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Life sometimes is unsually Fonky

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Lino Paez

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A ce stade, Bill remplissait sa vie comme on bourre une valise avant un départ dont on ne connait pas la destination. Résultat, il omettait l' essentiel et y fourrait un tout venant pas possible absolument inutile.

En ce jour, il peina à descendre un étage faire deux trois courses dont il n’avait pas réellement besoin, le but étant de meubler son espace temps. Bill ne parvenait pas à créer un lien entre l'espace et le temps. Il avait entièrement raison. Il alla ensuite boire une collation au bar de popoches sur la place du village, puis rentra pas si paisiblement que cela réfléchir à ce qu'il pourrait entreprendre pour passer une agréable journée, être un minimum productif ou pourquoi pas opter pour une parfaite glandouille et remettre à demain tout ce qu'il devait faire impérativement. En gros rien.

Puis bien malgré lui mais pas tant, il se laissa envahir par une nuée de pensées putrides sans s’en rendre compte puisque les pensées n'ont pas d'odeur. En l'occurence, la vilaine du deuxième étage a perdu vingt kilos en ce début d'été alors qu'il s'acharne à perdre cinq cent grammes qu'il reprend systématiquement. Il trouve cela amer, voire écoeurant. Oui cela l'écoeure, c'est correct. A présent cette gazelle monte les escaliers quatre à quatre, tandis qu'il halète dès la troisième marche. Il peste de ne point pouvoir les franchir comme elle ces foutues marches. Sa colère l'intoxique rudement, elle est bien vilaine. La gazelle est vilaine, pas sa colère. Puis sans surprise, il rumine à propos du mollusque au rez-de-chaussée de leur immeuble qui braille depuis deux jours dans tout le village, qu'il vient d'hériter d'une bicoque magnifique avec piscine dans un autre pays. Un mieux qu’ici évidemment, un pays où se bâfrer ne fait pas grossir, un pays où on a pas envie de se souler à longueur de journée, un pays où on tombe amoureux aussi souvent qu’on cligne des yeux. Même en trimant toute sa vie, Bill ne pourrait pas se payer une telle baraque, ça c'est sûr, jamais! En plus, ce gars touche le RSA, quelle honte! Lui il ne touche rien du tout, pas une gazelle, rien, et lui touche le RSA, plus une propriété dans un pays enchanteur. La vie est vraiment injuste envers Bill.

Puis le téléphone sonne, et ça tombe bien. Il papote avec une de ses connaissances en médisant sur ce foutu héritier. Ses mots déboulent en trombe, à la vitesse des bolides de formule 1, se doublent en queue de poisson dans une débâcle d’opinions sans tête à queue giclant de son cerveau et finissent broyés contre les murs de son studio. Ce flux cérébral ne représente qu’une énergie féroce dénuée de sens, issue d'une lutte intérieure permanente et endurante à l'excès dont il n’est pas maître. Englué dans cette tristesse dont il ignore la présence, seul l'alcool l’apaise au cours de la conversation téléphonique. Il tourne en rond, le corps animé de spasmes, portable bouillant collé à l'oreille maintenu par une poigne ferme tandis que l’autre étrangle un verre de vodka vide. Puis Bill et son pseudo ami en viennent à pinailler une heure durant à propos de qui était ( car il est mort) le vrai inventeur de la machine à courber les bananes. Bill finit par raccrocher au nez de sa connaissance. Ereinté, il s'affale sur le fauteuil en attrapant la télécommande et observe un moment son hamster séquestré au dessus du frigo se demandant si courir comme un imbécile sur la même roue jusqu'à sa mort le rendra potentiellement heureux. Bill aimerait lui poser la question mais surtout obtenir une réponse sincère. Personnellement, il ne considère pas ce genre de vie des plus gratifiante, mais visiblement son hamster l'envisage ainsi. La journée finit par s'éteindre en même temps que la télé et Bill va se coucher sans se brosser les dents, dans des draps plutôt sales qu'il aurait pu changer depuis plusieurs semaines pour se sentir un tantinet mieux.

Un lendemain vit le jour, d'autres repas copieux en perspective, quelques courses à la supérette du coin et à la bonne boucherie, d'autres collations, d'autres moulinages de cervelle, d'autres « faut que j'arrive à pas manger si gras ». Toutefois, en fin d’après-midi une surprise inattendue l'attendait. La vilaine du deuxième, fagotée d'un combishort ridicule sonna à sa porte. Elle réussit à le convaincre de venir à la soirée déguisée du mollusque héritier au rez-de-chaussée. Quasi tout le village y était convié. De toute façon, le bruit l’empêcherait de dormir puisqu’il était au premier. Il grommela une minute avant d' accepter, puis lui claqua la porte au nez et se dirigea vers l’évier. Il s’agenouilla et ouvrit le placard en dessous des deux bacs en aluminium brossé. S’y trouvait une pile de journaux jaunis qu’il se mit à déchirer en lambeaux. Il savait qu’ils lui auraient servi tôt ou tard à quelque chose de colossalement important. Il les plongea dans la colle à tapisser et ressentit une fierté jubilatoire en moulant un subjuguant casque de Caliméro qui lui irait comme un gant pour la soirée. Il ne tenta nullement de porter à sa conscience le pourquoi de cette surexcitation. Une petite voix intérieure, communément appelée « intuition » chantait dans ses entrailles. Ce qu'elle fredonnait était inaudible bien qu’il appréciât ce chamboulement interne délicieux. Bill tangua entre les quelques meubles de son studio, virevolta en suçant le rebord d’un verre de vodka, puis échangea plusieurs idées avec son hamster à propos de l’éternel retour. Au couché du soleil, il changea ses draps ternis et laissa la trappe de la cage grande ouverte.

Le jour du bal costumé arriva. Campé devant son miroir en pied, il hésita un instant en enfilant son costume qui le désavantageait cruellement et se retrouva dans cette fête débile où il était sûr de s'ennuyer. Bref, il y était grâce à son intuition. Son collant de laine opaque et son sous pull acrylique noir gainaient son gras sympathiquement. Clopin-clopan, il se fraya entre les cigarettes électroniques s'écartant sur son passage dans le salon désenfumé. Il constata qu'à part lui, personne n'était déguisé en Caliméro. Plusieurs le félicitèrent pour l’originalité de son costume. Il fut ravi de cette reconnaissance, bien que personne ne l’eut reconnu. Il s'appuya contre un mur, croisa les bras un gobelet à la main, décidé à ce que les autres viennent à lui, certainement pas l'inverse. Inconsciemment, il adopta l'air désinvolte de celui qui assume pleinement qui il est. Habité par ce sentiment d'assurance, ce qu'il émanait le rendait terriblement sexy, oh oui qu'il était sexy dans son costume de Caliméro, car dans la vie tout est question d'attitude, le reste, on s'en fout.

Et là, sur un canapé de velours avachi dégageant une odeur de tabac froid, oui, juste là, subitement, il se mit à couler comme le miel sur un toast hors du grille pain. Car là, dans ce glorieux ici et maintenant, c’est à dire entre une minute qui meurt et une autre qui naît, se trouvait sur ce canapé pourri, entourée d'un halo de lumière qu'à part lui nul ne voyait : L'Amour de sa vie, et elle le fusionnait du regard.

Il le sut dans l'instant, c'était l’Amour de sa vie. Il y a des choses dont on est absolument sûr, comme quand on a envie de pisser, on le sait. On ne demande pas conseil à quelqu'un ou ce
qu’il en pense, on va pisser, un point c'est tout. Un coup de foudre explosa son casque coquille d'oeuf qui vola en écailles. Il devint tout rouge mais cela ne se vit point grâce au cirage noir dont il s'était tartiné la trogne. Il lâcha sa Vodka sur ses baskets neuves en toile noire qu'il avait si peur de salir et dans un élan qu'il ne s'expliquera jamais, il se précipita vers la gazelle et le mollusque héritier qui gobaient des bulles de mousseux. A genoux, il saisit leurs mains et les embrassa goulument. Ils finirent par le repousser tant sa bave leur dégoulinait sur les doigts. Pas grave, il leva les bras au ciel en bramant « Merci de m'avoir invité ! » à en faire péter les tympans de tous les invités qui se retournèrent sur lui, pensant qu’un dindon de l’Eurovision venait de faire irruption dans la fête.

La soirée fut dense et sucrée, Bill et sa douce se cuitèrent solidement. Ils quittèrent le bal costumé en zig-zag et montèrent au premier se lover comme deux cuillères dans le bac à couverts.

La grande vie commença enfin. Leurs journées s'égayèrent au rythme de folles courses en caddie dans les rayons des supermarchés sans rien acheter. Ils dansèrent la salsa nus sur la place du village à la nouvelle lune, filmèrent un remake de Neuf semaines et demi version cappuccino en se roulant des pelles dans la mousse. Brad et Angelina ne voulurent plus sortir avec eux tant ils leur faisaient de l'ombre. La reine d'Angleterre leur fila sa chambre royale pour leur lune de miel et alla se tapir sur un lit de camp déglingué dans la remise à outils au fond du jardin. Obama en blue jean et en tongs, leur apporta des petits four au Tofu à bord d'Air force One, avant d'atterrir sur Bora Bora pour leur voyage de noce.

Ils mirent au monde une flopée d'enfants surdoués dans l'âme qui de leur vivant, parviendraient à ce que l'annihilation des pulsions néfastes soit instinctive, l'altruisme universel d'une banalité presque pathétique et l'épuisement des ressources naturelles une légende.

Bien sûr Alf, E.T et les Ewoks seraient présents à tous les anniversaires de leurs petits enfants.
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