvert d’éléments sculptés baroques, la cathédrale San Ildefonso, toute... ah ben toute en pierre, ils ont oublié de la peindre ou quoi ! Au milieu une immense esplanade arborée et très animée où se promener. Et puis nous quittons la plaza, au hasard des rues pour nous retrouver près d’un grand marché ; au second étage, les étals sont réservés à l’artisanat, tout ce que l’on trouve dans la région, vêtements, chapeaux, hamacs... En redescendant, on va faire le plein de piments et puis nous continuons notre flânerie, Parque Hidalgo... Vers 15 heures, petit creux, le Chaya Maya nous tend les bras. La blonde est là, attablée (j’ai aussi cru l’apercevoir quand nous étions sur le Zocalo, puis sortir en même temps que nous de la cathédrale et à nouveau sur le marché... elle nous file ou quoi ?...). Je m’assieds de manière à ne pas la voir, dos à elle, je ne tiens pas à la regarder et recevoir encore un coup de sac... mais non, je rigole, Nath me tape pas, enfin, pas toujours... pas la peine de faire le 1899 pour dénoncer des actes de maltraitance...

L’après-midi, au lieu de faire la sieste, nous prenons un bus pour nous rendre al Gran Museo del Mundo Maya, bâtiment tout en verre et en métal, très moderne ; nous entrons, en savoir plus sur ce monde et qui on voit devant le musée, dans son fameux 4x4 ?... je vous le donne Émile... la blonde ! Je vais encore me prendre un coup de sac...

En sortant du musée, on décide d’aller voir Valentine, normalement elle nous a dit qu’elle n’était pas à Mérida au mois de mai, mais avec ce C19, elle n’a peut-être pas pu quitter le pays. Dans mes souvenirs, elle est pas blonde... c’est déjà ça... elle est pas brune non plus... châtain clair, un truc du genre, ça se rapproche du blond, non ? faudra que je fasse gaffe, elle est peut-être à la tête d’un cartel de blondes spécialement chargées de me harceler et qui a recruté Nath comme rabatteuse... et les coups de sacs sont un avant-goût des sévices que je vais subir pendant d’interminables séances au fond d’un cénote oublié... Et puis non, rien n’arrive, Valentine n’est pas là, je ne reçois plus de coups de sac et on continue notre promenade dans les rues perpendiculaires de la ville blanche... Après les piments, on en profite pour faire le plein de téquilas, reposado, anejo et toutes « 100% agave ». On n’a droit qu’à 1 litre par personne dans l’avion du retour, mais tant pis, on en ramènera beaucoup plus, on a pris avec nous une valise presque vide, c’est pour la remplir... on n’en trouve pas de la bonne en Europe et il nous faut aussi une réserve pour notre voyage... à siroter le soir dans notre chambre (alors qu’on en a souvent déjà bu 2 ou 3 dans des bars avant de rentrer...) Comme on ne va pas la déguster dans un verre à dents en plastique ou à la bouteille, on s’est acheté deux verres à shot.

le 17 mai à 23:03
de Mérida à Campeche

Alors que Nath s’était absentée un court moment pour se resservir au buffet j’en ai profité pour aller voir la blonde et je lui ai dit, en espagnol, d’un ton tout sauf sympathique, quelle était notre prochaine étape et le nom de notre hôtel, Hôtel Castelmar, qu’elle ne perde pas de temps à nous pister, elle m’a répondu dans un français parfait :
- Merci beaucoup pour cette information, mais je suis déjà au courant, chambre 366...
Je suis revenu à table au moment où Nath s’asseyait :
- Ça ne va pas, tu es tout rouge, tu as encore mordu dans un habanero ?
Comment je peux lui dire que je suis harcelé par une blonde ? Elle va hurler de rire... J’ai un peu de mal à saisir, j’ai réservé des hôtels, un véhicule, un aller-retour en avion, pas de garde du corps ou de tueuse à gages... en fait je ne sais pas ce qu’elle fait, peut-être un service tout compris quand on va au Mexique ? en tout cas, elle paye pas à notre place, ça, ça aurait pu être chouette... encore que, la liasse dans la voiture... c’est peut-être elle aussi...
- À quoi tu penses ? Je te vois marmonner tout seul avec tes lèvres comme quand tu travaillais et que tu songeais à tous ces incompétents avec lesquels tu devais collaborer...
- Euh, non rien, je... je pensais à notre étape du jour...
- Campeche.
- Oui... Au départ tu voulais qu’on descende encore plus bas, jusqu’à El Isla del Carmen, une immense lagune. Sur la carte ça semblait tentant...
- Et en fait c’est la plus importante réserve de pétrole du Mexique, un peu comme si on partait en vacances à Fos-sur-Mer, au milieu des derricks.
- Oh, je suis sûr qu’il y en a qui doivent y aller, là-bas, en vacances, ne pas perdre les bonnes odeurs du diesel, le doux bruit des trains de marchandises qu’on assemble... en plus ça fait des sacrées économies de clopes, pas besoin de fumer, t’as tout ce qu’il faut dans l’air...
- Et on se rapproche des régions où les cartels sévissent...
- Ça va ensemble...
- Campeche, c’est la limite avant l’enfer...
- En fonction des courants, les plages y sont souvent polluées de boulettes de pétrole...
- Bon, on y va ?
- Un dernier verre de jus d’orange, et c’est parti !

Campeche, c’est un peu comme Mérida, rues en damiers, couleurs, zocalo, ambiance, la mer en plus, l’établissement où on descend est à moins de 200 mètres des plages, on a prévu une journée relax, pieds dans l’eau, vagues, sable et ce soir restaurant en terrasse avec vue sur la mer... une vraie journée farniente, on en a fait des kilomètres la veille avec nos petites jambes. L’après-midi glisse tranquillement, l’occasion d’ouvrir une bouteille de téquila, installés sur le sable encore très chaud, face à l’océan... Quand on rentre je suis déçu, je n’aperçois pas le 4x4 de la blonde, elle s’est vexée que j’aille lui dire ma manière de penser ?...

le 19 mai à 5:40
Campeche

Je n’ai pas pu écrire, ajouter un épisode, comme je le fais quotidiennement depuis mon lit... il nous est arrivé un truc de dingue... le soir, au moment de rentrer... j’en tremble encore... quand Nath me disait que nous n’avions jamais été aussi proches géographiquement des principaux lieux où se développent les cartels, elle ne croyait pas si bien dire... c’est vraiment un truc de dingue (oui, je sais, je me répète)... j’aurais dû m’en douter, on n’avait pas vu la blonde la veille et ni le jour en question, elle se planquait pour préparer son coup ! On est resté des heures avec Nath à se regarder dans le blanc des yeux, presque sans rien dire, on n’a même pas pensé à se servir ne serait-ce qu’un shot de téquila, vous comprenez la gravité, je ne plaisante pas cette fois ! On a fini par s’endormir, tout habillé, pas longtemps. Là je suis déjà debout, il est quoi, 5h et j’écris tout ça. Bon commençons par le commencement, la manière dont se sont déroulés les événements...

Nous nous sommes levés tard (hier, donc), une petite pause dans la vie trépidante de touristes... pas trop tard pour profiter du petit déjeuner traditionnel... et les visites ont repris... Les rues colorées, les magasins encore plus, même des rues piétonnes, le zocalo, la jetée sur la mer et ce qu’il reste des fortifications et du bastion du temps des pirates et des corsaires... aujourd’hui les pirates ils naviguent en tanker au large... et ils sont bien moins fun... Johnny Deep serait fringué en costard-cravate, un attaché-case à la main à la place du sabre, mais il ferait bien plus de victimes ! À midi, enfin, plutôt à 3 heures de l’après-midi, l’heure à laquelle on mange au Mexique, nous faisons une petite halte sustentative et c’est reparti jusqu’au soir où nous dînons copieusement et gastronomiquement, un bon vin de Californie, la bouteille complète y passe, une téquila offerte par la patronne et nous rentrons... et c’est-là, c’est là que... (note de l’auteur : le passage qui suit peut être très traumatisant pour les personnes fragiles ; il est conseillé aux femmes enceintes, aux enfants de moins de 27 ans, aux personnes âgées, à celles qui ont des graves problèmes de santé, type décès, furoncles, écorchures, acné, de ne pas le lire ; pour que ces personnes puissent néanmoins pouvoir suivre, je vous fais un court résumé du passage incriminé : « Didier se fait éventrer, ses intestins splatchant sur la moquette pendant que Nath est pendue à un crochet par le capitaine).

Voici donc le passage dans son intégralité pour toutes les autres personnes, dites personnes non fragiles, elles s’engagent à ne pas porter plainte contre l’auteur en cas de traumatisme, le fait de lire ces lignes vaut consentement :

Nous regagnons tranquillement notre chambre, nous glissons la carte magnétique de la porte dans la fente prévue à cette intention, nous poussons la porte, nous allumons (en fait il n’y en a qu’un de nous deux qui fait tout ça, Nath, la plus insouciante) la lumière et nous pénétrons (on le fait tous les deux) dans la chambre. Là (musique grinçante et atonale - pour ceux qui le souhaitent, je suis à leur disposition pour leur faire un petit cours de musicologie afin de leur expliquer ce qu’est la musique atonale, dont les prémisses apparaissent à la fin du 19e siècle chez Wagner, Liszt puis au début du 20e chez des compositeurs comme Mahler, Scriabine et enfin dans les années 1905-1910 avec la seconde école viennoise, Arnold Schoenberg, Anton Webern et Alban Berg, l’auteur de deux magnifiques opéras, Wozzeck et Lulu ; les compositeurs de la première école viennoise étant constitués, je vous le rappelle, de Mozart, Haydn, Beethoven, et... et... putain, mais y’en a pas un qui suit, je vais vous coller une interrogation écrite, moi, un de ces matins, vous allez moins rigoler ! de SCHUBERT ! -, le suspens est à son comble, désolé, vous pouvez encore sauter le passage si vous le souhaitez) tout est normal. La chambre a été nettoyée, les lits sont faits, le bédinou de Nath est à sa place (je vous expliquerais bien ce qu’est un « bédinou », mais c’est vraiment pas le moment), nous posons nos affaires, je me dirige (seul, je suis inconscient) vers la salle de bain, pris d’une envie pressante et là, sur la lunette des w.c., il y a... il y a... une enveloppe à notre nom. Vais-je pouvoir continuer à narrer cet épisode ? Je ne sais... Je me soulage (toujours inconscient, ça pressait !), ma petite affaire terminée (non, ça n’était pas la grosse affaire) je me saisis de l’enveloppe (coup de cymbales et de grosse caisse tonitruant) et je l’ouvre (pizzicati menaçant des contrebasses doublées des tubas, trombones basses et clarinettes basses). Dedans il y a une liasse de billets, à peu près la même que celle que Nath avait découverte sous le siège de notre Chevrolet, je sors des toilettes (trait cinglant des flûtes piccolos doublées d’une petite clarinette en mi bémol) et j’agite ce que je viens de trouver sous le nez de Nath :
- J’ai trouvé ça dans une enveloppe à notre attention, dans les toilettes...
- On va finir par devenir riche !
Nath ne semble pas plus impressionnée que ça, elle me surprendra toujours... à moins qu’elle ne fasse partie du gang des blondes (toutes les cordes col legno, en contretemps, accord-cluster des bois, fouillis menaçant d’arpèges d’un piano en 1/4 de ton au second plan).
Nath m’a pris l’enveloppe des mains, regarde à l’intérieur et en ressort (le suspens est à son comble, de premiers lecteurs sont évacués en direction de la Pitié-Salpêtrière, BFM interrompt ses programmes et fait applaudir aux fenêtres...): c’est une page d’un carnet à spirales, sur le bord il y a encore les déchirures, l’écriture est malaisée, presqu’enfantine, j’ai la certitude que ce n’est pas celle de la blonde, elle aurait une écriture ronde et ferme, sûre d’elle et élégante, le papier est maculé de graisse comme si celui qui l’avait utilisé était un garagiste ou un cuisinier :
- C’est en espagnol, c’est le moment de faire jouer tout ce que tu as appris depuis un an, me lance Nath en me tendant le papier.
Je ne suis pas absolument sûr de ce que ça dit, mais en gros ça nous remercie pour le service rendu, ça nous demande si nous avons bien trouvé la première enveloppe (il n’y avait pas d’enveloppe la première fois, juste la liasse, pas très pro tout ça !), la seconde liasse c’est le solde du premier paiement et une avance de 50% sur le suivant, nous recevrons des instructions à Bacalar, l’une de nos prochaines étapes :
- Il y a vachement plus que la première fois, me lance Nath qui a compté les billets pendant que je révisais mon espagnol...
Je finis ma lecture, ça nous informe que l’hôtel a été réglé ainsi que tous les autres, ils connaissent notre itinéraire parfaitement, demain Uxmal, hôtel La Casa del Mago (non, sans « t » à la fin, la coïncidence n’aurait pas été crédible ) puis Bacalar, hôtel Sun Ha Bacalar, mais il n’y a pas notre dernière étape, Cobá, avant le retour à Cancún...
- Putain, mais c’est dingue, ils nous prennent pour qui, on a des gueules de Bourvil a trimbaler le youcouncoun dans une voiture ou quoi ? (brusque silence).

le 20 mai à 7:01
de Campeche à Uxmal

Nous avalons tranquillement les kilomètres, nous nous sommes remis de ce qui est arrivé la veille, je suis plus sûr de moi au volant, je prends un peu de vitesse et là, BOUM, un dos-d’âne, un beau, pas signalé, en pleine jungle et maintenant un bruit bizarre, la voiture ripe... je m’arrête, je descends, je regarde, je ne vois rien, en fait de dos-d’âne c’était un nid de poule, une grosse poule, peut-être un nid d’autruche... il n’y a pas d’autruches au Mexique pourtant que je sache... on se l’est bien mangé. Je fais le tour du véhicule, espérant qu’elle n’ait rien... si... le pneu arrière côté passager a explosé ! Zut, flûte, crotte ! Je pense : « souhaitons qu’il y ait une rue de secours ». Nath me demande ce qu’il y a, elle dormait, réveillée en fanfare, elle me rejoint et se fait la même réflexion que moi, à voix haute. Je me penche pour regarder sous le châssis, rien, elle doit être dans le coffre, plus qu’à le vider. Au fond il y a une trappe, je la soulève, ouf ! il y a bien une roue de secours et tout ce qu’il faut pour réparer, cric, clé de serrage, etc. Je n’ai plus qu’à la changer, déjà il ne pleut pas... par contre, il doit faire 34/35 degrés et, comme nous sommes en plein soleil, ça doit taper à 40 ou 50... Je prends le cric, la manivelle, la roue et là, dessous, je découvre un flingue ! Je reste quelques secondes tel un idiot, j’appelle Nath :
- Viens voir ce que j’ai trouvé sous la roue.
- Une nouvelle liasse ? me lance-t-...elle.
Elle arrive, moment de silence :
- C’est un vrai ?
Nouveau silence.
- Je sais pas...
Le mieux c’est de vérifier. Je saisis l’arme avec 2 doigts comme si c’était une bête venimeuse, je la soulève :
- Euh... vu le poids, ça doit pas être un jouet !
- T’aurais dû mettre un gant pour le toucher...
- Tu crois qu’il y a du Covid 19 dessus ? lui demandé-je très sérieusement.
- Mais non, t’es con, c’est pour tes empreintes !
- Mes empreintes ?
Je lâche le flingue, je sors un mouchoir de ma poche et je le reprends, cette fois à pleine main.
- On fait quoi ?
- Ben je sais pas, moi...
Je sens un léger agacement dans son ton... c’est pas de ma faute non plus... on ne va pas s’engueuler en pleine jungle au milieu d’une multitude de fauves qui doivent nous avoir déjà repérés. Tel le crétin moyen j’appuie sur la gâchette ; il ne se passe rien, il doit y avoir une sécurité, un truc comme ça, j’y connais rien en flingue.
- Qu’est-ce tu fous, t’as appuyé sur la gâchette ? me lance Nath d’une voix un peu stridente...
- Ben je sais pas, je voulais savoir si c’était un vrai... s’il marchait...
- Pour quoi faire, tu comptes t’en servir ?
- Euh...
On est là comme deux merlans frits, une roue à changer, un flingue en main, ça turbine à fond dans ma petite tête, dans celle de Nath aussi, j’entends les rouages bien huilés qui s’enclenchent.
- On fait quoi ?
- Je sais pas... personne nous a vus... on est tout seul ici, à moins qu’on ne soit épié depuis la jungle ou un satellite... le 4x4 qui nous suit depuis Valladolid est même pas là...
- Le 4x4 ? De quoi tu parles ?
- Ben oui, t’as pas remarqué, depuis l’autre jour, il est à tous les hôtels on on descend, c’est la blonde qui le conduit...
- La blonde, quelle blonde ?
Ah ! En fait Nath ne voit pas de quoi je lui parle, je me disais bien aussi...
- Oui, une grande pimbêche blonde qui est tout le temps aux mêmes hôtels que nous...
- Tu ne me l’as pas dit ?
- Oui... je pensais pas que ça pouvait avoir de l’importance...
- Tu crois que c’est elle ?
- Chais pas...
- Ça a un rapport avec le fric et ce qu’on est censé transporter ?
- On transporte quoi ?
- Chais pas moi, de la coke, des faux billets...
- Le youcouncoun...
-...
- À moins que ce soit un truc de traite des blanches... t’es blanche, t’es blonde, tu dois valoir un max...
J’ai failli me recevoir le cric dans la gueule !
Long moment de solitude et Nath, toujours la plus pratique :
- Bon, on va pas se prendre la tête. On change la roue, on remet celle qui a crevé à la place et tu enlèves le flingue, pas la peine que le garagiste qu’on ira voir pour remplacer le pneu tombe dessus.
Je récupère délicatement l’arme, j’ouvre une valise et je la mets au milieu des chaussettes. Je change la roue et on reprend la route, je roule moins vite, je regarde la chaussée attentivement, pas question de crever encore une fois, il n’y a pas d’autres roues de secours, déjà, ce qui est rassurant, c’est que ce n’est pas un trafic de roues de secours dans lequel on est embarqué !... Nous n’échangeons plus une parole de tout le reste du trajet jusqu’à Uxmal, on en oublie même d’aller visiter les sites archéologiques c’était pour ça qu’on était là initialement...
Quand on arrive à l’hôtel, il y a la blonde, elle me fait un clin d’oeil, je la montre à Nath :
- Effectivement, je l’ai déjà vue celle-là, qu’est-ce qu’elle nous veut cette pétasse ?
On s’installe et on ne sort plus de notre chambre. Pour tout repas on se sirote une bouteille complète de téquila et on finit par s’écrouler sur nos paillasses, pas lavés, pas changés... le couple de parfaits poivrots.

le 21 mai à 23:00
sur La Ruta Puuc

Long parcours ce mercredi, le plus long de notre croisière mexicaine, 300 kilomètres, plus de 5 heures de route pour atteindre Bacalar. Uxmal est le second plus grand site maya après Chichén Itzá, ce serait regrettable de ne pas en avoir profité, tant pis si nous arrivons tard ce soir, on visite, je ne me lasse pas de ces pyramides qui émergent des arbres, celle d’Uxmal a une drôle de forme avec ses temples à son sommet et ses arêtes arrondies, ensuite, nous faisons un détour pour emprunter la Ruta Puuc qui longe de très nombreux sites, il y a des pyramides partout, d’anciennes cités mayas, Kabah et ses impressionnants murs sculptés, tout en dentelles, puis Sayil et ses monstres qui n’ont rien à envier à nos gargouilles, Xlapak et Labná et leurs voûtes en forme de pain de sucre et enfin nous rejoignons la ruta184 à Oxkutzcab (je ne vous dirais pas comment ça se prononce), il est déjà cuatro menos cuarto, nous roulons sur ces routes rectilignes en plein milieu de la jungle, quelques villages ici ou là, des zones cultivées, des villes, Tzucacab, Polyuc, nous suivons la ruta 293, direction Chunhuhub (non, ce ne sont pas des noms de villes que j’invente pour faire mon malin), Los Divorciados (oui, ça veut dire « les divorcés » et non, je ne sais pas pourquoi. Eh !... je ne suis pas votre guide, vous n’avez qu’à vous en payer un, si vous voulez faire le tour du Mexique, j’en connais un très bon - spéciale dédicace à Cesar [on fait 50/50 ?]) et nous sommes à Bacalar, il fait nuit, c’est dommage on ne peut pas jouir de la vue de la lagune bleu turquoise, bleu outremer, bleu cyan... tous les bleus (sept bleus, dit-on). Nous sommes venus ici l’an passé lors de notre circuit avec Puraventura et Cesar (là, je te fais un maximum de pub quand même Cesar, ce sera 50/50 + 1 bouteille de téquila de Corralejo), lieu idyllique, un peu ambiance ville côtière de villégiature ; sur la place centrale il y a un bon restaurant, je m’en souviens, sur une terrasse à l’étage d’un bar, est-il encore ouvert, on a faim, je demande à l’hôtesse de notre hôtel s’il est possible de nous réserver une table, elle le fait avec un grand sourire, elle ne lève pas les yeux aux cieux, elle me fourre pas l’annuaire sous le nez pour que je me débrouille tout seul, elle ne s’affaire pas dans ses papiers pour faire croire qu’elle est super occupée et importante, elle ne me répond pas que c’est pas la peine d’appeler, de toute façon c’est fermé... c’est vraiment dépaysant le Mexique, ne pas toujours se faire envoyer sur les roses ; je comprends ce qu’elle dit quand elle téléphone, elle n’a pas besoin d’insister pour que le restaurant reste ouvert jusqu’à ce qu’on arrive, on n’y sera pas reçu avec force soupirs, ces touristes qui ne respectent pas les horaires des pauvres travailleurs exploités, décidément notre patrie des droits de l’homme a encore du chemin à faire pour parvenir à un niveau acceptable de civilisation. Nos valises ont été montées dans notre chambre par un charmant jeune indien maya très jovial et acogedor, sans même tendre la main pour réclamer (exiger) une petite (substantielle) compensation en petites (gros) pièces (billets)... on n’est pas en Afrique non plus... Il est tard, mais le zocalo est encore très animé, la musique qui sort du bar sous le restaurant tonitrue une sorte de musique de mariachis, la seule spécialité mexicaine que je ne vous conseille pas, mélange de Tino Rossi qui s’égosille et de trompettes lubriques sur un tapis bien épais de guitares... Primero, apéritif, cocktail à base de..., oui, c’est ça, à base de téquila, y’en a quand même un ou deux qui suivent, nous prenons des enchiladas, des vraies, pas celles qu’on trouve au Buffalo Grill, une sauce verte, une sauce rouge, une sauce noire, de la moins forte à la plus forte, la sauce verte arrache déjà la gueule, mais quand on a fini notre entrée, les 3 bols de sauce sont vides, un coup à faire monter papa sur maman ou l’inverse... A continuación c’est poulet grillé picante accompagné de maïs rôtis et de guacamole. Para terminar (vous avez remarqué, je suis en train d’apprendre les prépositions, adverbes et autres en espagnol en ce moment) on prend même un dessert, une glace, un général, citron vert arrosé d’une bonne dose de... (mon correcteur orthographique et syntaxique m’indique que je répète souvent le même mot... un correcteur dopé au « principe de précaution »). Nous nous attardons, il y a encore deux ou trois tables occupées, les serveurs ne nous mettent pas dehors, viennent régulièrement s’enquérir de nos besoins avec un grand sourire, ne commencent pas à tout débarrasser et ranger le restaurant pour bien nous faire comprendre que là, il faut y aller, respect des 35 heures et tout le toutim... Enfin, après une dernière... (censuré par mon correcteur), nous rentrons, nous demandant bien ce que nous allons trouver cette fois. Et bien rien, nos valises posées et un petit mot buenas noches.

le 22 mai à 22:38
Bacalar

Alors, qu’est-ce qui va se passer cette fois dans le genre surprise (certains d’entre vous chers lecteurs, me le reprochent assez que rien ne nous tombe sur la tête lors de certains trajets, c’est fou le nombre de personnes qui veulent qu’il nous arrive un truc, un tremblement de terre, un volcan, c’est pas ce qui manque au Mexique, qui crache son venin, un anaconda qui se précipite d’une branche sur mes épaules, un accident grave, que sais-je, les gens sont vraiment devenus bizarres !)? On est un peu méfiant, on examine tout comme si une mygale allait nous sauter à la figure, ces impressionnantes mygales mexicaines, grosses comme le poing, d’un bleu très foncé avec des taches colorées rouges et jaunes sur le dessus. Des mygales sauteuses nous avait appris notre guide en 2002 ; on venait d’arriver dans un village maya pour le repas de midi et d’un coup au milieu du chemin ce magnifique spécimen. Elle ne bougeait pas, tous les appareils photo ont été sortis du sac, le guide nous a expliqué, on a relevé la tête pour l’écouter et lorsqu’on l’a baissée pour regarder de nouveau, elle n’était plus là ! Tout le monde a crié, à étudier le sol, ses jambes... elle avait disparu... excellente mésaventure pour se mettre en appétit. Où j’en étais ?... ah oui, visite de Bacalar, on lorgne tout et tout le monde, méfiants, je cherche la blonde, je voudrais quand même bien lui toucher deux mots, mais bien entendu, elle n’est jamais là quand on a besoin d’elle.

On décide en fin de matinée de descendre jusqu’à Chetumal, à la frontière avec le Bélize, on la passe sur quelques centaines de mètres, ainsi on pourra dire qu’on a parcouru plusieurs pays d’Amérique Latine ; il y a un an lors de notre étape au bord de la lagune de Tziscao (déjà une lagune) dans le Chiapas, on avait également fait une courte excursion au Guatemala, on est indubitablement des vrais baroudeurs, Nath et moi ! Comme il fait très chaud, on s’arrête sur le chemin du retour au cénote Azul (azul, ça veut dire « bleu » en espagnol). C’est un grand cénote, presque un étang, contrairement à son nom l’eau n’est pas très azul et pas aussi translucide que dans les cénotes où l’on s’est baigné vers Mérida et Valladolid, mais c’est agréable de nager dedans. Il y a un restaurant tout à côté, on mange sur le pouce, aucune idée de l’heure qu’il peut bien être. De retour à la voiture, on voit qu’il y a un petit mot sous un essuie-glace, écrit sur une carte de visite : « La llanta de refacción ha sido cambiada. Hasta luego guëro » (bon, je traduis pour ceux qui n’ont pas écouté en cours d’espagnol au lycée, n’est-ce pas Frédérique [eh oui, je suis comme ça, je balance] : « La roue de secours a été changée. À bientôt... guëros », en mexicain, guëro ça veut dire gringo, petit-bourgeois, je ne sais pas comment nous devons le prendre). Nath va regarder dans le coffre, elle soulève la roue de secours toute neuve et elle m’informe qu’il y a bien un second flingue. Blasée, elle s’en empare et le roule dans nos serviettes de plage et maillots de bain encore mouillés, j’espère que ça rouille pas un flingue ! Et puis on remonte à Bacalar. Il n’est pas tard, on va visiter la forteresse San Felipe, érigée au 18e siècle pour se défendre contre les attaques des pirates et des boucaniers, souvent mandatés par les Anglais ou les Frounzais pour harceler les conquêtes espagnoles, réputées très riches et gorgées d’or, le fameux mythe des trésors qu’auraient trouvés les Espagnols au Mexique quand ils en prirent possession contre les Mayas et les Aztèques. Petite balade apéritive sur la place centrale, concert d’oiseaux (cette fois on ne s’est pas pris de fientes sur la tête, comme l’an passé à cet endroit) et puis on retourne dans le même restaurant que la veille, ils ont suffisamment de spécialités pour ne pas se lasser. On rentre à l’hôtel, pas de surprises dans la chambre... ah si, finalement, au moment de se mettre au lit, on ne l’avait pas vue avant, il y a une clé de voiture à laquelle est accrochée une nouvelle carte de visite qui nous dit que demain nous changeons de véhicule ! Si ça peut les amuser, j’espère simplement que tout est réglé avec le loueur à l’aéroport de Cancún après-demain, qu’on nous prenne pas la tête et qu’on rate l’avion... (bon, ça, ça ne serait pas très grave, juste que Nath ne pourrait pas retourner travailler et que la Meuse coulerait définitivement ! [private joke], mais qui peut en avoir quoi que ce soit à foutre, franchement !)

Demain on a une longue étape pour rejoindre Cobá via Tulum. Tulum, on ne s’y arrêtera pas, c’était un magnifique village en 2002, notre plus belle escale du séjour avec ce site archéologique au bord de la mer des Caraïbes, depuis c’est devenu Disney Land, on l’a vu l’an passé, une multitude de boutiques, toutes made in China, là où les touristes achètent le plus de souvenirs, persuadés que ce sont des objets authentiques et qui vont trôner, à leur retour, bien en évidence dans la salle à manger à côté du napperon de mémère Jocelyne, de la coupe du tournoi de foot de Kevin, du petit chat moche en porcelaine de plastique de Solange et des bouteilles de bière de collec. de Jacky (en fait, je dis n’importe quoi, eux, avec leurs prénoms, ils n’iront jamais en voyage au Mexique, éventuellement en Tunisie - en râlant que « c’est plein de bougnoules » [non, non, je n’invente pas et je ne fais pas preuve de racisme, les 3/4 des frenchies qui partent en vacances dans ces pays disent ça et le pensent ! ], mais plutôt au Camping des Potes à Fos-sur-Mer ou à Coudekerque-Branche... nous aussi en France, on a des noms de ville bizarres...) (oui, je sais, c’est assez méprisant ce que j’écris, mais vous n’êtes pas obligés de lire et je ne vais pas en plus, me prendre des remarques, on a déjà assez d’ennuis comme ça en ce moment !)
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