Llanto

il y a
17 min
568
lectures
189
Finaliste
Jury

Je veux écrire la vie : dire l'amour et la désespérance, les rires et les deuils, l'ironie du sort et le déchirement des départs, bien mélanger le tout jusqu'à perte totale de signification  [+]

Image de Printemps 2021
Ma chambre est au deuxième étage. Trop haut pour qu'on puisse descendre par la fenêtre en toute tranquillité, atterrir sur ses deux pieds et plonger dans la nuit à jamais. Trop bas pour qu'on soit sûr de se tuer si on saute. Le bord de la fenêtre m'arrive aux genoux, c'est une dimension bizarre, comme si on avait voulu faire une porte-fenêtre et qu'on ait renoncé, et construit finalement juste une grande et bête fenêtre, aussi absurde que cette hauteur : le deuxième étage, un entre-deux insensé.
J'ai trois fenêtres, de cette taille ridicule. Deux sur la petite rue Beaupré, une sur l'avenue Dethiers, qui se veut parisienne, plus large, plus blonde, des boulangeries aux vitrines surchargées de pommes de pin et de papier crépon. Juste en face de chez nous, un arbre au tronc couvert de vieilles fleurs dans leurs papiers déchirés, de cartes jaunies et gondolées, de doudous attachés, étranglés, décolorés par le temps. Un enfant a été tué juste ici, fauché par une voiture alors qu'il descendait du bus. Mon père pensait que la ville devrait enlever « toutes ces saletés » comme il disait, mettre une jolie plaque commémorative sur l'arbre, quelque chose de propre. Pour ne pas oublier. Ma mère n'est pas d'accord, elle dit qu'il faut « garder cette ferveur populaire » infiniment triste, qui se dissout et s'effiloche jour après jour. Ils ont mis un casse-vitesse en guise de souvenir pour ce gamin, d'un seul côté de la chaussée, sans doute pour ne pas que cela coûte trop cher, ce qui fait que les gens le contournent quand il ne vient personne en face. Au début, je restais souvent à la fenêtre, à regarder les voitures éviter le casse-vitesse, je cherchais une sorte de philosophie là-derrière, au sujet de l'évitement des obstacles et de l'inutilité intrinsèque de bon nombre de choses. J'ai souvent rêvé de trouver un jour un principe, un seul, qui tiendrait en une seule phrase et qui expliquerait le monde, tout ce qui se passe, les gamins écrasés par des bus, la reproduction hasardeuse des tortues marines, la dimension idiote de mes fenêtres, la déception inévitable des parents devant leurs enfants, l'impossibilité de vivre dès qu'on y réfléchit plus de trois minutes. Tout cela, tout cela et encore bien d'autres choses, dans un axiome parfait, des mots limpides qui donneraient un sens acceptable à tout, et ensuite, après, on pourrait laisser cela de côté et savourer enfin cette vie expliquée. Faute de cela... En général, je m'arrête là dans mes réflexions, j'ai remarqué que depuis que je suis enfermé ici, dans cette chambre, il y a un moment où mon cerveau dresse des barrières de sécurité, où il m'empêche de penser et me dit ça suffit, va, fais autre chose, même si cet autre chose est juste aller m'asseoir sur mon lit ou allumer l'ordi, cela suffit à rompre le fil désespérant de mes cogitations, qui s'est déroulé depuis l'abdomen compressé de l'ours ligoté à l'arbre, un ours qui a été attendrissant et qui n'est plus que sale, que quelqu'un a attaché là en mémoire d'un petit garçon transformé en casse-vitesse.
Je ne ferme jamais les volets, les lumières de la rue rôdent en taches longilignes et mouvantes sur les rideaux tirés. La télé est allumée, mais je n'ai pas mis le son. Les images bourdonnent sur un fond opalescent et tranquille. Tout ceci ne dégage rien, une vague chaleur peut-être, due au mouvement contenu sur l'écran. On a la certitude que les événements ne vont pas venir jusqu'à nous, qu'ils vont rester là, bien rangés, dans une binarité cathodique, c'est pour cela que j'aime bien la télé. C'est exactement le type de compagnie stéréotypée et discrète dont j'ai besoin. Même si pour être franc, je n'ai besoin d'aucune compagnie, je suis bien comme cela, seul dans ma chambre. Un cocon, tissé par tant de jours. Enfermement volontaire, suicide social peut-être. Je n'ai pas envie de réfléchir à ce que je suis en train de ne pas faire, je ne cherche pas de mots pour le décrire, d'intégration à un phénomène quelconque. Je sais juste que, jour après jour, je ne veux pas sortir d'ici, vœu renouvelé à chaque aube crémeuse ou laide dans mes rideaux, neuf cent quatre-vingt-deux fois. Déjà.
Ce soir brusquement, la télé se met à déborder. Je me rapproche et je regarde. Pas besoin de son, les images crient d'elles-mêmes. Une journaliste emmitouflée et grave, qui enlève les mèches de cheveux que le vent lui envoie dans la bouche. Payée pour vendre l'émotion, prix de ses larmes dans le vent aigre d'octobre. Des lumières, des ambulances, des gens qui courent. Incompréhension, peur, je peux sentir leur odeur dans ma propre transpiration, comme un malaise familier. Des cris atones, des pleurs éteints, des mouvements autotéliques, et partout, palpable, dense, cette terreur qui vient danser dans mes veines, exutoire trop longtemps cherché. On dirait qu'il y a un truc qui s'est écroulé, j'allume le son au bout d'un moment, et les premiers mots que j'entends sont : « dans ce quartier d'Aubrisques, très fréquenté comme tous les samedis soir ». C'est très con, mais mon premier sentiment, c'est la fierté. C'est chez nous ! Il ne se passe presque jamais rien à Aubrisques, trop près de Paris, trop commun, une ville sans passé où s'entassent les déceptions, où refluent les pas assez bien de la capitale, un trop-plein de loosers pathétiques. La journaliste est chez nous, elle a sauté dans un taxi, et c'est sur nos trottoirs qu'elle promène ses petites bottines en faisant gaffe de ne pas trébucher sur on ne sait pas quoi, des gravats, des débris, des corps, qui sait, son cameraman la suit, celui qui voit et qu'on ne voit pas, il marche derrière celle qui tourne le dos aux choses et prétend les expliquer. Je cherche à reconnaître le quartier, on ne voit pas bien, je vais à la fenêtre, on devrait distinguer un halo lumineux au-dessus de la ville, un quatorze juillet morbide, je n'ai pas entendu l'explosion, c'était un cinéma, explique la journaliste, le Mondial, un vieux cinéma du centre, j'y suis allé quelques fois, avant. Mais je ne retrouve rien dont je me souvienne sur l'écran, pas de rumeur ni de lumières dehors non plus, je me sens inexplicablement floué, imperceptiblement soulagé.
Quand je reviens à moi, la télé bourdonne toujours, mais la nuit est tombée pour de bon. Cela m'arrive de plus en plus souvent, ces sortes de syncopes éveillées, je perds contact avec la réalité, peut-être que je dors, je ne sais pas. J'ai rêvé d'une fuite, il me reste un éblouissement de vent derrière les yeux. Et c'est seulement à ce moment-là que je pense à ma sœur. Où est-elle ? Elle devait sortir, aller boire un verre avec ses potes. Ils croient que je n'entends rien, que je « ne participe plus à la vie de la famille » comme me le reproche ma mère à travers la porte : « J'en ai marre, pourquoi tu ne sors pas de cette foutue chambre ? » à chaque fois qu'elle m'apporte mon plateau elle essaye quelque chose, des menaces, de la compréhension, des supplications : « Dis-moi quelque chose au moins, mais qu'est-ce qu'on t'a fait ? » Et : « Si c'est comme ça, je ne t'apporte plus rien à manger ! », mais elle continue, bien sûr, deux plateaux par jour, déposés devant ma porte, parfois elle feint de redescendre en claquant des pieds sur l'escalier, stupidement, et remonte tout doucement, quand j'ouvre la porte elle est là, sur le palier, nous nous regardons, mais non, ce n'est pas de ta faute, ma mère, ce n'est la faute de personne, juste merci pour le plateau, je ne lui dis rien, elle me regarde, souvent elle essaye de parler, on sent qu'elle a préparé sa phrase, que jour après jour elle la cherche, quête inutile qui remplit le seau percé de ses jours, elle cherche la phrase qui peut-être me touchera, je baisse les yeux sur la nourriture, je sais qu'elle va pleurer, et c'est précisément ce qui m'interdit d'avoir pitié d'elle, je suis déjà épuisé d'avoir pitié de moi-même, et je referme la porte.
Ce soir, je sais que Laura est dehors, ma sœur a une voix claire et haute, j'entends tout de ses colères, de ses projets, de ses éclats de joie, elle claque les portes et court dans les escaliers, tout est toujours très fort et très bruyant, quelle est la part de ce bruit qui m'est adressé ? Elle a quatre ans de moins que moi, à peine dix-huit ans, j'ai entendu sa fête d'anniversaire, j'entends tout, qu'est-ce qu'ils croient, c'était le vingt septembre, il y a deux semaines, ils ont chanté, il y a eu des rires, des murmures joyeux, une voix, qui a crié « Tu ne t'y attendais pas, hein » et le soir, un morceau de gâteau, avachi sur mon plateau, comme si quelqu'un s'était assis dessus, dans une petite assiette en carton rose, « Happy Birthday », je n'y ai pas touché, je n'en ai rien à foutre de leur joie.
Quand j'ouvre la porte pour prendre mon repas, elle est là, quelquefois. Laura. Ma petite sœur. Elle est debout, elle ne dit rien. Elle ne me supplie pas, elle ne pleure pas, elle ne se tord pas les mains comme ma mère. Elle est très calme, et elle ne fait pas de bruit, le silence de Laura est aussi bruyant que ses cris, aussi parfait, elle parvient à être une image d'elle-même, une incarnation sans mot, au-delà du dicible, une présence pétrifiée et mobile, hurlante et muette. Elle me regarde derrière sa mèche de cheveux qui cache son œil droit. Elle ne remet pas cette mèche en place comme font les autres filles, non, rien de tout cela, la mèche de cheveux sombres, son œil unique dans lequel je ne lis rien, elle a grandi en presque trois ans, jamais elle ne sourit, je ne dis rien non plus, il y a une densité exaltante dans ces instants-là, quand je referme la porte, je suis hanté par son regard cyclopéen, je suis troublé par l'envie de relever cette mèche, de voir son autre œil, rien de plus, juste cela et tout cela, je suis obsédé par ce demi-regard, ce manque de la moitié du monde.
Je sais qu'elle est dehors, là, quelque part dans cette ville, au cœur de ce qui est en train de se passer. Les gens s'agitent sur l'écran comme des souris dans une cage, qui savent qu'elles vont servir de nourriture au serpent. Un de mes potes, Dan, avait un serpent, Sébastien-Mike, dans un vivarium, et juste à côté, dans une cage, une demi-douzaine de souris qui attendaient leur tour d'être transformées en déjeuner de Sébastien-Mike, petites créatures aux yeux ronds de terreur primale, pure comme de la coke. Jouissif.
Sur l'écran, il y a des gens qui ont mal au-delà de la conscience, d'autres qui sont morts. Ce sont peut-être leurs âmes qui dansent dans la poussière, qui s'extraient lentement de ce qu'ils ont été pour devenir ce qu'ils n'ont pas pu être. Ceci n'a aucun sens. Je pourrais hurler tellement j'ai envie, j'ai besoin que cela s'arrête. « L'attentat n'a pas encore été revendiqué ! », proteste la journaliste, comme s'ils étaient morts trop tôt, juste avant de savoir pour quel combat ou au nom de quel dieu, ils auraient pu avoir la politesse d'attendre un peu, on ne peut pas tout faire, lancer une bombe et revendiquer l'attentat, je pense à « Astérix chez les Belges », quand Astérix et ses amis font un concours de qui détruira le plus de camps romains, et ils font ça, donner de petites claques aux Romains moribonds pour leur dire : on est des Gaulois ! Ah, ok, et on ne vous a pas appris à vous présenter autrement ? répond un des Romains, c'est marrant. Quel jour sommes-nous, l'ordinateur me l'a collé sous les yeux toute la journée, mais je ne l'ai pas retenu, la date, l'heure, peu importe, où est Laura bordel ?
Je n'entends rien dans la maison, ma mère a dû aller se coucher. Elle ne sait pas ce qui se passe dehors, elle prend des antidépresseurs, d'autres trucs pour dormir, quand elle m'apporte mon plateau du soir, elle est déjà en peignoir, le soir elle regarde la télé, mais pas les infos, des séries stupides avec des crimes crapuleux dans de grandes villes américaines. De quoi rêve-t-elle quand elle va se coucher, quelles pensées la suivent quand elle monte l'escalier, quand elle ferme les yeux ? J'ai l'impression que j'avais quand j'étais petit et que j'étais malade en voiture, une nausée, le nez sur la vitre, quand on ne peut vomir que sur soi.
Je suis l'échec de mes parents, l'aboutissement inattendu et délétère de leur vie ensemble. Ils rêvaient, et c'était bien parti. Quand nous étions petits, ils faisaient partie d'un groupe de jeunes parents souriants et confiants, qui s'invitaient pour l'apéro chaque dimanche après la messe. Ces invitations étaient supposées être spontanées, alors qu'elles obéissaient à un tour de rôle très précis et très mystérieux, vous saviez très bien quand serait votre tour, pas cette semaine, ni dimanche prochain, ce sont les De Malenruis, le dimanche suivant. Après, le truc était très délicat, parce que l'invitation étant censée être spontanée, il ne fallait pas avoir l'air d'avoir préparé, rangé la maison, acheté quoi que ce soit. Par contre, bien évidemment, la maison devait être impeccable, mais avec juste ce qu'il fallait de désordre pour faire naturel : un pull qui traîne sur le dossier d'une chaise, un livre ouvert sur un canapé. Il fallait avoir les beaux verres propres, et à portée de main, une bouteille de rosé et quelques bières légères dans le frigo, et puis des chips, un saucisson dont on confierait la coupe à un des hommes présents, joli geste symbolique de partage, bien catho, castration symbolique aussi, coupe toi-même ce sexe que Dieu condamne, on aurait, pour lui faciliter le travail, enlevé la peau du saucisson avant de partir pour l'église, je revois mon père pestant car il déteste avoir les mains grasses, pas le temps de les laver, ma mère est sur le paillasson, ma sœur et moi sans doute déjà dehors, les mains sur la portière de la voiture fermée à clé. Pendant la messe, mon père essuyait ses doigts, discrètement, sur son pantalon.
Il y a plein de souvenirs qui me reviennent. C'est sans doute parce que je passe beaucoup de temps à ne rien faire, juste à réfléchir. Un jour, le Père Roger, un prêtre black nouvellement nommé à la paroisse, des années que mes parents n'avaient pas remis les pieds à l'église, mais il avait dû entendre parler d'eux par leurs anciens potes, les fidèles restés fidèles à Dieu, mais pas à leurs amis. « Qu'elle est belle, cette foi enfantine des Africains, comme ces gens sont simples, plus proches de Dieu que nous » comme disaient mes parents à l'époque, un jour j'ai dit que cette remarque était raciste, ma mère l'a mal pris, elle prend toujours tout mal. Le Père Roger comme tous les prêtres sent vaguement la soupe, le désinfectant et l'urine. Je pense que les prêtres ne sont pas très fort en matière d'hygiène, on peut les comprendre, à quoi bon se laver si on ne couche avec personne ? « Mon Père, au secours, il refuse de sortir de là, que faire ? Dites-moi, je me sens tellement impuissante... » Ma mère dit « mon Père » aux religieux, « facteur » au facteur, « bonjour facteur, merci facteur ! », « docteur » aux médecins. Mais pas « éboueur » aux éboueurs, ni « caissière » aux caissières. Je l'imagine bien, se tordant les mains comme elle le fait toujours, comme si elle essorait sa douleur, avec sa petite grimace chagrine et haïssable, pleurer devant quelqu'un, c'est manquer du plus élémentaire amour-propre, jamais je n'ai pleuré devant personne depuis que j'ai été assez grand pour comprendre ça. Le Père Roger marmonne quelques trucs bidons, des paroles lénifiantes, des bénédictions, avec son accent africain, remettez-vous en confiance entre les mains de Dieu, il regarde sa montre, pense à son déjeuner, pourquoi perdre son temps avec des gens qui ne viennent même plus à la messe, ils retournent à ses veuves chiffonnées, à ses cancéreux héroïques - les gens qui ont le cancer sont tous admirables, et courageux, ils se battent ! Waow ! Je regrette, je ne vois pas où est le courage quand on n'a pas le choix. Le courage, je ne sais pas, Jean Moulin, des gens comme ça ont été courageux, ils ont fait des trucs qu'ils n'étaient pas obligés de faire. Mais quelqu'un qui a un cancer ? Il subit, c'est tout, que peut-il faire d'autre ? Moi je serais courageux si je sortais, puisque j'ai le choix de ne pas sortir.
Et puis, un dimanche bénit parmi les autres, un de ces dimanches de septembre qui soupirent de leur haleine craquelée, entre la somnolence dorée de l'été et la pourriture de l'automne, ces jours où tout bascule inéluctablement vers du moins beau, du moins chaud, du moins clair, bien sûr je ne ressentais pas cela à l'époque, j'avais dix ans, Laura six. L'apéritif dominical avait lieu chez nous, les parents nous avaient envoyé jouer dehors, dans le jardin déjà glacial à l'ombre des arbres. Ma mère nous avait donné un grand plat rempli de chips, mais nous étions une dizaine, et un plat de chips pour dix enfants liturgiquement affamés, c'est vite fini. La question se posait donc de qui irait en redemander. Les plus petits n'osaient pas, stupéfaits qu'on envisage seulement de les charger d'une affaire aussi sérieuse. Les plus grands ne se voulaient pas non plus, entrevoyant intuitivement le risque de pénétrer dans l'univers adulte dont on n'avait pas pu nous exclure sans raison. Laura et moi étions chez nous, et nous savions que nos parents donneraient plus facilement des chips à un petit invité. Nous en étions là. Personne ne se décidait, un groupe de gosses est une entité particulièrement têtue et immobile, ce n'est pas comme dans un groupe d'adultes où au bout d'un certain temps, quelqu'un se sent obligé de dénouer la situation. Je ne me souviens pas exactement de ce qui s'est passé ensuite. Il y avait deux tout petits, encore plus petits que ma sœur. Léon et Agnès. Des jumeaux. J'ai su plus tard qu'ils étaient en famille d'accueil depuis tout bébé, leur vraie mère était droguée jusqu'à la moelle, elle ne s'était pas rendu compte de ce qui lui arrivait quand elle avait accouché, elle avait emballé dans la carpette de bain ces deux larves improbables sorties d'elle-même, à peine vivantes, et avait trébuché, couverte de sang, jusque chez sa voisine, lui offrant ses gosses comme on apporte un kilo de prunes, ne me remerciez pas, vous me rendez service, on en a eu des tonnes cette année, j'ai fait des confitures, des tartes, mais bon, au bout d'un moment...
Je ne sais pas si c'est d'être nés en manque ou d'avoir filés en désintox à l'âge de trois jours, mais Léon et Agnès étaient des mômes exceptionnellement cons. Je ne sais plus qui a eu cette idée, peut-être qu'elle est apparue toute seule, perverse génération spontanée de nos cerveaux immatures et couillons, quelqu'un a dit aux jumeaux de se déshabiller, allez hop ! À poil ! Les grandes personnes s'étaient précipitées en entendant les jumeaux brailler. Elles avaient trouvé les deux petits à moitié nus, tremblants de froid et de peur, au milieu de notre cercle ricaneur. Leurs parents avaient ramassé Agnès et Léon d'une main, leurs vêtements roulés en boule de l'autre et s'étaient précipités vers la maison. Les mamans étaient rentrées juste derrière eux, magma confus et scandalisé en jupes droites et talons plats. Les papas étaient restés, les mains sur les hanches, avec sur leurs pulls de marque quelques épluchures de pistaches, et leurs chaussures en cuir verni incongrues sur les feuilles mortes du jardin.
« Mais vous êtes fous ou quoi, les enfants, voyons, que s'est-il passé ? »
C'était de bons catholiques, ces papas, ils essayaient vraiment de faire de leur mieux, je pense. Ils n'avaient pas crié, pas frappé, ils avaient demandé des explications, calmement.
Alors un, ou deux, ou trois, ou tous ces petits faux-culs biberonnés à l'eau bénite s'étaient vengés. Ils avaient candidement, unanimement, accusé ceux dont la famille ne leur avait pas fourni leur dose de chips : « C'est Niels ! C'est Niels et Laura ! Ils voulaient voir les jumeaux tout nus ! »
Je devrais hurler pour réveiller ma mère, ou téléphoner à ce numéro bidon d'aide aux victimes scotché en bas de l'écran. Et tout ce que je fais, c'est rester là, les bras morts, la bouche cireuse, dans la pénombre troublée par le vagissement atrophié des images. Je sais que je devrais faire quelque chose, mais c'est en partie ce que je fuis depuis tout ce temps : l'obligation permanente de faire quelque chose. Jouer un personnage que l'on n'a pas choisi, que l'on finit par détester à force de l'incarner pour le désir des autres, comme on se dégoûte de la même confiture tous les matins, même si c'est celle aux fraises que fait grand-mère chaque année, un peu trop sucrée malgré tout, les vieux mettent trop de sucre, trop de sel, ce qui manque dans leurs heures insipides. Moi je suis sorti de scène, j'ai choisi mon exil, ma geôle à la porte inversée, je peux sortir, je ne suis prisonnier que de moi-même.
C'est tout simplement terrifiant.
Personne ne peut imaginer l'effort que je fais deux fois par jour en ouvrant la porte pour attraper mon plateau. Je fais très attention, je ne pose pas un orteil en-dehors de la chambre, il y a une barre de seuil en plastique couleur bois, c'est la limite de ma chambre, je ne la franchis jamais. Neuf cent quatre-vingt-deux jours.
L'histoire avec les jumeaux a marqué la fin, pour mes parents, d'une série d'illusions déjà fanées, mais auxquelles leur candeur s'obstinait à imaginer un souffle de vie. Nous n'avons plus été invités à aucun apéro, et, après quelques messes glaçantes et hypocrites, nous avons cessé de fréquenter l'église. Nos dimanches matin, qui avaient été marqués par le sentiment aseptisé, mais confortable du devoir en cours d'accomplissement, devinrent des matinées traînées, ma sœur et moi devant les dessins animés avec des bols de céréales, mes parents dans leur chambre, se disputant à mi-voix. Laura, à qui maman avait renoncé à mettre des barrettes, avait commencé à avoir cette mèche de cheveux qui dégringolait devant son œil. Pendant le déjeuner du dimanche, il lui arrivait de souffler dessus, en louchant, avec ses petites joues toutes gonflées, c'était plutôt comique, et c'était la seule chose qui parvenait à faire sourire un peu nos parents, pas très longtemps, ma mère se reprenait : « Ne louche pas, Laura, c'est mauvais pour tes yeux ».
Je n'ai jamais cherché à me justifier pour l'histoire des jumeaux, je ne sais pas bien pourquoi, mais il me semblait que quelque part, le mal était fait et que cela n'aurait servi à rien. Si mes parents me pensaient coupable, s'ils avaient cru les accusations portées par les autres gamins, si tout le monde me croyait coupable, alors tant pis. Je ne me voyais pas me battre contre autant de certitudes adultes cumulées, ni tenter de détruire ce mur déjà bien plus haut que moi. Laura était considérée comme « trop petite pour se rendre compte », sa non-culpabilité en ajoutait paradoxalement à la mienne, comme quand je portais son cartable en plus de mon sac de collégien, en passant la chercher après l'école, quelle honte ce cartable de bébé fille, violet et rose, avec une princesse en plastique à la con.
Il faudrait que je m'habille. Depuis mille jours, je traîne en pyjama ou en jogging, en short. Ce soir, je porte un short du PSG et un tee-shirt Jack & Jones blanc qui commence à se déchirer au col. Je ne peux pas sortir comme ça. Attention, je n'ai pas dit que j'allais sortir, c'est plutôt : si jamais je sortais, il faudrait que je m'habille plus chaudement. Ma mère a rallumé le chauffage depuis quelques jours, il fait bon dans ma chambre, mais dehors la nuit est glaciale. La dernière fois que j'ai porté ce jean, c'était juste avant, la veille du premier matin où je suis resté ici. Ma mère et Laura pensaient à une blague, bon, Niels, tu descends ? Comme si c'était mon style de faire des blagues !
C'était une très belle journée, en juin. Je m'étais levé vers midi, j'étais descendu, ma mère voulait que je mange avec elle : « ben, tu déjeunes avec moi, au moins, Niels ? Déjà que tu n'as pas pris de petit déjeuner, ce n'est pas très bon, tu sais, de vivre décalé comme ça... » Je suis sorti sans dire un mot. Ce n'est pas que je n'aime pas ma mère, non, je l'aime, je pense, tout le monde aime sa mère, non ? C'est juste que, je ne sais pas, elle a cette façon de parler, ce gémissement continuel, cette manière de lever les yeux au ciel, de se frotter les mains l'une contre l'autre, de nous rappeler que c'est pour nous qu'elle a arrêté de travailler, pour nous élever, pour être avec nous tous les jours quand on rentrait de l'école. Ma mère transpire la rancœur, elle en veut au monde entier. Je n'ai jamais eu l'impression qu'elle était contente de me voir quand je rentrais à la maison. Elle avait l'air assez satisfaite de voir ma sœur, pas super enthousiaste, mais contente quand même, elle lui donnait un petit bisou sur les cheveux, ah ma puce, ça va ? et c'était tout. Elle faisait des gâteaux. Tous les jours. Pour notre goûter, il y avait chaque jour un nouveau gâteau, une valse de tartelettes, de cakes, de charlottes, de moelleux. Laura aime les tartes aux fruits, mais ça s'arrête là. Moi je déteste les gâteaux, tout ce qui est sucré en général, je déteste, sauf la glace, ça passe encore, la glace.
« Ta mère, c'est quelqu'un de bien », m'a dit mon père. C'était pendant notre week-end « entre hommes », j'avais quatorze ans, mon père s'apprêtait à quitter la maison, il avait tenu à ce qu'on passe un week-end tous les deux, c'était la première fois, nous étions partis tôt le samedi matin, nous étions allés dans une espèce de camping avec un lac, on pouvait pêcher dans le lac et emprunter des barbecues pour faire cuire les poissons qu'on avait pêchés. Nous n'avions rien attrapé du tout, nous n'avions pas les bons hameçons, ni les bons appâts, et ces émerillons étaient décidément de la merde, mon père ne se sentait jamais responsable d'aucun échec, et il m'avait envoyé acheter des saucisses à l'épicerie. Il ressemblait à un vrai trappeur, dans la lumière chaude des flammes, avec sa chemise écossaise, il était toujours bien habillé, c'était un beau type aux traits marqués, je rêvais de lui ressembler à l'époque, mais j'étais un petit gars maigrichon avec une grosse tête ronde et molle, je me faisais penser à un bilboquet, comment un aussi bel homme avait-il pu pondre une larve pareille ? J'ai gardé pendant des semaines, sous mon oreiller la nuit, planqué dans mon armoire la journée, le pull que je portais ce soir-là, je m'endormais dans l'odeur du feu et des saucisses grillées, mon père était parti, mais rien n'avait changé, voyons, on ne va pas en faire un drame, je viendrai vous voir très souvent, tu es l'homme de la maison à présent, Niels, occupe-toi bien de Maman et de Laura.
Je ne pensais pas rentrer dans ce jean, mais si, il est un peu serré, mais c'est surtout que je n'ai plus l'habitude de porter des vêtements ajustés. Je n'ai pas grossi, c'est une des choses que je craignais, devenir un gros tas de gras avachi devant son ordinateur, mais j'ai fait du sport tous les jours, les pieds coincés sous la barre du lit, donc au final je n'ai pas trop perdu, c'est bien. Ce n'est pas possible que j'aie grossi des pieds, on ne grossit pas des pieds, c'est juste que je n'ai plus mis de chaussures depuis tellement longtemps. Brusquement, je me retrouve prêt à sortir, je me suis concentré sur les différentes étapes, le jean, les chaussures, le sweat, comme si je voulais lutter contre l'impression d'ensemble, mais là je suis prêt et je ne sais pas quoi faire. Il y a mon short du PSG roulé en boule devant moi, la télé, mon lit, mon bureau. Je peux enlever ce jean, ce sweat, ces baskets, c'est possible, je peux me coucher sur mon lit, personne ne dira rien, je peux faire semblant de ne rien savoir, laisser les choses se dérouler en-dehors de moi, je ne suis pas responsable de Laura, ni de maman, c'est une connerie, le genre de choses qu'on dit comme ça, machinalement, quand on est un père et qu'on quitte la maison, et qu'on ne trouve pas les mots pour dire adieu.
Je me demande souvent si les choses auraient pu tourner différemment. Si nous avions continué à aller à la messe, si j'avais fait ma communion, qui était prévue pour mai, juste quelques mois après l'histoire des jumeaux. Si ma mère avait continué à mettre des barrettes dans les cheveux de Laura. À un moment, elle ne s'était même plus levée le matin pour s'occuper de nous. Papa partait travailler, très tôt, maman restait au lit, elle disait qu'elle était fatiguée. Nous mangions des biscuits de petit déjeuner que nous trempions dans du lait, Laura refusait de boire le lait où traînaient les miettes de biscuit, je le vidais dans l'évier pour ne pas que cela fasse d'histoires. Je la déposais à l'école avant d'aller au collège, une grande porte avec une ancienne inscription gravée dans la pierre : École de filles Sainte-Marie. Chaque jour, elle se retournait vers moi, son œil caché derrière ses cheveux et elle disait : tu reviendras me chercher, hein, Niels ? Et je disais promis, juré. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

L'attentat d'Aubrisques a eu lieu le 4 octobre 2018. Il a été revendiqué par plusieurs groupuscules islamistes, et l'enquête est toujours en cours, ce qui suppose que de temps en temps, quelque part, des gens se penchent sur le problème, ressortent des photos du vieux cinéma abattu, et des trente-sept victimes décédées. À la mémoire de celles-ci, la municipalité d'Aubrisques a fait construire un joli monument de marbre gris, sobre et élégant, sur lequel on a gravé leurs noms.
Celui de Laura Échottier n'y figure pas. La jeune fille a été retrouvée par son frère alors qu'elle errait dans les rues, sous le choc, mais indemne. Quand elle a aperçu son frère, elle s'est jetée dans ses bras et il l'a ramenée à la maison. Cela faisait presque trois ans que Niels n'était pas sorti de sa chambre, et il y est retourné définitivement une fois Laura en sécurité. On l'a retrouvé mort quelques mois plus tard, il s'était suicidé. Les murs de sa chambre étaient couverts de dessins représentant une femme étrange, sublimée et évanescente, dont seul un des deux yeux est visible.
189

Un petit mot pour l'auteur ? 55 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Adrien Voegtlin
Adrien Voegtlin · il y a
Texte émouvant avec une fin tragique. Mes voix.
Image de Viviane Fournier
Viviane Fournier · il y a
Magnifiquement renversant d'émotions ... la vie est là au plus simple du pas-simple mais elle est là ... Bonne chance à vous !
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Je te confirme mon soutien, Annabel, et te souhaite un excellent dimanche. Bises :)
Image de CATHERINE NUGNES
CATHERINE NUGNES · il y a
Triste fin, mais quand on veut en finir vraiment avec la vie, c'est rare que l'on se rate. Dommage , la vie même méga-chiante vaut la peine d'être vécue. Et puis si l'on veut souffrir .... alors il faut vivre , c'est plus long comme fin et on souffre davantage.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci pour ce commentaire, pas forcément optimiste mais… 🤗
Image de CATHERINE NUGNES
CATHERINE NUGNES · il y a
Non , j'ai connu tant de personnes qui voulaient se jeter sous un train...le jour de la grêve SNCF ou se mettre la tête dans le four .... électrique ... non optimiste je le suis et je prends et consomme tous les petits bonheurs que la vie veut bien me donner . J'en ai mis du temps ... mais maintenant ça y est.. j'avance .
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Je suis contente d’entendre plutôt ça… Mais vous avez raison ce n’est pas si facile de vivre et d’être heureux…
Image de Ralph Nouger
Ralph Nouger · il y a
Un récit prenant, triste désespoir !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci d’être venu me lire
Image de Keith Simmonds
Image de Annabel Seynave-
Image de Dominique Fabre
Dominique Fabre · il y a
Bis repetita pour cette belle spirale infernale !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci d'être revenue :))
Image de Bebelle 1725 D.
Bebelle 1725 D. · il y a
Terrible de désespérance jusqu'à la chute, une sorte de spirale qui aboutit au suicide de ce personnage torturé,Bravo , un super texte
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci de cette lecture attentive, et de votre commentaire.
Image de Alice Merveille
Alice Merveille · il y a
Un texte à la construction implacable porté par une belle plume ! Bonne finale Annabel !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci de votre lecture Alice !
Image de Ozias Eleke
Ozias Eleke · il y a
Mon soutien Annabel.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci Ozias ! 🤗
Image de Nadege Del
Nadege Del · il y a
Ça embarque et ça secoue. Min vote
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci de votre lecture !
Image de François B.
François B. · il y a
Un récit très fort. Mon soutien renouvelé
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Je suis très contente que ce texte vous ait plu !
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Une saison "Printemps" vertigineuse, sans compter la "Renaissance" ... ! Encore bravo !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Ouiiiii ! J’ai beaucoup de chance…
Image de Corinne Chevrier
Corinne Chevrier · il y a
Terriblement bien écrit.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci d’être venue me lire Corinne
Image de Kruz BATEk Louya
Kruz BATEk Louya · il y a
C'est un récit bien exquis! Rédigé avec soin, et circonspection. Bravo! + 5 voix !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci pour votre soutien !
Image de Carl Pax
Carl Pax · il y a
J'ai relu, qu'est-ce que c'est beau ! Je crois que j'ai encore plus apprécié que les autres fois. Un cheminement que j'avais trouvé passionnant, au sein de l'univers-cocon du héros retranché derrière sa vie, sa vision douce amère qui n'exclut pas un humour que j'ai adoré à travers l'ironie. De très belles phrases, profondes. J'aurais bien aimé que Niels reste en vie et sorte enfin dans la rue, mais l'ensemble de ses réflexions sombres rend la chute presque logique.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Je suis très touchée par votre commentaire, merci de tout ce que vous m’apportez, Carl !
Image de Cécilia Cavallini
Image de Annabel Seynave-
Image de Pierre-Hervé Thivoyon
Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
J'aime ÉNORMEMENT ! Voilà.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Très touchée que cela te plaise à ce point ... Merciiiiii !
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Je vous souhaite une très bonne finale , Annabel.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Un grand merci Ginette !
Image de Mireille Bosq
Mireille Bosq · il y a
Pire que le chapelet que les parents ont égrené jusque là, l'inventaire implacable de l'échec personnel, familial, social qui ronge et détruit tout jusqu'à un geste fatal. Un ensemble radical.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci pour cette lecture en profondeur !
Image de Daniel Nallade
Image de Annabel Seynave-
Image de Mome de Meuse
Mome de Meuse · il y a
Toutes mes voix, à nouveau avec grand plaisir, Annabel.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci beaucoup !
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Revoté, en remplacement des voix perdues dans la débâcle.
Bonne chance à ce très beau texte !

Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci de votre efficacité !
Image de Sarah Moonlight
Sarah Moonlight · il y a
Coup de cœur renouvelé 🖤
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Un tout grand merci Sarah !
Image de Guy Bellinger
Guy Bellinger · il y a
Le fond et la forme sont parfaits. Chapeau bas.
Je suis également finaliste avec mon poème "Les Bleus au cœur d'un bleu du cœur", que je vous invite à découvrir.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-bleus-au-coeur-dun-bleu-du-coeur

Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
C'est fait ! Merci de votre passage et bonne finale !
Image de Armelle FAKIRIAN
Armelle FAKIRIAN · il y a
Bonne finale Annabelle, mes voix renouvelées.
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Merci Armelle !
Image de Olivier Descamps
Olivier Descamps · il y a
Le récit d'une souffrance intérieure incurable ! Une écriture forte et talentueuse ! Bonne finale, Annabel ! Je revote volontiers !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Un grand merci Olivier !
Image de Hortense Remington
Hortense Remington · il y a
Mon soutien renouvelé !
Image de Annabel Seynave-
Annabel Seynave- · il y a
Mes remerciements renouvelés !

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Mon arbre

Eva Dayer

Sans que je l’aie prémédité, mes pas m’avaient conduite vers mon ancienne adresse, celle de la maison d’autrefois. M’en approchant, j’avais ressenti une impression déplaisante que je... [+]