Le regard noir

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Des mots pour sauver des maux Pour hurler à la face du Monde Pour exister à la face de Soi Sortir le venin Les ombres Accueillir le malin Mais tendre les mains Vers la lumière du matin  [+]

Elle observe Lory jouer près de la balançoire de l’aire de jeux. L’enfant tourne le dos à sa mère alors qu’il s’affaire accroupit à une expérience extraordinaire : voir comment une fourmi est capable de porter une masse nettement plus importante qu’elle sur une distance qui lui apparaît énorme à son échelle. Lory sourit béatement devant ce spectacle en miniature. Elena, assise sur un des bancs du square, ne quitte pas son fils des yeux. Elle a ce regard perçant et attentif d’une femme en proie à l’inquiétude à l’idée même qu’une chose horrible arrive à son enfant. Il est vrai que cette époque où l’agressivité fait rage ne présage rien de bon et que personne ne peut faire dorénavant confiance à autrui. Elena veille au grain.

Elle détend ses jambes un instant alors que Lory revient vers elle pour lui demander un des biscuits du goûter réalisé par ses soins. Disposés dans une petite boîte hermétique gardée en permanence dans son sac en bandoulières, elle s’organise toujours pour en avoir sous la main quand ils sortent tous deux en balade. Elle tend d’une main blanche le biscuit réclamé et Lory, le sourire aux lèvres, court vers les fourmis courageuses afin de voir si l’une d’elle se sentirait capable de transporter un morceau de biscuit sur son dos. Il en mange un bout et laisse le reste se disloquer en prenant garde de ne conserver que des morceaux imposants.

Dans le square, un enfant de sept ou huit ans s’approche de l’aire de jeux et surveille du coin de l’œil les agissements de Lory trop affairé à son expérience pour s’en apercevoir. Mais Elena remarque l’attitude étrangement belliqueuse du garçon se tenant à seulement quelques mètres de son fils. Elle fronce légèrement les sourcils, attendant une réaction de cet enfant à peine plus âgé que Lory, dont l’accoutrement en piteux état la laisse dubitative. Les mains dans les poches et les cheveux hirsutes, l’enfant s’approche doucement de Lory, semblant montrer une attention certaine au jeu des fourmis. Il s’accroupit à son tour pour mieux voir le spectacle. Lory, content de se faire un ami potentiel l’invite à participer à son expérience d’un air joyeux :

— Tu as vu ? Elles sont fortes ! Elles peuvent porter de grosses charges et rentrer dans leur fourmilière pour préparer l’hiver. Je viens de donner un peu de mon biscuit et elles emportent les gros bouts aussi facilement que si je pouvais porter deux grandes chaises sur mon dos !

L’enfant écoute les propos de Lory sans rien dire, indifférent. Il continue de surveiller les fourmis et soudain, pointe son index vers l’une d’elle pour l’écraser violemment sous sa charge. Il relève son doigt pour vérifier l’état de la fourmi et découvre un insecte broyé sous l’impact de son doigt meurtrier. Lory, stupéfait, tourne la tête vers sa mère, la mine défaite. Témoin de la scène, Elena se lève du banc pour rejoindre les deux enfants. Elle demande à Lory de se relever et s’apprête à repartir avec lui, non sans un reproche adressé au petit garçon :

— C’est cruel d’avoir tué cette fourmi. Le sais-tu ?

L’enfant, les yeux rieurs lève le visage enjoué vers Elena comme pour se moquer de ce qu’elle pouvait bien penser. Lory, attristé baisse la tête sans trouver le courage de riposter face à ces agissements incompréhensibles. Pour toute réponse, le garçon écrase alors plusieurs fourmis sous ses doigts et relève ses mains triomphalement, le bout de chaque doigt mettant en évidence une fourmi morte et des miettes de biscuits. Ecœurée par ce manège, Elena s’éloigne en tenant la main de son fils dans la sienne, ouvre le petit portillon menant à l’extérieur de l’aire de jeux, quand une voix caverneuse la fait sursauter :

— Benjamin !

L’enfant, jusqu’à présent hilare, exhibant ses trophées déchiquetés, se redresse brusquement pointant le nez vers l’homme qui l’appelle. Pâle, tout à coup, il avale sa salive péniblement et se rend auprès de lui.

Elena observe cet homme brun d’une trentaine d’années et remarque son allure fière et sa taille haute dans un complet veston de couleur chair. Se tenant à une dizaine de mètres d’elle, il la considère un instant, détaillant rapidement la stature élégante de cette femme au teint blafard. Elena, la taille fine emmitouflée dans une longue veste dont la ceinture renforce l’impression de maigreur et de fragilité apparente, lui semble pourtant pleine d’aplomb. Il scrute le moindre contour de son corps, intrigué par l’attitude légèrement acrimonieuse de cette belle femme aux yeux en amandes qui le toisent avec une certaine arrogance. Ainsi observée, Elena baisse les yeux, gênée. Son cœur bondit au fond de sa poitrine, les sens en alerte. Mécontente de la situation imposée par l’enfant, elle imagine un grand manque d’éducation et de bienséance chez ces deux personnes et malgré son ressenti étrange vis-à-vis de ce bel homme, elle ne peut faire autrement que de le contempler d’un air réprobateur. Levant le menton vers Elena, il l’interroge d’une voix puissante :

— Mon neveu vous a-t-il ennuyée ?

Surprise, Elena tressaille à la question subitement posée. Lory, qui n’avait su quoi dire face au garçon mal élevé, ouvre la bouche avec véhémence :

— Il a tué mes fourmis ! Elles ramassaient juste de quoi manger pour préparer l’hiver !

Elena, sentant l’incongruité de ce méfait sans importance, saisit plus fermement la main de son fils, fait un signe de tête à l’homme en guise d’au revoir et s’éloigne en silence. Lory, toujours fâché se tourne vers l’autre enfant et son oncle en leur lançant un regard noir. L’homme, immense baisse les yeux sur lui, le fixant d’un air impitoyable ne supportant pas que le gamin ose s’exprimer aussi vertement.

Sur le chemin les menant vers le centre-ville, Elena parle doucement à son petit garçon lui expliquant que dans la vie, tout le monde n’était pas tourné vers la bienveillance et que souvent, on pouvait être désappointé par la méchanceté dont pouvait faire preuve certaines personnes.

— Le plus important mon chéri, c’est que toi, tu fasses de ton mieux pour respecter les êtres, que ce soit les humains autour de toi, ou bien les animaux et même les insectes... C’est toi qui as raison, tu sais !

Lory, les yeux dans le vague, repensant au visage malveillant de l’homme du square, écoute sa mère d’une oreille distraite. Le passage d’une longue voiture noire étincelante et aux vitres teintées attire soudainement son attention. Il la suit du regard un instant mais celle-ci tourne à l’angle de la rue. Lui et sa mère se trouvent à présent très proches de leur appartement situé rue Bellefontaine, dans un quartier de grands immeubles datant du XIXème siècle pour la plupart. Les vieilles bâtisses, de trois ou quatre étages, parfois davantage, font une haie d’honneur à la grande rue parsemée de quelques platanes enrubannés de décorations lumineuses à un mois des fêtes de noël. Elena, sort de son sac un porte-clefs tout en continuant de tenir la main de son enfant pourtant sage. Lory, tourne la tête vers la rue d’où la voiture a disparu et fronce les sourcils en apercevant au loin le méchant petit garçon du square. Pas le temps de réagir, Elena le pousse à entrer dans la bâtisse et referme la grande porte en bois brutalement derrière elle.

Le bâtiment où se trouve le logement d’Elena comporte quatre étages dont certains locataires privilégient d’un petit balcon donnant sur la rue Bellefontaine. Dans l’appartement du rez-de-chaussée dans lequel Elena vit en mère célibataire, les fenêtres sont toutes protégées par des tiges en fer forgées laissant difficilement passer la lumière du jour et donnant une impression d’étouffement constant. Toutefois, dans ce petit trois pièces meublé, Elena se sent en sécurité avec son fils. Depuis qu’elle vit ici après le départ inopiné du père de Lory, elle se donne corps et âme à l’éducation de son enfant, lui enseignant de nobles valeurs. Malgré sa solitude, elle est heureuse de le voir évoluer au fil des années, de le sortir à chaque fois que le temps le permet et de lui faire plaisir autant qu’il lui est possible.

Dans la rue Bellefontaine, la nuit commence à tomber et les réverbères éclairent tout alentour. Les platanes décorés agitent des ampoules de couleurs, dansant suavement, accrochées aux branches des arbres presque invisibles dans l’obscurité, secouées par un vent faible mais glacial. Au moment où les enfants vont au lit, plus personne ne se trouve au dehors et le silence s’installe. Les automobilistes se font de plus en plus rares.

Après avoir couché Lory, Elena s’apprête à fermer les deux volets donnant d’un côté sur la rue Bellefontaine et de l’autre côté, sur l’avenue Maréchal Joffre. Le vent frais s’insinue à l’intérieur de son petit appartement et elle sent sur son corps toute sa peau se hérisser. Tout à coup, au travers des tiges en fer forgées de la petite fenêtre, elle sent une main gelée attraper la sienne. Sursautant brutalement, son cœur se met à battre la chamade. Elle tente de se délivrer, mais la main intruse à la poigne énergique se cramponne à la sienne sans qu’elle puisse faire quoique ce soit :

— Qui est-ce ?

Sa voix trahit son angoisse. Fronçant les sourcils, elle cherche au dehors un visage qui appartiendrait à cette main inquisitrice. Une longue masse informe apparait dans l’obscurité. Inquiète, elle cherche à comprendre pourquoi cette ombre dont elle ne distingue pas encore l’identité cherche à la maintenir de la sorte. Une grosse voix caverneuse sort de la bouche de l’ombre :

— Pardonnez-moi, Madame, je viens vous rapporter quelque chose que vous avez perdu tout à l’heure...

Elena réfléchit à toute allure, n’ayant pas à l’esprit d’avoir pu laisser quoique ce soit lors de sa sortie. Elle reconnaît néanmoins la voix étonnante de l’homme du square pour lequel un mélange de sentiments étranges était né ; un mépris certain après l’attitude cruelle de son neveu mais également, une admiration pour l’homme lui-même, qui lui faisait perdre ses moyens. A son souvenir, son cœur se trouble comme quelques heures plus tôt. D’une voix fébrile, elle lui rétorque :

— Je n’ai rien perdu du tout...

L’homme se rapproche encore de la petite fenêtre afin de montrer son visage sous l’éclairage tamisé de la lampe posée sur la table basse dans l’appartement. Un sourire apaisant apparaît sur sa face, deux yeux bleus très clairs se posent sur Elena avec une douceur renversante, laissant celle-ci bouche-bée. Elle n’aurait imaginé que de tels yeux puissent exister. Le cœur battant, elle tente de retirer sa main de l’étreinte de l’étranger et celui-ci, tout proche à présent la délivre enfin, sûr d’avoir son attention toute entière :

— Je voulais vous revoir... et... je voulais m’excuser du comportement douteux de mon neveu. Il n’est pas toujours très sympathique mais ses parents ne pensent pas à l’éduquer. Il est souvent livré à lui-même et je m’occupe de lui quand je le peux...

Elena se détend légèrement. Le froid continue d’entrer dans l’appartement à peine chauffé et elle tremble de tous ses membres aussi bien à cause du froid que de l’effroi que génère cette visite impromptue. L’homme poursuit :

— Vous avez perdu un bijou tombé près de la balançoire. Je suis venu vous le rapporter. Les fourmis survivantes tentaient bien de l’emporter mais c’était un peu lourd pour elles...

Elena glousse intérieurement à la plaisanterie et se sentant encouragé, l’homme lui sourit amusé, la scrutant de son regard intense. Il imagine l’effet qu’il lui fait alors ; une certaine méfiance mêlée à de l’attirance, le trouvant de ce fait, autrement plus charmant que lors de leur rencontre au square.

Ennuyée de s’être montrée si intransigeante vis-à-vis de lui sans vraiment le connaître, pleine de préjugés non justifiés, Elena réfléchit quelques instants. Toutefois, elle ne peut faire autrement que trouver cette manière de l’aborder quelque peu étrange :

— Merci de vous être dérangé... mais il est tard, Monsieur !

Se sentant perdre du terrain, il sourit toujours mais en grimaçant d’un air désolé tout en lui montrant d’un geste rapide la petite gourmette ornée du prénom de son petit garçon :

— C’est bien celui-ci ?

Elena acquiesce avec un sourire embarrassé.

— C’est un bijou auquel je tiens beaucoup. Il appartient à mon fils... C’est vraiment gentil de me l’avoir rapporté... Je ne sais comment vous remercier...

L’homme, attentif explore furtivement l’intérieur de l’habitation et remarque la petitesse du logement dans lequel la jeune femme vit. Elena se détourne un instant et songe à laisser entrer cet homme afin de lui offrir une tasse de thé. De nature inquiète, elle hésite longuement. La voyant si anxieuse, l’homme décline son identité :

— Je m’appelle Timothée Leclerc. Je n’habite pas très loin d’ici, dans le quartier proche de la gare, vers l’avenue des Treilles juste à côté du fleuriste.

Elena connait très bien l’endroit pour avoir travaillé dans la boutique du fleuriste pendant deux ans. Elle finit par se décider et l’invite à entrer, non sans se dire que cette décision était sans doute d’une inconscience incroyable, mais malgré son tempérament paranoïaque, son cœur lui intime l’ordre de changer cet état de choses. Elle s’oblige à se faire violence pour une fois, en se dirigeant vers la porte d’entrée de son trois pièces.

Pénétrant dans la petite pièce décorée avec simplicité, Timothée est à présent certain qu’Elena ne peut que vivre seule dans un endroit si confiné. Avec un large sourire, il lui rend du bout des doigts le bracelet qui se balance doucement. Elena tend la main vers lui afin de l’attraper et le pose sur le buffet proche de la porte menant à la chambre de Lory.

— Demain matin, je rendrai sa gourmette à mon garçon. Il sera content de la retrouver car c’est un cadeau de son père...

Se sentant redevable, Elena propose à son invité à s’asseoir sur le divan à côté de la table basse afin qu’ils prennent ensemble un thé. De plus en plus en confiance et respirant plus sereinement, elle boit son thé brûlant à petites gorgées et lui raconte sommairement quelques détails de sa vie, fixant Timothée de ses yeux incrédules, surprise d’avoir un tel homme tout près d’elle.

Au fur et à mesure que le temps passe, Elena éprouve le désir de ne pas laisser repartir l’individu. Ses propos lui montrent une personne cultivée et pleine d’humour. Souvent seule, cela lui faisait un bien fou de pouvoir échanger avec une nouvelle personne et Timothée semblait être une oreille particulièrement attentive. Souhaitant faire durer ce moment particulier, Elena se penche vers Timothée espérant qu’il accepte de rester encore un peu :

— Puis-je vous offrir une autre tasse de thé ?

Surveillant l’horloge accrochée au mur au-dessus de la bibliothèque, Timothée arbore une moue désolée :

— Je pense qu’il commence à se faire vraiment tard, il est peut-être temps que je m’en aille, vous devez être fatiguée.

Elena se redresse fièrement sans rien dire. Elle avale sa salive et l’observe un instant. Elle ne peut qu’admettre que l’homme présent chez elle semble être une personne de confiance pour se montrer si raisonnable. Déçue, elle soupire en baissant les yeux. Sentant un léger malaise dans l’attitude de la jeune femme, Timothée s’approche doucement d’elle et se permet d’embrasser du bout des lèvres la bouche close d’Elena. Loin de s’en indigner, celle-ci ressent une chaleur indescriptible monter en elle, une envie que ce baiser s’éternise, un besoin déconcertant de se lover dans les bras robustes de cet homme au regard d’un bleu glacial et pourtant, si étrangement chaleureux. Et même si le contraste la rend perplexe, peu importe au fond, tant que ses lèvres continuent d’explorer les siennes avec autant de douceur. Timothée se dégage de son étreinte le plus doucement possible :

— Je vais y aller...

Elena retient alors son bras, ne supportant pas l’idée de se retrouver seule après ce bref échange de baisers. Souriant, Timothée pose ses mains sur la taille d’Elena et décide de l’embrasser fougueusement. Perdant toute notion des réalités, la jeune femme se laisse emporter par un bien-être profond auquel elle n’avait pas goûté depuis longtemps. Elle lève les bras et se pend au cou solide de cet homme élancé. Sur la pointe des pieds elle s’agrippe à lui répondant à ses baisers avec ferveur durant de longues minutes.

Timothée se redresse soudain afin de sonder Elena avec ce même sourire qui avait réussi à l’atteindre et à la séduire. Elena sentant le moment ultime sur le point d’arriver, lui prend la main et le mène jusqu’à sa chambre située à l’opposé de celle de Lory.

Le lendemain matin, Elena se réveille se remémorant peu à peu chaque détail de la soirée, puis tourne la tête de son côté pour constater qu’il n’est plus là. Abasourdie, elle se lève prestement, enfile sa longue robe de chambre molletonnée et ouvre la porte de la chambre s’attendant à retrouver Timothée dans le salon. Elle parcoure du regard la petite pièce et son cœur se serre instantanément. Déçue de ce départ précipité, elle se sent soudainement prise de vertiges à l’idée de s’être laissée aller si rapidement avec cet homme qu’elle ne connaissait pas.

Elena se rend dans la chambre de Lory. Elle ouvre doucement la porte et avance lentement dans la pénombre. Elle se penche au-dessus du lit et s’aperçoit avec stupeur de son absence. Son cœur s’emballe. Elle court dans la salle d’eau : personne. Elena retourne dans le salon hébétée, réfléchissant à toutes éventualités. Monte en elle un malaise indéfinissable.

Se précipitant dans sa chambre, c’est les larmes au bord des yeux qu’elle s’habille à la hâte. Elle sort de l’appartement en évitant de le fermer à clefs pensant que son fils pourrait revenir de lui-même.

Dans la rue, elle tourne la tête de tous côtés à la recherche de Lory. Le quartier grouillant de vie, elle semble décontenancée par toutes les informations qui parviennent à son cerveau mais qui ne mènent pas à son enfant. L’angoisse à son paroxysme, elle se rappelle que Lory ne connaît qu’un seul itinéraire. Elle se rend alors directement au square, étouffant sous l’inquiétude grandissant à chaque pas.

Au square, à l’approche du petit portillon, elle ne voit personne dans l’enceinte de l’aire de jeux. Elle avance encore de quelques pas pour vérifier que Lory n’était pas accroupi quelque part à s’émerveiller devant quelque insecte. C’est alors qu’elle aperçoit quelque chose juste à côté de la balançoire, précisément là où jouait son fils, la veille. Rassérénée, elle approche prestement, et distingue Lory encore en pyjama, face contre terre paraissant endormi. Intriguée, elle s’accroupit et le secoue doucement afin de l’éveiller mais l’enfant demeure immobile. Elle remarque tout près de lui un objet brillant et se concentre sur lui un instant. Il s’agit de la gourmette de Lory, celle-là même rapportée par Timothée la veille au soir. Perdue, elle tourne alors le corps de son petit garçon pour voir son visage et là, elle défaille, le cœur haletant devant le spectacle offert à ses yeux ébahis : Lory, gisant sans vie les orbites vides.

Sentant la terre trembler sous elle face au choc subi, Elena affolée laisse couler ses larmes sans parvenir à comprendre pourquoi et comment son petit Lory pouvait se retrouver devant elle, sans une once de vie.

Désemparée, elle se lève tout à coup pour obtenir une aide quelconque et distingue à une dizaine de mètres, en dehors de l’aire de jeux, une haute silhouette dont le visage radieux dénote avec la détresse dans laquelle elle se trouve désormais plongée.

Timothée, un large sourire sur les lèvres toise Elena de son regard le plus noir ; aussi noir que celui de l’enfant gisant dans le square.
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Céline Vivier · il y a
Brrrr ça fait froid dans le dos...
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FRANCIANE GAVELLE · il y a
Presque malgré soi on se laisse porter, on s'installe et puis...pouf, ça claque fort. Un texte qui pousse à la réflexion.
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Christian Dehais · il y a
Brrrr !
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Christelle NathSoL · il y a
J'aime vous lire. Ce texte est fort captivant ; il semble tellement réel... Merci pour ce partage.
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Amani Lizah Glaise · il y a
Merci beaucoup pour votre passage dans mon univers de mots. j'ai découvert le vôtre, très sensible et délicat.
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Christelle NathSoL · il y a
Je suis très touchée et je vous remercie profondément. Au plaisir de vous lire à nouveau.
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Fred Panassac · il y a
Ce texte est assez scotchant, on sent venir le drame et on assiste impuissant au changement d’état d’esprit de cette mère célibataire, séduite malgré ses préventions et la présence de son fils.
Le prologue qui nous présente l’enfant maléfique, neveu de Thimothée, est assez réussi également, très bien agencé et prépare admirablement la suite.
Les personnages sont bien décrits tant physiquement que moralement, il y a une intrigue et quelle intrigue, ouf on sort secoué de ce récit qui relate le pire cauchemar d’une mère, devenu réalité, encore amplifié par son comportement léger avec cet homme qu’elle ne connaissait pas.
Presque un polar concentré, de l’espèce la plus glaçante.

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Amani Lizah Glaise · il y a
Merci beaucoup Fred pour votre commentaire qui me touche beaucoup !

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