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Ama Pola

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43

FINALISTE
Sélection Jury

Elle est en train de commettre l’irréparable. Voilà à quoi elle pense en tapissant le mur du salon d’un papier vert pâle garni de grosses fleurs violettes.

— Bon. Mais pourquoi ce papier-peint là ?
La seule chose que son mari avait trouvé à dire, hier soir, en découvrant les rouleaux dans le vestibule. Toute la nuit, les réponses s’étaient enchaînées dans sa tête :
« Et pourquoi pas ? Dis-moi pourquoi je n’aurais pas pu choisir celui-là, d’abord ? Qu’est-ce que tu as contre lui ? ».
Mais à lui, tout étonné et toujours debout dans l’entrée, elle avait répondu que peu importait puisqu’il était à elle, ce salon. Il s’était gratté le front, mi-perplexe, mi-amusé, et il avait soupiré :

— Il est un peu à moi aussi non ?

Elle avait examiné l’arc figé de ses lèvres... Nul doute, son sourire était contrefait. Mais qu’importe, à cet instant-là, elle aussi n’avait aucun humour. Elle lui avait lancé :

— Oui... mais pas suffisamment pour que tu te rendes compte qu’il est moche.

Et elle avait regretté. Tout de suite.
Un réflexe.
Avant même d’avoir vu ses épaules s’affaisser.

Alors elle avait gloussé gaiement pour éviter de pleurer, l’avait embrassé et était partie lui faire à dîner.

Il l’avait rejointe, l’avait regardée s’affairer. Et il s’était senti invisible.
Depuis quelque temps, quelque chose clochait. Il le sentait.
Oui, sa petite femme ne tournait plus rond.

***

Et pourtant, aujourd’hui, en déployant vivement son papier entre les tréteaux de bois, elle prend Dieu à témoin : dans sa tête tout tourne en rond. Dans ce salon elle tourne en rond, dans cet appartement elle tourne en rond, dans sa vie elle tourne en rond. Elle a le tournis, la nausée, et oui, merde, elle a envie de changer de décor. Elle fourre le rouleau en mousse dans le seau rempli de colle et ça fait un bruit dégoûtant.
Le papier ne veut pas coller, il fait si chaud, il fait moite, l’atmosphère est irrespirable. Elle va étouffer, c’est sûr. Oui, ce n’est pas un temps à coller du papier peint.
Et alors ?

Plus tôt dans la matinée, elle s’agitait depuis un bout de temps quand son mari, tout juste sorti du lit, avait de nouveau fait irruption dans le salon et, d’un ton anormalement jovial, il avait grondé :
— Tu crois vraiment que c’est le moment de coller ton papier-peint mon chaton ?

— Évidemment que non, avait-elle répondu sèchement du haut de sa tribune de fer, avec toi, ça n’est jamais le moment.

Elle n’avait pas voulu le regarder, il était trop petit dans son grand pyjama bleu. Et puis elle le connaissait par cœur, il allait incliner la tête de côté et faire larmoyer ses yeux, comme un petit chiot triste. Mais cette fois-ci, elle ne se laisserait pas apitoyer. Elle monta d’un cran et la petite structure se mit à couiner.
Et puis... elle l’avait entendu sortir à pas feutrés et elle avait eu peur, elle n’avait même pas eu besoin de voir ses petits yeux ronds et mouillés, la technique avait marché. Comme un automate, elle était redescendue de son piédestal pour lui griller les tartines de son petit-déjeuner. Il avait fait comme si de rien n’était. Pour bien lui faire comprendre qu’il lui pardonnait. Il avait repris sa place de maître de maison au bout de la minuscule table de la cuisine et lui avait fait un petit bisou en sortant.
Alors, elle, comme si c’était un jour comme les autres, debout sur le pas de la porte, elle l’avait gentiment observé rapetisser, glisser à grandes enjambées sur l’étendue monotone du carrelage, serrant dignement sa sacoche déprimée sous son bras.
Fier d’aller gagner l’argent du ménage.
Le couloir n’étant pas assez long pour qu’il devienne un tout petit point insignifiant, il s’était arrêté et avait appuyé sur le bouton de l’ascenseur. Comme d’habitude. Il s’était tourné vers elle, et lui avait fait un petit signe de la main, certain qu’elle agiterait la sienne en retour, qu’elle ferait un pas en arrière et enfin, retournerait dans son foyer pour s’y enfermer. Elle avait fait exactement ce qu’il attendait. A la seconde près.

Elle secoue le trop plein de colle et jette le rouleau en mousse sur le papier. Elle entame une série d’allers et retours frénétiques. Lui il voudrait que rien ne change, qu’ils restent figés dans leur petite boule de verre. Mais tout s’agite. Ça la picote. Comme des flocons de neige sur sa peau brûlante... Les phrases tournent dans sa tête et elle ne sait pas trop quoi en faire. Elle s’énerve, la colle fait des bulles d’air. Tout à coup, l’imbroglio de pensées heurte violemment la paroi de son crâne. Effrayée, elle examine les dégâts : il s’est brisé et à l’intérieur, elle voit le petit ver de la haine qui se tortille. Esquisse d’une bête monstrueuse, chaude et réconfortante qui la prendra dans ses bras, la bercera tout contre son cœur, tout contre cet abîme noir plus puissant que la douleur.
L’escabeau tangue, elle se hisse, tend les bras. Le papier lourd de colle lui retombe sur le nez, horrifiée elle baisse la tête, il s’agrippe à ses cheveux. Elle a envie de pleurer.

Ces fleurs violettes lui font penser à des roses, elle pense à sa mère. Aurait-elle aimé ces roses violettes sur fond vert ?
Elle était si élégante, si gentille, si pure...
Grâce Kelly.
Tous les dimanches elle l’accompagnait à l’Église. Elle se paraît de socquettes blanches, de gants blancs, de dentelles et de volants légers, si légers qu’il lui semblait voler comme un ange. Entre conte de fée et film hollywoodien, elle planait, jouant à la petite fille modèle au côté de sa mère modèle, tête baissée, gracieuse et soumise.
Ensemble, mère et fille s’agenouillaient, et Jésus, nu et muet, si fragile sur sa croix, offrait majestueusement au monde sa souffrance.

Le papier est trop épais et la colle toujours plus dégoûtante, heureusement qu’elle n’a pas d’odeur sinon elle aurait déjà tout laissé tomber.
Elle se dit que lui n’aurait jamais eu cette idée saugrenue de retapisser entièrement le salon sans lui en toucher deux mots.
Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’ils sont un couple épatant et moderne, adepte de cette nouvelle méthode très à la mode qui fait de tous les mariages un succès : la communication.
Le seau rempli de colle qui trône à côté d’elle lui fait penser à un crachoir.
Il parle souvent de ses soucis. Voilà pourquoi il n’a jamais eu l’envie soudaine de grosses fleurs violettes dans son salon.
Mais lui a des problèmes, tandis qu’elle, elle n’a rien, rien qui mérite d’être épinglé, étalé, collé aux murs blancs du foyer.

Cette colle ne sèche pas. Elle ne fait que poisser et ne collera jamais.

— Mais pourquoi ce papier-peint là ?

Non mais est-ce qu’elle s’occupe de la déco de son bureau, elle ?
Non.
Alors ?

Elle pense qu’elle aurait dû mettre des gants.

Il doit être très moche son bureau d’ailleurs. Il n’a aucun goût.

Elle a envie de se gifler, le petit ver est toujours là, il rampe au cœur de ses pensées. Elle a un mauvais fond. Elle est pourrie de l’intérieur.
Son mari l’adore. Il le dit et le répète sans arrêt. Souvent même il l’adore bien plus qu’elle ne l’aime. Il ne mérite pas ça.
Elle abat brutalement son pied sur le vers dodu et appuie. Fort.
Fort à s’en faire mal parce qu’elle regrette, parce qu’elle s’en veut. Parce qu’elle ne lui cause que du souci, parce que dans le fond, elle est laide et moche.
Elle devrait l’aimer et puis c’est tout. Arrêter de penser à elle, à un ailleurs, à un autrement...
Juste là. Derrière ces murs bariolés.

Pas une goutte de sang ne coule de la bête qui vient d’éclater, seul un liquide jaunâtre, translucide et poisseux qui lui colle maintenant aux pieds.

Elle n’aurait pas dû dépenser tout l’argent des courses dans du papier peint. Des cent francs de la semaine, il ne lui reste plus rien. Une honte. Voilà ce qu’il lui dira. Quand il saura...
Et il aura raison. Il a toujours raison. Elle n’est pas « raisonnable », son esprit est pareil à ses grosses fleurs aux contours hasardeux et aux couleurs bizarres. Elle fait toujours tout de travers.

Elle lâche son pinceau, descend de l’escabeau et essuie ses mains collantes sur son jean large. Elle entend les murmures :

— Petite sotte... impulsive et ingérable... serrer la vis...

Elle se tient, raide et immobile, les bras ballants au milieu des fleurs qui ouvrent leurs gueules gigantesques.

Elle est une mauvaise épouse.

Alors qu’elle avait juré... Devant le petit Jésus innocent, nu et souffrant, elle avait dit oui, pour le meilleur et le pire, elle avait promis. Elle était si jolie et si pure. Si jeune aussi.
Mais qu’est-elle donc devenue ?

Elle cherche du regard quelque chose dans la pièce. Sur la petite table en bois, un paquet de cigarette. Son mari en laisse traîner un peu partout. Il fume bien ses quatre paquets par jour, le médecin dit que c’est trop. Elle s’empare du fume-cigarette qui traîne à côté. Une bouffée de tabac frais lui caresse les poumons. Sa tête tourne un peu, les idées sombres ralentissent leur danse. Un moment de répit.
Elle se tourne vers le miroir et observe cette femme de quarante-sept ans fumer l’élégante cigarette. Elle pense à Greta Garbo.
Elle ouvre un peu son corsage. Il fait si chaud. Elle voit une goutte de sueur rouler vers son décolleté. Elle replonge dans le passé.
Ces longues balades sur la Marne où il lui parlait d’aventure et de pays exotiques, de forêts tropicales... Elle l’avait cru.
Elle se tourne de trois-quarts, réajuste une mèche de cheveux, lève son menton, plisse les yeux, entrouvre la bouche, regarde dans le lointain, là-haut, et imagine un bel éclairage en noir et blanc pour figer cette icône.
Elle aurait pu être actrice, elle aurait tellement aimé.

Mais...

La petite perle disparait entre ses deux seins.

On ne peut pas tout avoir.

Ses yeux se posent sur la jolie carafe à whisky de son mari. Il en boit souvent. Elle se sert un verre.

Ils ont eu trois beaux enfants.

Et puis ils ont été heureux, elle était si amoureuse.
Elle boit cul sec. Elle pince les lèvres.

Une de ses filles vient de divorcer. Maintenant, elle, elle est malheureuse.
Elle a un haut-le-cœur, elle ne boit jamais de whisky.
Comment a-t-elle osé ? Après seulement trois ans de mariage. Trois ans. Mais ça...
Ça n’est vraiment rien !
On ne divorce pas pour rien !

Elle... Elle... Ils avaient... Combien déjà ? Le temps passe si vite.

La fumée lui pique les yeux, elle se souvient du jour de son mariage, elle se souvient clairement... De l’aube au coucher elle avait pensé : « C’est le plus beau jour de ma vie ! »
Mais...
Elle secoue une main devant ses yeux, la fumée se dissipe.
Toutes les mariées doivent penser la même chose. Quoi de plus normal. Toutes sont des princesses de conte de fée.
Elle remarque des auréoles sous ses bras et détourne le regard. Son reflet est si net dans le miroir, ses cheveux si noirs, sa bouche si rouge, sa peau si blanche...
Mais dans ses yeux... où est l’éclat ?

Elle n’aurait jamais pu être une grande actrice.

Ainsi, l’unique folie de sa vie sera de retapisser les murs de son salon d’un papier peint incongru.

Elle soupire et remue lentement l’extrémité incandescente de la cigarette sous son menton, les tourbillons donnent un effet vaporeux à son visage. Elle pourrait presque disparaître. La voix de son père gronde : « Tu n’iras seule au cinéma que lorsque tu seras mariée ! »
Être libre.
S’effacer dans une volute de fumée blanche...
Elle réalise qu’elle n’a jamais été seule au cinéma. Elle ne peut rien faire sans lui. Pour lui, l’amour, c’est la Glu qui colle ensemble deux êtres pour la vie, pour toujours, pour l’éternité. 24h/24.

Elle écrase sa cigarette, l’étouffe en silence dans le cendrier plein.

Qu’imaginait-il ? Que des hommes pourraient la séduire ? Qu’elle pouvait partir ? Tout quitter. Tout abandonner. Fuir.
Non. Jamais. Pour lui elle est parfaite, et puis, elle n’a rien, ni diplôme, ni bien, elle n’a que son mariage et ses trois enfants. Et cette tapisserie verte et violette.

Il reste la moitié du salon, elle doit s’y remettre.

« Y aura-t-il à nouveau du meilleur ? », songe-t-elle en remontant sur l’escabeau qui soudain se met à vaciller. Elle perd l’équilibre, crie et se rattrape de justesse. Elle retrouve ses esprits, son cœur ralentit, elle remercie Dieu.
Ne jamais oublier : son destin tout entier est entre Ses mains.

Les sirènes hurlaient. Les bombes pleuraient et son père, blotti au creux de son grand lit, ses quatre enfants de chaque côté de lui, rêvait de rejoindre sa femme adorée ; sous le drap blanc, elle aussi priait pour retrouver sa jolie maman. Mais les voisins étaient entrés, Dieu avait refusé leurs prières, ils avaient sortis le père et protégé ses rejetons. Les avions étaient passés, le calme était revenu.
Sans bruit, la tristesse avait continué à dévorer son cœur, comme le disque blanc de la lune meurt dans l’ombre de la terre. Elle n’allait plus à la messe que vêtue de noir.
Et puis elle s’était mise à contempler la poussière multicolore qui faisait danser ses prières dans la lumière des vitraux. Depuis, Il avait toujours été là. Il avait même trouvé une deuxième femme pour son père, une deuxième vie pour lui.

Une deuxième vie.

Agrippée à la barre en métal de l’escabeau, ses mains tremblent, elles sont toutes fripées, à cause de la colle et de l’humidité.

Une deuxième vie.

Et si elle plaquait tout et qu’elle allait au cinéma, là, maintenant.
Une petite aventure secrète et solitaire.

Elle hésite, elle regarde le plafond, il est très blanc.

La sonnerie du téléphone la surprend, elle descend, s’empare du combiné de l’entrée.

— Allô ?
— Allô, Mme Vavin ?
— Oui ?
— Je suis Mlle Charron, la secrétaire de votre mari.

La secrétaire.

— Je m’excuse de vous déranger... Mais c’est important. Votre mari vient d’avoir une crise cardiaque.

Elle scrute le clavier du téléphone, un de ces nouveaux claviers à touches qui viennent tout juste de sortir et qui vous font gagner un temps fou.
Sans raison, son regard reste fixé sur la touche 2.

Dieu va de nouveau décider pour elle.

— Mais ne vous inquiétez pas, il va bien

PRIX

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Alain Adam · il y a
Mon vote tardif pour ce beau texte avec tous les ressorts de l'émotion. Belle écriture! A bientôt entre les lignes!
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Ama Pola · il y a
Merci Alain, à tout moment, ça fait toujours plaisir! Très heureuse que vous ayez apprécié. A bientôt et merci encore!
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Alain Adam · il y a
Je vous invite sur ma page si le coeur vous en dit!
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Dominique Hilloulin · il y a
oups, re lecture mais...déjà voté! Bonne route à votre écrit! Aimeriez vous lire "Artiste" et le commenter ?http://short-edition.com/oeuvre/poetik/artiste-1
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Fred Panassac · il y a
Une sensibilité impressionnante dans cette introspection douloureuse d'une femme à la croisée des chemins, marquée par son éducation et la passivité qu'on lui a imposée. J'aime beaucoup. Mon vote vous est acquis.
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Ama Pola · il y a
Pardon de répondre si tard, mais je vous remercie vraiment pour votre commentaire, et suis très heureuse que mon texte vous ait touché. Merci encore!
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Dominique Hilloulin · il y a
Même avis que Rosine ! je vote pour vous +1, ça le mérite ! Si vous estimez la même chose pour mon poème, il est ici http://short-edition.com/oeuvre/poetik/la-pomme-au-compotier merci, à bientôt
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Ama Pola · il y a
Merci merci Dominique! Je vous lis bien vite!
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Rosine • · il y a
Pourquoi si peu de votes ? Votre texte est excellent et mérite tellement plus ! (Oh que c'est compliqué la tête d'une femme...)
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Ama Pola · il y a
Je suis très touchée, c'est très gentil. Qu'importe les votes quand on reçoit des commentaires attentionnés et que mon texte ait ainsi une petite vie. Ca me suffit! Merci!
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Virgo34 · il y a
Bonne chance !
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Ama Pola · il y a
Merci!
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Camille Crésut · il y a
J'ai beaucoup aimé ! Au-delà du sujet où on retrouve une réalité commune à beaucoup d'entre nous, vous le traitez de manière originale et surtout, votre style est saisissant!
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Ama Pola · il y a
Merci Camille, vous me réchauffez le coeur, très heureuse que vous ayez aimé!
Merci encore.

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Lammari Hafida · il y a
Un récit bien écrit et bien mené Je vous invite à lire et soutenir mon poème en finale http://short-edition.com/oeuvre/poetik/voyage-24 et merci!
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Ama Pola · il y a
Merci!
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Utilisateur désactivé · il y a
Nouvelle lecture, ce soir , en vous souhaitant Bonne Chance pour la finale ! En ce qui me concerne, j'ai adoré votre texte. Guy Bellinger exprime très bien ce que j'ai ressenti.
Marie, auteure du poème-fable "le coq et l'oie", en finale jusqu'au 20.
Ensuite, ils passeront à la casserole...

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Ama Pola · il y a
Merci beaucoup Marie pour ce nouveau message qui me fait très plaisir!
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Chris Artenzik · il y a
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Ama Pola · il y a
Merci Chris!
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